Chronique- Les villes de demain et la sauvegarde des écosystèmes en Afrique

L’Afrique connaît la croissance urbaine la plus rapide au monde. D’ici 2050, plus d’un milliard d’Africains vivront en ville. Ce défi immense est aussi une opportunité. Il s’agira de construire des « villes de demain » qui ne détruisent pas les écosystèmes, mais s’appuient sur eux pour garantir leur propre survie face au changement climatique.

Le continent africain s’urbanise de plus en plus. Fort heureusement, ce vaste continent peut surfer sur des expériences précédentes. Toutefois, la ville de demain en Afrique ne doit pas être une pâle copie des modèles occidentaux. Je plaide pour une réinvention qui valorise le patrimoine naturel local. Pour le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), « la solution est entre nos mains ». Le fait de construire aujourd’hui des infrastructures résilientes déterminera la qualité de vie pour les siècles à venir. Plusieurs piliers et initiatives, qui dessinent ce futur urbain durable, existent.

Concrètement, il est possible de prendre la nature comme infrastructure. On parle alors de « Solutions Fondées sur la Nature » ou SFN. Plutôt que de compter uniquement sur le béton, des villes africaines commencent à intégrer les écosystèmes dans leur planification. Les exemples ne manquent pas. À Kampala en Ouganda, la gestion des inondations se fait dans ce sens. Le marais de Nakivubo est protégé pour sa capacité naturelle à filtrer les eaux usées et à absorber les crues. Sa valeur économique, en services de purification, est estimée à plus de 2 millions de dollars par an.

A Kigali au Rwanda, le Plan directeur 2050 prévoit la restauration massive des zones forestières et des zones humides pour rafraîchir la ville et restaurer la biodiversité. C’est une régulation thermique qui fait que la reforestation urbaine puisse aider à lutter contre les « îlots de chaleur ».

Par le procédé de recharge des nappes phréatiques, la ville de Dire Dawa en Éthiopie, avec le projet SUNCASA, arrive à réhabiliter plus de 800 hectares avec des espèces locales et sécuriser l’approvisionnement en eau.

Dans la capitale économique du Maroc, Casablanca, de grands collecteurs pour la gestion des eaux de ruissellement ont été érigés, à travers de vastes galeries souterraines sur près 4 km jusqu’à l’océan, sans détruire un foncier densément peuplé.

Economie circulaire et agriculture urbaine ou agroécologie

La tendance lourde qui se dessine est que les écosystèmes urbains de demain visent l’autosuffisance et la réduction de l’empreinte environnementale.

Le Programme Villes Vertes de la FAO aide des villes, comme Praia au Cap Vert ou Nairobi au Kenya, à intégrer l’agriculture urbaine et périurbaine. L’objectif est de réduire les distances de transport alimentaire, tout en verdissant les espaces.

Des projets de bioéconomie circulaire à Dakar au Sénégal ou à Abidjan en Côte d’Ivoire permettent la transformation des déchets organiques, en compost ou en énergie (biogaz) émergent, pour éviter la pollution des sols et des cours d’eau.

Mobilité multimodale

Mobilité et urbanisme vont de pair. Pour les Smart Cities, il est question de « Sortir du tout-voiture ». La sauvegarde des écosystèmes passe par une réduction drastique de la pollution de l’air et de l’étalement urbain. Des initiatives durables à fort impact écologique existent. Dans la capitale sénégalaise, le BRT (Bus Rapid Transit) 100% électrique a eu pour objectifs de réduire les émissions de GES et le bruit. Un métro léger et des bus électriques multimodaux à Casablanca et à Addis Abeba limitent la dépendance aux énergies fossiles. Et à Antananarivo à Madagascar, Téléphérique éco-responsable facilite le franchissement de reliefs sans détruire le foncier dense.

Les enjeux

Malgré ces initiatives, la route reste semée d’embûches. Il est primordial de tracer et respecter les schémas directeurs de villes, surtout nouvelles. Un transport multimodal à fort impact écologique et durable, qui crée par ailleurs des embouteillages monstres, nuit autant qu’il apporte du progrès.

Un autre handicap a trait au financement. Les villes d’Afrique au sud su Sahara ne reçoivent actuellement que 4 % des financements mondiaux nécessaires pour l’action climatique urbaine.

La lutte contre une urbanisation informelle, alimentée par un exode rural un manque d’initiatives pour valoriser les terroirs, reste un écueil à surmonter. Une grande partie de la croissance se fait sans planification, menaçant directement les forêts et zones humides périphériques.

Des sites paradisiaques (îles du Delta du Saloum) qui ne demandent qu’un minimum d’investissement en utilités (eau, électricité, assainissement, logistique…) sont souvent ignorés, voire acquis par des prédateurs fonciers pour vils prix… En termes de gouvernance, il est nécessaire en Afrique d’harmoniser les lois foncières avec la protection de la biodiversité.