Chronique- Quelle passerelle entre pharmacie et pharmacopée en Afrique

En Afrique, la complémentarité entre la pharmacie moderne (biomédecine) et la pharmacopée traditionnelle ne relève plus seulement de la survie, mais d’une stratégie de santé publique intégrée. Bien que longtemps opposées, ces deux approches convergent aujourd’hui pour former un système de soins hybride.

Pour un grand nombre de pays africains, la dénomination du substantif « médicament », en les langues locales, recoupe « plante, arbre ». Ceci augure du potentiel énorme de la pharmacopée. Aussi, si la pharmacie moderne peut se targuer d’atouts, tels que précision, standardisation, réponse aux urgences, la pharmacopée traditionnelle se met en exergue par son accessibilité, son acceptabilité culturelle et son approche holistique. Néanmoins, l’une et l’autre présentent quelques limites.Au manque de dosage précis et aux risques de toxicité si non contrôlée de cette pharmacopée font face comparativement les coûts élevés et d’éventuelles ruptures de stocks, compte tenu d’une industrie pharmaceutique balbutiante qui impose par endroits des importations.

Toujours est-il qu’une certaine complémentarité peut être développée. Elle s’articulerait autour du «Médicament Traditionnel Amélioré » (MTA), sorte de pont scientifique, de cadres réglementaires (Vision 2025-2026), d’un meilleur accès, et d’une meilleure collaboration des tradipraticiens et pharmaciens.

Le MTA, exemple le plus concret de synergie, peut servir de pont scientifique. En effet, le MTA utilise le savoir ancestral (choix des plantes) et l’applique aux standards de la pharmacie moderne. Il formule des dosages précis, des tests de toxicité. Elle réalise des formes galéniques, comme les gélules ou sirops. L’objectif avoué est de rendre les remèdes traditionnels plus sûrs et reproductibles. Fort heureusement, des pays comme le Mali, le Burkina Faso ou le Bénin ont intégré certains MTA dans leurs listes de médicaments essentiels, disponibles en officine.

Une complémentarité d’accès et de coût

La pharmacie moderne et la pharmacopée se répartissent souvent le rôle de premier recours, selon le contexte. Pour environ 80 % de la population africaine, la pharmacopée reste la première porte d’entrée, en raison de son coût abordable et de sa disponibilité géographique immédiate (herboristes locaux). Parallèlement, la pharmacie moderne prend souvent le relais pour les urgences chirurgicales, les infections bactériennes graves ou les pathologies complexes, nécessitant des équipements de pointe.

En termes de collaboration des acteurs (tradipraticiens et pharmaciens), l’OMS encourage désormais une collaboration formelle. Dans plusieurs pays, tels que le Burundi, la Côte d’Ivoire… des protocoles sont mis en place, afin que les tradipraticiens orientent les cas graves vers les hôpitaux, et que les médecins respectent le recours culturel des patients. Un tel système d’orientation reste primordial.

R&D et cadres réglementaires (Vision 2025-2026)

Relativement à la Recherche et Développement, Prometra (Promotion of Medecine and Treatment from Africa) réalise une œuvre colossale, notamment au Sénégal avec le Dr Erick Gbodossou. Prometra est une organisation internationale, vouée à la préservation et à la restauration de la médecine traditionnelle africaine et des sciences autochtones. Elle constitue un institut de recherche scientifique et culturelle, un centre de pratique médicale et un instrument d’intégration africaine et de relations internationales.

C’est de bonne guerre. Les laboratoires pharmaceutiques modernes s’appuient sur l’ethnobotanique pour identifier de nouvelles molécules actives. C’est la « bioprospection », où le savoir traditionnel sert de guide à l’innovation moléculaire. Nos facultés de pharmacie doivent promouvoir les travaux dans cette direction.  

La Vision 2025-2026 appuie l’instauration de cadres réglementaires. Le paysage évolue avec des structures officielles. Des directions nationales sont érigées. Presque tous les ministères de la Santé disposent désormais d’une direction dédiée à la médecine traditionnelle. Aux niveaux régional et international, l’Organisation Ouest Africaine de la Santé (OOAS) publie des volumes de la Pharmacopée de l’Afrique de l’ouest, codifiant les plantes pour qu’elles soient reconnues scientifiquement par les pharmaciens. Le cas de Prometra, évoqué plus haut, reste un exemple patent. À la 8ème Edition du Forum Galien, placée sous le thème « Souveraineté Médicamenteuse en Afrique », fin décembre 2025, Mme Flora Salikhova, directrice exécutive de l’ONG, n’a pas manqué de souligner l’importance de la légalisation de la médecine Africaine comme préalable à cette souveraineté