
Face à la contrebande et à l’insécurité qui fragilisent ses filières minières, la République démocratique du Congo (RDC) déploie une force paramilitaire inédite, financée par un partenariat stratégique avec Washington et Abou Dhabi. Un signal fort adressé aux investisseurs occidentaux dans la course aux minéraux critiques.
L’Inspection générale des mines (IGM) de la RDC a annoncé lundi la création d’une garde minière paramilitaire chargée de sécuriser les sites d’extraction et les chaînes d’approvisionnement en minéraux. Ce nouveau corps sera progressivement déployé dans l’ensemble des régions minières du pays, avec un objectif de plus de 20 000 personnels d’ici fin 2028. Un premier contingent de 2 500 à 3 000 agents devrait être opérationnel dès décembre 2026, après six mois de formation en collaboration avec l’armée. Cette initiative s’inscrit dans une volonté affichée de Kinshasa de réformer en profondeur un secteur minier gangréné par la contrebande, le manque de traçabilité et l’insécurité chronique – en particulier dans l’est du pays, où une rébellion soutenue par le Rwanda continue de perturber les opérations.
Washington et Abou Dhabi au cœur du financement
Le programme bénéficiera d’un budget de 100 millions de dollars, mobilisé dans le cadre de partenariats stratégiques avec les États-Unis et les Émirats arabes unis. Ce soutien s’inscrit dans la continuité du partenariat minerals signé en 2025 entre Kinshasa et Washington, par lequel les États-Unis cherchent à contrebalancer la domination chinoise sur les matières premières critiques. Dans ce sillage, la société américaine Virtus a repris le contrôle du minier cuivre-cobalt Chemaf, et d’autres entreprises occidentales ont exprimé leur intérêt pour des actifs congolais, y compris dans des zones actuellement tenues par des groupes armés.
« La volonté du Président de la République est d’assainir l’ensemble du secteur minier, en éliminant les pratiques contraires à la bonne gouvernance, à la transparence et à la traçabilité des minerais. », a confié à Reuters Rafael Kabengele, Inspecteur général des mines
Remplacer l’armée par une garde spécialisée
La nouvelle unité reprendra les missions de sécurité actuellement assurées par les forces armées congolaises. Son mandat couvrira la protection des sites miniers, l’escorte des expéditions de minéraux depuis les zones d’extraction jusqu’aux installations de traitement et aux postes frontaliers, ainsi que la sécurisation des investissements étrangers. Ce transfert de responsabilité vise à professionnaliser la sécurité du secteur et à instaurer une chaîne de contrôle plus rigoureuse, de l’extraction à l’exportation.
Un message aux investisseurs dans la course aux minéraux critiques
Premier producteur mondial de cobalt et deuxième fournisseur de cuivre, la RDC dispose également de vastes réserves de lithium, de coltan et d’or. Autant d’atouts stratégiques dont Kinshasa entend tirer parti à l’heure où la demande mondiale en minéraux critiques explose, portée par la transition énergétique et la course aux technologies vertes. En lançant cette garde minière, le gouvernement congolais envoie un signal clair aux investisseurs : la sécurisation du secteur et la transparence des chaînes d’approvisionnement sont désormais des priorités d’État, dans un contexte de compétition géopolitique intense pour l’accès aux ressources minérales africaines.














