
Dubaï se position en hub mondial de transformation et de commerce du café. Une ambition qui se concrétise par la création d’entrepôts de stockages à la pointe de la technologie, le développement d’un écosystème en faveur de la transformation des graines de café en local, une stratégie de réexportation via des infrastructures de logistique rapides. Cette volonté est soutenue par l’organisation d’évènements réunissant tous les acteurs du café comme le World Coffee Dubai de la semaine dernière. Huit pays africains via une délégation de producteurs, exportateurs et torréfacteurs sous l’égide de l’International Trade Centre (ITC) sont venus exposés leurs produits, découvrir, partager sur les nouveaux outils et procédés ou encore négocier des partenariats. Les principaux acteurs du café africain présents ont confié à Africa Income leurs impressions et attentes.
Historiquement, le café africain était exporté comme une matière première brute vers les pays importateurs et transformateurs. Aujourd’hui, Dubaï tente de bousculer ce modèle en se positionnant non plus comme un simple transitaire, mais comme un accélérateur de valeur. C’est dans cette perspective que s’est inscrite la conférence internationale du café, « World Coffee Dubai » qui s’est tenue au Worl Trade Center de Dubai du 18 au 20 Janvier. Au cœur de cette stratégie, le Dubai Multi Commodities Center (DMCC), une structure à haute technologie qui joue un rôle d’entrepôt. Un traitement de pointe du café y est assuré avec des techniques avancées de tri, de nettoyage et de torréfaction locale de quantité journalière allant jusqu’à 16000 tonnes. Le pays du Golfe qui abrite l’un des plus grands ports au monde, Dubai Port World (DP World) peut compter sur ses infrastructures logistiques ultra-performantes, boostées par son programme World Logistics passport. Ce dernier réduit encore les délais de douanes et permet à des gammes de cafés réputées fragiles d’atteindre plus facilement leur marché de niches, notamment en Asie, en Europe et aux Etats-unis.
En 2024 , les réexportations de café via Dubai ont atteint plus de 950 millions de dollars US. Le World Coffee Dubai est un carrefour de rencontres directes entre producteurs africains et torréfacteurs, goûteurs, baristas, venus du monde entier. Certaines variétés africaines, rares, y sont négociés directement, atteingnant des prix records au – delà des cours des bourses. L’édition 2026 a accueillis près de pays producteurs. Les pays africains ont été représentés en force par la Côte d’Ivoire, le Togo, la République Démocratique du Congo (RDC), le Cameroun, l’Ethiopie, le Mozambique, le Ghana, le Libéria ou encore le Burkina Faso. Dubai offre à ces pays une ouverture vers des destinations en plein boom de consommation et de transformation comme la Chine, l’Inde et la région MENA. Cette dernière est désormais le marché du café à la croissance la plus rapide au monde, avec une valeur projetée de 11,5 milliards de dollars en 2025.
« Nous accompagnons les producteurs de café sur toutes les étapes allant aux meilleurs pratiques de semences, de cueillettes, de production, à la formation aux bonnes techniques de torréfaction et à la commercialisation. Pour faire la promotion du café africain, nous sommes venus avec une vingtaine d’entreprises d’Afrique de l’ouest, du Centre et de l’Ethiopie, des acteurs de la torréfaction, des coopératives et des exportateurs du secteur café », affirme Mory Diawara, Coordinateur régional du programme ACP Business-Friendly Program du Café en Afrique.
C’est un programme de l’International Trade Centre (ITC) Alliances For Action : un projet des Nations- Unies et de l’OMC en partenariat avec l’Union Européenne (UE), l’Organisation des Etats d’Afrique, des Caraibes et du pacifique (OACPS).
Le World of Coffee Dubai est un événement de café de spécialités. Les délégations africaines proposent principalement deux variétés de cafés : l’Arrabica et le Robusta. Ce dernier est un café de connaisseur et c’est lors de ces rencontres que les producteurs trouvent des clients pour ces variétés.
« Les prix du café sont fixés par les marchés à la bourse. Mais à la différence du café classique, le café des spécialités se vend mieux et différemment. Nous en vendons à nos partenaires notamment français autour de 3000 fcfa soit près de 6 dollars le kilo, alors que les prix du café classique sur le marché tournent autour de 1500 à 2000 Fcfa soit 3 à 4 dollars. C’est une clientèle en quête de café durable et équitable fourni directement par les producteurs locaux dont certains sont des groupements de jeunes camerounais qui se sont mis à la culture du Café. », explique Hermann Yanka Nana, Directeur développement du Conseil Interprofessionnel Cacao & Café venu promouvoir le café du Cameroun.
Comment faire profiter le pays du hub Dubaï ? Le marché du café compte plus de 10 millions de sacs de production par an. L’objectif du Cameroun est de bien se positionner sur les différents marchés du café dans le monde et de saisir les différentes opportunités de partenariats sur ce marché. « Notre plus gros challenger est de mettre davantage de valeur sur le café labellisé Cameroun. Au World Coffee Dubai nous ne sommes pas venus spécialement pour vendre, mais plutôt pour se connecter au marché, faire découvrir à travers des échantillons nos spécialités qui suscitent un vif intérêt auprès d’une certaine clientèle, qui se les est procurée à 6 dollars les 250g », a ajouté Hermann Yanka Nana.
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Un autre pays, à savoir le Mozambique mise également sur ses spécialités pour apporter de la valeur à son secteur café. Le pays a affiché deux objectifs au salon : rehausser le niveau de la production de café et augmenter les revenus issus du secteur. « Nous misons beaucoup sur des variétés de café locales spécifiques, comme le zanguebaria coffee, un produit épicé, peu caféiné très apprécié des connaisseurs. Pour l’instant nous en produisons une quantité limitée que nous augmenterons au fur à mesure. Nous cultivons aussi le racemosa et allons produire aussi de l’Arabica. Le World Coffee de Dubaï a été pour nous l’occasion de prospecter et de faire découvrir nos spécialités et variétés, mais aussi d’étudier les variétés de graines sur le marché que nous pourrons éventuellement cultiver au Mozambique », Bernardete Camilo, Coordinatrice Nationale du Programme EU-OACP Mozambique.
Asna Amhamednur, représentante de la coopéative Limu Inara Farmers, Multiporpose Cooperative Union d’Ethiopie. La coopéative créée en 2006 regroupe 108 coopéarives, 27produits organiques Fairtrade et certifiés café anti-déforestation. Au total l’Union compte 36716 membres dont 6716 femmes. « Dubai World Trade Coffee a été pour nous l’occasion de promouvoir le café made in Ethiopia, avec l’appui de l’ITC. L’Ethiopie est un grand producteur de café en Afrique, réputé pour ses variétés. Nous voudrions nouer des partenariats surtout pour les produits susceptibles de générer plus de valeurs pour nos coopératives productrices. Mais nous avons constaté que la plupart des clients s’intéressent aux produits les plus abordables », explique Asna Amhamednur, qui est a été accompagnée d’une forte délégation éthiopienne.
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Quelques producteurs et torréfacteurs africains, notamment éthiopiens, en choisissant de stocker et de transformer leur production à Dubaï, bénéficient d’un écosystème structuré, de la possibilité de vendre en petits détails dans des emballages attractifs aux normes internationales, ajoutant de la valeur par rapport aux méthodes classiques d’exportations en vrac dans de gros sacs. A Dubaï, les conditions de stockages réduisent les risques de dégradation des produits ou d’altération du café. L’Emirat du Golfe a une position stratégique de carrefour entre l’Europe, l’Asie et le reste du monde et les acteurs du café africain veulent tirer profit de cette dynamique, même si leur objectif primaire est booster la consommation du café, d’approvisionner le marché africain en pleine croissance pour sortir du cycle de l’exportation des graines brutes du café africain.
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