L’Afrique est l’avenir. D’ici 2050, un enfant sur trois dans le monde, vivra dans ce continent, d’après la Banque mondiale. Toutefois, avoir du potentiel ne suffit pas. Pour mettre rapidement les pays africains, ne disposant pas d’outils catalyseurs, sur la rampe du développement, il est nécessaire d’avoir les outils adaptés aux réalités locales, notamment la monnaie, véhicule indispensable d’échange et d’investissement.
Tout Etat africain, surtout ceux disposant d’importantes réserves en minerais, gagnerait à disposer de sa propre devise monétaire, adossée à l’or, valeur-refuge, par excellence, pour la stabilité et le prestige. Mais à l’ère de la cryptomonnaie qui permet à la fois transfert rapide et spéculation, l’atout majeur serait la complémentarité.
Au sein d’un continent, riche en or- on ne le répètera jamais assez- mais où les dernières tendances de la pauvreté rappellent que si la précarité recule dans plusieurs régions du monde, elle se concentre de plus en plus en Afrique, où 7 personnes pauvres sur 10 vivent désormais, un tel revirement pour maîtriser sa monnaie, facteur essentiel de développement, reste vital.
Pour un investisseur fortuné en Afrique en 2026, l’idée d’une monnaie nationale adossée à l’or représente un changement de paradigme face à la montée des cryptomonnaies. Des cas concrets existent. Le projet du Zimbabwe avec le ZiG, de l’Eco au sein de la CEDEAO ou encore les réflexions au sein de l’AES (Alliance des Etats du Sahel) peuvent être cités.
Que d’atouts
Alors que les cryptomonnaies offrent une sortie du système bancaire, une monnaie « or » africaine offre une souveraineté tangible. Pour les opérateurs économiques, elle peut d’abord assurer la protection contre l’effondrement monétaire (Inflation-Proof). Beaucoup de fortunes africaines ont été érodées par les dévaluations brutales du Naira nigérian, du Cedi ghanéen, de Livres…
Ensuite, en termes de valeur intrinsèque, contrairement aux cryptomonnaies qui reposent sur un algorithme et la confiance du marché, une monnaie adossée à l’or repose sur un actif physique réel détenu en réserve.
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En outre, pour les acteurs de la vie économique, une monnaie, adossée à l’or avec une banque centrale disposant de stocks d’or, favorise la stabilité du pouvoir d’achat.Cela permet de conserver sa fortune localement sans avoir besoin de la convertir systématiquement en dollars ou en euros pour éviter la fonte de son capital.
Une passerelle entre le monde « On-Chain » et l’économie réelle
À l’heure de la cryptomonnaie, une monnaie nationale « or » sert de stablecoin naturel. Un stablecoin est une cryptomonnaie dont la valeur est « indexée », ou mieux arrimée, à un actif stable pour éviter la volatilité du Bitcoin. L’objectif est d’avoir la vitesse de la blockchain avec la stabilité du dollar, de l’euro ou de l’or. Quant au mécanisme, pour chaque jeton émis numériquement, l’émetteur doit (en théorie) détenir la même valeur en réserve (cash, obligations ou or physique).
En 2026, de nombreux pays africains explorent la tokenisation de leurs réserves d’or. Pour un investisseur, cela signifie pouvoir passer d’un actif numérique (crypto) à une monnaie nationale stable, convertible en or physique, facilitant les transactions de luxe ou immobilières. Cette facilité de conversion est un atout supplémentaire.
A cela s’ajoute le fait qu’il y ait moins de« friction » réglementaire. En effet,utiliser une monnaie nationale stable est beaucoup plus simple pour la conformité fiscale que de manipuler des cryptos, souvent ciblées par les régulateurs.
Souveraineté et « De-risking » vis-à-vis de l’occident
L’or est l’actif de liberté par excellence pour les élites. Une monnaie, basée sur l’or, permet d’effectuer des transactions internationales (notamment avec les BRICS+), sans dépendre du réseau SWIFT ou des sanctions américaines. C’est une indépendance au dollar.
Pour un investisseur africain, savoir que sa richesse est garantie par de l’or stocké sur le continent (et non dans des serveurs à l’étranger ou des banques européennes) renforce la sécurité psychologique et politique. Cette garantie physique locale est importantissime.
Le dernier atout auquel, je voudrais faire allusion ici, relève de la qualité d’une devise nationale forte à servir de levier bancaire sur actif tangible. Le gros défaut de la cryptomonnaie reste la difficulté d’obtenir un crédit important en l’utilisant comme collatéral. Une monnaie stable, car adossée à l’or, permet aux banques locales de proposer des financements plus sains. Un opérateur économique peut mettre en gage ses avoirs en « monnaie-or » pour financer des projets industriels ou agricoles, avec des taux d’intérêt bien plus bas que dans une économie inflationniste.
Là où le bât pourrait blesser reste dans une utilisation déraisonnée de la planche à billets et un contrôle laxiste des changes. L’instauration d’un Office des changes pour réguler, notamment les sorties de devises, reste indispensable pour réussir un tel changement de paradigmes. Envoyer des devises à l’étranger à tout va devra être aux oubliettes, du moins pendant les premières périodes de lancement. Il y va de même de l’implantation d’une industrie minière locale intégrée, c’est-à-dire de la mine au lingot.
















