Agriculture : entre blocages des stocks et impayés, la détresse des producteurs de cacao ivoiriens  

En Côte d’Ivoire, la filière cacao est depuis le début de l’année confrontée à crise majeure de commercialisation. Cette dernière s'est caractérissée par un blocage des exportations et une chute brutale des cours mondiaux après que ces derniers ont atteint leur plus haut niveau fin 2024. (Crédit : DR).

L’Afrique fournit 60% de la production mondiale de cacao et la Côte d’Ivoire est le premier producteur du continent, selon l’Organisation Internationale du Cacao (ICCO). Mais le pays qui subit le diktat des prix du marché fixés par les bourses internationales doit faire face aux alliés de la fluctuation des prix en baisse depuis fin 2024. Face à ces aléas, les producteurs sont les plus impactés, malgré les mesures prises par l’Etat ivoirien.

En Côte d’Ivoire, la filière cacao est depuis le début de l’année confrontée à crise majeure de commercialisation. Cette dernière s’est caractérissée par un blocage des exportations et une chute brutale des cours mondiaux après que ces derniers ont atteint leur plus haut niveau fin 2024. Selon les estimations des associations de producteurs de cacao ivoiriens, plus de 700 000 tonnes de cacao sont actuellement entre les mains des producteurs ou stockés dans des ports.  Pour cause, un décalage entre les prix fixes de 2 800 FCFA/kg pour 2025-2026, garantis par l’Etat et les prix du marché mondial qui ont chuté de 12 000 FCFA/kg en fin 2024 à environ 4200 FCFA/kg début 2026. Une baisse de près de 70% du kg de cacao faisant que les exportateurs s’abstiennent d’acheter car le prix bord champ est jugé trop élevé par rapport au marché international. Les producteurs, privés de revenus, ne peuvent plus couvrir leurs besoins vitaux. Face au risque de crise sociale, le gouvernement ivoirien via le Conseil Café Cacao a lancé fin janvier 2026 un programme de rachat des stocks. L’objectif est de racheter jusqu’à 100 000 tonnes d’ici fin mars 2026 pour un coût estimé à 280 milliards de FCFA afin d’injecter des liquidités dans la filière. 

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La crise actuelle s’inscrit dans un contexte de fragilité prolongée. En effet, la campagne 2023/2024 s’est achevée sur un déficit mondial, avec une production ivoirienne tombée à environ 1,76 million de tonnes contre près de 2,2 millions habituellement. Aussi, le phénomène El Niño a provoqué des sécheresses et des pluies irrégulières, favorisant des maladies qui ravagent les plantations. Malgré les hausses de prix affichées, plus de la moitié des producteurs vivent toujours sous le seuil de pauvreté, gagnant moins de 1,15 $ par jour selon la Banque mondiale. Le secteur, qui représente 14 % du PIB ivoirien et fait vivre plus de 5 millions de personnes, reste dans l’attente d’une stabilisation des marchés internationaux pour débloquer totalement la chaîne de valeur. 

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