
La visite du Fonds monétaire international (FMI) qui vient de s’achever au Sénégal a porté sur la question de la dette cachée. Les différentes parties poursuivent leurs discussions sur les mesures correctives, alors que le gouvernement d’usmane Sonko envisage de solliciter un nouveau programme auprès du FMI pour financer sa vision 2025.
Le Fonds monétaire international (FMI) a besoin de quelques semaines supplémentaires de discussions avec le Sénégal avant d’envisager une dérogation lui permettant de verser davantage de fonds au pays, a-t-il déclaré après une visite d’une semaine dans le pays. En effet, une délégation de l’nstitution de Bretton Woods dirigée par M. Edward Gemayel, s’est rendue au Sénégal du 19 au 26 août 2025 afin de discuter des mesures correctrices à la suite du rapport de la Cour des comptes publié le 12 février 2025. La mission a échangé avec les autorités sur les actions nécessaires pour traiter le cas de déclarations erronées avant son examen par le Conseil d’administration du FMI, a passé en revue la situation de la dette et a discuté des contours d’un éventuel nouveau programme appuyé par le FMI, a indiqué le communiqué du FMI publié le 26 août.
L’équipe des services du FMI a ainsi salué l’engagement des autorités sénégalaises en faveur de la transparence et de la responsabilité budgétaires, à la suite de la divulgation des importantes déclarations erronées qui sont intervenues au cours des dernières années. Elle assure mené actuellement des discussions « productives » avec les autorités sur des mesures correctrices visant à renforcer la transparence de la gestion des finances publiques, à garantir la fiabilité des rapports d’exécution budgétaire et à préserver la viabilité des finances publiques. Ces mesures contribueront à remédier aux problèmes systémiques identifiés dans le rapport de la Cour des comptes, qui a confirmé d’importantes déclarations erronées de données pour la période 2019-2023, explique le document publié par le FMI.
« À l’issue de l’exercice de réconciliation mené par le cabinet d’audit international Forvis Mazars, les autorités ont révisé le stock de dette de l’administration centrale, qui passe de 74,4 pour cent à 111,0 pour cent du PIB à fin 2023. Cette révision reflète principalement des passifs précédemment non déclarés. À fin 2024, les statistiques révisées indiquent que la dette de l’administration centrale a atteint 118,8 pour cent du PIB », a déclaré M. Gemayel.
Malgré ces défis budgétaires, l’économie sénégalaise a fait preuve de résilience, avec une accélération de la croissance à 12,1 pour cent en glissement annuel au premier trimestre 2025, portée par l’essor du secteur des hydrocarbures à la suite du démarrage de la production sur les champs de Sangomar et GTA. Toutefois, la croissance hors hydrocarbures demeure modeste à 3,1 pour cent en glissement annuel, en raison des difficultés persistantes du secteur de la construction affecté par les arriérés de paiement ainsi que les contraintes structurelles dans l’industrie chimique. L’inflation est restée contenue à 0,7 pour cent en glissement annuel en juillet 2025. La mission a discuté avec les autorités d’un ensemble de mesures correctrices destinées à traiter les causes profondes des déclarations erronées. Celles-ci incluent la centralisation des fonctions de gestion de la dette, le renforcement du rôle du Comité national de la dette publique, ainsi que l’achèvement de l’audit exhaustif des arriérés de paiement lancé par l’Inspection générale des finances le 21 juillet 2025. Les discussions ont également porté sur la mise en place d’une base de données centralisée de la dette, des mesures de renforcement des contrôles d’engagement budgétaire et la consolidation progressive des comptes bancaires dans le cadre du Compte unique du Trésor. Les discussions sur plusieurs mesures correctrices se poursuivront dans les prochaines semaines, avant que le cas de déclarations erronées puisse être soumis au Conseil d’administration du FMI.
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Par ailleurs, les autorités ont exprimé leur intention de solliciter un nouveau programme appuyé par le FMI. Ce dernier se dit prêt à accompagner le Sénégal dans la conception d’un programme de réformes ambitieux, aligné sur la stratégie nationale de développement, Vision 2050, et le récent Plan de redressement économique et social, tout en tirant les leçons des conclusions de la Cour des comptes. « Dans ce contexte, la mission a pris note des quatre piliers stratégiques que les autorités entendent privilégier : le renforcement de la gestion des finances publiques et de la transparence budgétaire, le soutien à la relance des secteurs stratégiques pour favoriser une croissance inclusive, le développement du capital humain et le renforcement de l’équité sociale et le renforcement de la résilience face aux chocs climatiques et aux catastrophes naturelles » précise le document. Ces priorités visent à consolider la stabilité macroéconomique, à renforcer les équilibres budgétaires, à mieux maîtriser l’endettement, et à promouvoir une croissance durable et résiliente.
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