
Alors que le Copperbelt congolais est depuis longtemps le fief des géants miniers chinois et européens, une petite société américaine prend le pari audacieux d’ouvrir un nouveau front dans le secteur du cuivre au niveau de l’est du pays – une région connue pour ses conflits, mais aussi, désormais, pour ses teneurs en cuivre parmi les plus élevées au monde.
La République démocratique du Congo est le deuxième producteur mondial de cuivre, derrière le Chili, avec près de 4,8 millions de tonnes produites l’an dernier. Ce métal est devenu indispensable à la transition énergétique : batteries de véhicules électriques, câblage des énergies renouvelables, infrastructures de réseau. Pourtant, l’exploration minière s’est jusqu’ici concentrée sur le Copperbelt méridional – les provinces du Lualaba et du Haut-Katanga – où opèrent les mastodontes CMOC et Glencore autour de Kolwezi et Lubumbashi. L’est du pays, lui, est resté dans l’ombre. Mieux connu pour son or, son étain, son tantale et son tungstène, il abrite des opérateurs comme Barrick ou Alphamin, ainsi qu’une multitude de mineurs artisanaux. C’est précisément là que Copper Intelligence, explorateur américain coté sur le marché OTC, a décidé de s’implanter, selon des informations relayées par Reuters.
Une découverte née du travail artisanal dans des mines en RDC
L’histoire du projet Butembo commence comme souvent dans les mines congolaises : des creuseurs artisanaux, cherchant de l’or en surface, ont mis à nu une minéralisation en cuivre oxydé proche de la surface. C’est cette exposition fortuite qui a attiré l’attention de Copper Intelligence, qui a depuis finalisé l’acquisition de la licence minière correspondante. Depuis, les équipes ont prélevé des échantillons de sol et de surface sur une zone s’étendant sur environ sept kilomètres en direction du parc national des Virunga. Les résultats sont concluants : des teneurs en cuivre atteignant jusqu’à 18 %, un niveau qui, s’il est confirmé à plus grande échelle, placerait le gisement parmi les plus riches du monde. La licence couvre entre 70 et 80 kilomètres carrés, et le potentiel de district – c’est-à-dire d’un ensemble de gisements interconnectés – semble réel, selon Andrew Groves, président de la société.
Le forage, prochaine étape décisive
Pour transformer cette promesse géologique en ressource certifiée, des forages sont nécessaires. Ils permettront de déterminer la profondeur et l’épaisseur du corps minéralisé primaire, encore inconnues. Copper Intelligence prévoit de commencer à forer dans les quatre à six semaines, selon une approche par phases visant à définir une première ressource. Le budget annuel d’exploration est estimé entre 1 et 1,5 million de dollars – une enveloppe modeste, reflet de la taille encore junior de la société. Le site présente un avantage logistique notable : situé à environ 50 kilomètres de la frontière ougandaise, il dispose d’un accès à des liaisons ferroviaires vers le port kenyan de Mombasa. Cela représente une route d’exportation plus courte que celle empruntée depuis le Copperbelt katangais, traditionnellement acheminé vers les ports d’Afrique australe.
Géopolitique et ambitions américaines
Le projet ne se résume pas à une équation géologique. L’est du Congo est une région en proie à des conflits armés liés au groupe M23, ce qui complique toute opération. Copper Intelligence affirme que la sécurité autour de Butembo est coordonnée dans le cadre d’un dispositif militaire conjoint congolo-ougandais ciblant les groupes insurgés. Car Copper Intelligence ne cache pas ses intentions : tout le cuivre produit sera vendu exclusivement sur le marché américain.
« Le plan est d’être un fournisseur de cuivre purement américain. Nous ne vendrons aucun cuivre à la Chine », a déclaré Andrew Groves à Reuters.
Dans un contexte de rivalité sino-américaine pour les minerais critiques, ce positionnement est loin d’être anodin. Washington cherche à sécuriser ses approvisionnements en métaux stratégiques hors de l’orbite chinoise – et le cuivre congolais pourrait bien en devenir un nouveau terrain de jeu.
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