Nigeria : fin des subventions aux carburants, un dossier chaud pour Bola Ahmad Tinubu

La suppression des subventions aux hydrocarbures sera donc la patate chaude que refilera l'administration Buhari à son successeur Bola Ahmad Tinubu qui entrera en fonction le 29 mai prochain. (Crédit Dr).

Annoncée depuis plusieurs années, la difficile réforme des subventions aux hydrocarbures est prévue pour entrer en vigueur dès la fin de ce premier semestre. Pour y parvenir et atténuer l’impact social de cette mesure déjà décriée au sein de l’opinion, le gouvernement fédéral compte procéder à des transferts financiers directs en faveur de 10 millions de ménages vulnérables soit plus de 50 millions de personnes considérées comme pauvres dans ce pays de près de 200 millions d’habitants. La Banque mondiale vient en ce sens d’accorder au pays une aide de 800 millions de dollars mais les nouvelles autorités vont devoir faire face à une levée de bouclier du front social bien qu’il n’a plus le choix au regard du coût de ces subventions dans le budget de l’Etat et les marges de manœuvres de plus en plus réduites pour ses finances.

Cette fois, c’est décidé et il n y aura ni marche en arrière ni période de grâce à en croire les autorités nigérianes ! Comme annoncé, en octobre dernier lors de la présentation du budget fédéral pour l’année 2023 par le Président sortant Muhammadu Buhari, la suppression des subventions aux hydrocarbures va entrer en vigueur dès la fin du semestre en cours. « Les subventions pour l’essence sont une question récurrente et controversée du débat public dans notre pays depuis le début des années 1980. Mais son impact budgétaire actuel est tel que cette politique n’est pas viable », avait alors tranché le chef de l’Etat nigérian qui avait alors présenté un budget record de 20,51 billions de nairas soit 47,4 milliards de dollars pour 2023, avec des dépenses en hausse de 18,4 % par rapport à 2022 mais des recettes en nette baisse en raison de la conjoncture économique nationale et internationale, ce qui devrait porter le déficit budgétaire à quelques 10,78 billions de nairas. Et pour acter cette mesure de suppression des subventions aux produits énergétiques, le gouvernement a inscrit dans le budget de l’année en cours, une provision de 3,36 trillions de nairas soit quelques 7,5 milliards de dollars pour le premier semestre et selon la ministre des Finances Zainab Ahmed, du Budget et de la Planification, c’est la dernière enveloppe que l’Etat fédéral va consacrée aux dépenses liées aux subventions aux hydrocarbures.  

« Le coût de la subvention du carburant était très élevé ; nous l’avons financé par des emprunts  mais cette politique de subvention est devenue insoutenable », a expliqué la ministre Zainab Ahmed.

Cette dernière ne cesse depuis, de mettre en avant la pression qu’engendre les dépenses de subventions sur les finances publiques dans un contexte marquée par une crise économique assez prolongée et des marge de manœuvres budgétaires de plus en plus réduites.

Des subventions coûteuses dans un contexte de crise et de marges de manœuvres réduites

Après plusieurs années de récession, la plus grande économie du continent est certes en train de renouer avec la croissance comme cette année où le rythme de croissance attendue tourne autour de 3,5 à 3,7%. Cependant, cette relative performance cache des disparités et comme il ressort du budget général, les recettes de l’Etat vont se traduire par une sensible baisse en raison de la baisse de la production pétrolière ainsi que des cours assez ternes sur les marchés internationaux de l’or noir, dont le pays est un des principaux producteurs du continent.

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La suppression des subventions aux hydrocarbures sera donc la patate chaude que refilera l’administration Buhari à son successeur Bola Ahmad Tinubu qui entrera en fonction le 29 mai prochain. Un défi de taille pour les nouvelles autorités fédérales du pays bien que le président élu s’est engagé, lors de la campagne pour l’élection présidentielle, à mettre fin aux subventions du carburant dont le budget, selon lui, dépasse largement les dépenses allouées au secteur de la santé et de l’éducation. Initialement d’ailleurs, la mesure devrait entrée en vigueur en juillet dernier mais en dépit de la pression du FMI et de la Banque mondiale qui juge cette politique de subventions « inefficace à juguler le niveau de  pauvreté des populations », le gouvernement a décidé de la prolongé de 18 mois c’est à dire pour mi-2023.  Il faut dire que la crise économique marquée par une chute drastique de la naira, une baisse de la production pétrolière ainsi que l’impact de la Covid-19 et de la situation sécuritaire, le contexte international marqué par l’éclatement de la guerre russo-ukrainienne et son impact sur les prix alimentaires et énergétiques ont eu raison des ambitions du gouvernement fédéral qui a dû racler dans ses caisses pour ne pas amplifier la fronde sociale qui commençait déjà à se manifester.

Des mesures d’atténuation pour les couches vulnérables

Cette fois, le gouvernement fédéral n’a visiblement pas d’autres alternatives. Dans un contexte économique national et international plein d’incertitudes et qui réduit fortement les marges de manœuvres du gouvernement notamment en matière d’emprunts sur les marchés financiers internationaux, l’Etat ne peut mobiliser autant d’argent que l’année dernière pour continuer à subventionner les produits énergétiques. En 2022, sur les 8 premiers de l’année, la facture des subventions sur les carburants a atteint quelques  525,714 milliards de nairas soit près de 1,22 milliard de dollars et selon les estimations de la compagnie pétrolière nationale NNPC,  l’enveloppe consacrée à ces dépenses sur toute l’année s’élève à plus de 2,5 trillions de nairas. Des chiffres qui rejoignent les calculs de la Banque mondiale qui estiment que les pertes de revenus pétroliers au Nigeria sont estimées à 5. 000 milliards de nairas soit 12,04 milliards de dollars l’année dernier, en grande partie en raison des subventions, ce qui équivaut à 30 % du budget total du pays.

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Dans ce cadre, la Banque mondiale a accordé, en début de ce mois d’avril, un financement de 800 millions de dollars pour renforcer ses filets de protection sociale avant la suppression des coûteuses subventions du carburant, comme l’a annoncé la ministre nigériane des Finances, Zainab Ahmed.

« Le financement de la Banque mondiale nous permettra d’effectuer des transferts financiers directs aux personnes appartenant aux couches sociales les plus vulnérables, qui figurent désormais sur un registre social national », a-telle annoncé.

Selon la ministre, près de 10 millions de ménages soit 50 millions de personnes ont été enregistrés sur le registre national des ménages nécessiteuse et qui bénéficieront de cet appui. Aussi, le gouvernement compte également renforcer le réseau des moyens de transport en commun afin d’atténuer les conséquences de la suppression des subventions sur les personnes les plus pauvres. Avec une inflation qui a atteint 20% l’année dernière et qui est estimé à 17% cette année, la suppression de ces subventions risquent d’engendrer une amplification de la grogne social selon plusieurs analystes qui reconnaissant toutefois que la politique de subvention des produits pétroliers introduites dans les années 1970 pour faire face à l’impact du choc pétrolier, n’a pas produit les effets escomptés. Elle a certes permis d’ « acheter à prix d’or la paix sociale » mais face à la crise économique, la réforme est plus que nécessaire. Cependant, recommandent des experts, elle devrait se faire à pas progressifs pour en atténuer les effets négatifs. C’est là tout l’enjeu pour le nouveau président Bola Tinubu qui risque de ne pas avoir de période de grâce puisqu’il s’agira du premier défi urgent et prioritaire auquel son administration sera confrontée…

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