lundi 13 avril 2026
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Nigeria : 2 milliards de dollars pour révolutionner le numérique

Le Nigeria dispose aujourd'hui d'environ 30 000 kilomètres de dorsale nationale. D-VIBE prévoit de porter ce chiffre à 120 000 kilomètres, soit un quadruplement du réseau existant. (Crédit : DR).

La Banque africaine de développement vient d’approuver un prêt de 200 millions de dollars en faveur du Nigeria pour déployer un réseau de fibre optique couvrant l’ensemble du territoire. Baptisé « BRIDGE », ce projet ambitionne de connecter 774 zones administratives au haut débit d’ici 2030 et de créer près de 3 millions d’emplois.

C’est un tournant majeur pour l’économie numérique africaine. Le Conseil d’administration du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD) a officiellement accordé, le 10 avril 2026, un prêt de 200 millions de dollars au gouvernement fédéral du Nigeria pour financer le projet D-VIBE « Digital Value Chain Infrastructure for Boosting Employment » , plus connu sous l’appellation BRIDGE. Objectif : doter le pays le plus peuplé d’Afrique d’une infrastructure numérique à la hauteur de son potentiel.

Un réseau de fibre optique quadruplé

Le cœur du projet repose sur un déploiement massif de fibre optique en libre accès. Le Nigeria dispose aujourd’hui d’environ 30 000 kilomètres de dorsale nationale. D-VIBE prévoit de porter ce chiffre à 120 000 kilomètres, soit un quadruplement du réseau existant. Ces 90 000 kilomètres supplémentaires relieront les 774 zones de gouvernement local du pays — écoles, établissements de santé, zones agro-industrielles, communautés rurales et pôles commerciaux. Le projet inclut également des liaisons transfrontalières avec le Bénin, le Cameroun, le Niger et le Tchad, faisant du Nigeria un véritable carrefour numérique régional. Et ce, pour faire passer le taux de pénétration du haut débit de 45 % à 70 % à l’échelle nationale d’ici 2030.

Un financement international inédit

La contribution de la BAD s’intègre dans un montage financier exceptionnel. Le financement souverain total atteint 800 millions de dollars, auxquels s’ajoutent 500 millions de la Banque mondiale et 100 millions de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD). L’Union européenne complète l’ensemble avec un don de 22 millions d’euros, tandis que le Centre de coopération multilatérale pour le financement du développement (MCDF) a apporté 2,6 millions de dollars pour la préparation du projet. Au total, le coût global est estimé à 2 milliards de dollars, dont au moins 1,2 milliard provenant d’investissements privés. Car la structure juridique du projet repose sur un partenariat public-privé via un véhicule ad hoc : le secteur privé devra détenir entre 51 % et 75 % des parts, garantissant ainsi une gestion dynamique et une levée des contraintes traditionnelles — coûts de construction et droits de passage notamment.

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Au-delà des câbles et des data centers, D-VIBE porte une ambition sociale forte. Le projet est censé contribuer à la création de 2,8 millions d’emplois et vise à renforcer les compétences numériques à grande échelle, en soutenant l’accès à des appareils abordables et le développement de plateformes dans les secteurs prioritaires. Des volets dédiés à la cybersécurité et à la régulation du marché sont également prévus, de même qu’une orientation vers les énergies hybrides et renouvelables pour assurer la résilience du réseau.

« Du nord au sud, des exploitations agricoles aux usines en passant par les salles de classe, cet investissement permettra à chaque communauté nigériane de bénéficier d’une connectivité à haut débit », a déclaré Abdul Kamara, directeur général de la BAD pour le Nigeria.

D-VIBE s’inscrit dans la Vision 2050 du Nigeria et son Plan de développement de l’espoir renouvelé (2026-2030), en cohérence avec l’Agenda 2063 de l’Union africaine et la Stratégie décennale 2024-2033 de la BAD. Un projet qui, si ses ambitions se concrétisent, pourrait faire du Nigeria le moteur numérique de tout le continent.

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