Pendant un choc pétrolier, les marchés mondiaux sont frappés de plein fouet. Les gouvernements vivent un dilemme. Entre appliquer la vérité des prix, en indexant directement la hausse, et maintenir l’équilibre des budgets ou soulager les opérateurs économiques et les ménages, les stratégies sont loin d’être faciles.
Au moment où nous rédigeons ces quelques lignes, les cours du pétrole brut sont bien au-delà des 100 $ le baril (Brent à 109,24 $ et le WTI à 105,89 $), avec une tendance à la hausse. De tels cours sont loin des hypothèses hautes dela plupart des budgets de pays en voie de développement. Un transfert direct des fluctuations du marché international du brut à la pompe entraîne des tensions inflationnistes en cascade. Actuellement, les populations subissent l’impact. A une flambée des engrais, des denrées de première nécessité, qui composent le panier de la ménagère, s’ajoute un surenchérissement des coûts logistique en général…
Plusieurs stratégies économiques et sociales peuvent être mises en branle par les pays en développement pour atténuer le ou les chocs. Elles vont de l’indexation brute et quotidienne à une compensation totale, en passant par une réforme et un ajustement des mécanismes de prix (lissage), en passant par un ciblage des subventions, des politiques sectorielles d’accompagnement ou encore des mesures monétaires et de contrôle des marchés.
Indexation ou pas ?
Le plus gros risque qu’encourt un Etat qui privilégie la vérité des prix ou l’indexation à la pompe, en cas de choc pétrolier, reste un soulèvement social. Les ménages, pris à la gorge, peuvent braver la rue dans d’interminables manifestations tant que durera la crise. Ceux, qui comptent l’éviter, optent pour un mécanisme de lissage des prix. Cette stratégie repose sur le fait qu’une formule mathématique est fixée. Elle est basée sur le plafonnement de la variation du prix à la pompe (par exemple, pas + de 3% de hausse ou de baisse) d’un mois à l’autre, indépendamment de la volatilité du baril de brut. Cette formule a l’avantage que l’Etat absorbe les surplus, lors des pics, et renfloue ses caisses, lorsque les cours redescendent. Dans ce registre, une fiscalité modulable, via des taxes « flottantes » peut aussi être adoptée. Elle permet d’éviter que la hausse ne soit démultipliée par les taxes. Des réductions temporaires sont alors possibles sur les droits de douane ou la TVA sur les hydrocarbures, pour amortir le choc à la pompe.
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Par une compensation moins pondérée, certains gouvernements peuvent décider d’appliquer des subventions ciblées sur les secteurs clés, catalyseurs de l’inflation. Un Etat peut décider de maintenir ses soutiens qu’au carburant professionnel, par exemple. L’avantage est que cela permet de bloquer la transmission de l’inflation de second tour (panier de la ménagère), des prix du transport en commun… Un Etat peut aussi décider de réinjecter les économies budgétaires réalisées en indexant les prix à la pompe au citoyen lambda, dans des programmes de bourses familiales (Subsidie Swap).
Autres options
Rompre le lien ou la dépendance immédiate entre ménages et coût du carburant peut passer par la mise en place de mesures structurelles à court et moyen terme. Un soutien massif aux transports publics, qui passe par leur effectivité (lignes de bus aux normes, de tramways et trains propres, fréquents et ponctuels), par le gel des tarifs, permet une offre de transport public accessible et un budget « mobilité » stable des classes les moins nanties. La promotion du covoiturage est aussi une option.
Sous cet angle, des subventions à la souveraineté alimentaire locale passeraient par l’assistance aux exploitants agricoles pour acquérir des engrais et intrants agricoles à des prix abordables. L’Etat peut aussi favoriser des circuits courts de distribution pour limiter le nombre de km nécessaires pour nourrir les localités.
Relativement aux mesures monétaires et contrôle des marchés, même pour moi qui suis un adepte de l’instauration de loi sur la liberté des prix et la concurrence, à condition qu’elle englobe l’article qui impose l’affichage des prix, en cas de choc pétrolier, elles restent nécessaires pour limiter les comportements spéculatifs. Nos Etats doivent veiller sur le contrôle et la réglementation des prix des denrées de première nécessité. De leur côté les banques centrales doivent relever un tant soit peu leur taux directeurs pour ancrer les anticipations d’inflation et stabiliser la monnaie locale. Il est admis qu’une monnaie forte ou stable (avec une bonne proportion de dollar américain dans son panier) permet de réduire mécaniquement le coût d’une facture pétrolière, libellée en dollars.
















