Qui sont les champions de la croissance africaine en 2024 ? L’Afrique face au spectre d’une sortie désorganisée des énergies fossiles. Green bonds et financement bleu : une année mitigée. Des exemples d’entreprenariat réussi dans le green en Afrique. C’est l’aperçu des sujets décortiqués dans ce magazine, en focus sur les tendances qui se déssinent pour 2024 dans un continent en pleine ébullition sur le plan économique, social, voire politique.
Africa Income magazine N°1: l’Afrique en perspectives pour l’année 2024

Dette publique- Le Sénégal ploie, mais ne rompt pas
Le gouvernement du Sénégal a hérité d’une dette de plus de 130%, loin des critères de convergence de la Cedeao. Environ 7 milliards de $ d’emprunts non déclarés par le régime du président Macky Sall, d’après l’administration nationale. A fin 2024, la dette était estimée à 132% du PIB, par le FMI. Face à des échéances de règlement d’eurobonds en mars prochain, le pays, qui a su mobiliser des fonds du marché national et régional, fait preuve de résilience et entend honorer ses engagements.
Aux détenteurs d’Eurobonds, échéance mars 2026, le Sénégal doit plus de 480 millions de $. En dépit d’un fardeau de la dette, de la suspension d’un programme de prêt du FMI de 1,8 milliard de $, suite à la révélation d’une dette cachée, assez de financements permettront de surmonter cette épreuve. Les recettes fiscales (IS, TVA, impôts sur les dividendes…), ajoutées aux fonds mobilisés sur le marché régional, serviront à dépasser cet écueil.
Un bref historique des eurobonds fait ressortir 07 sorties, entre 2009 et 2024. Sur celui du 06 mars 2018, il avait alors été levé 2,2 milliards de $, en 02 tranches respectivement 1 Mrd $ et 1,2 Mrd $) avec 02 maturités de 10 ans à 4,75% et 30 ans à 6,75%. La tranche de 10 ans prévoit que le remboursement du principal soit amorti sur les 3 dernières années de sa durée de vie, c’est-à-dire, 2026, 2027 et 2028.
Une solvabilité, au beau fixe
M. Ousmane Sonko, Premier ministre du Sénégal, a toujours exprimé une volonté limpide de rupture, de transparence et de redressement économique de l’économie sénégalaise. Face aux défis financiers majeurs, le gouvernement du Sénégal a opté à préserver la souveraineté économique. Honorer les engagements de l’Etat vis-à-vis des partenaires financiers, en dépit du fardeau de la dette et faisant fi à la dégradation de notes de certaines agences, a été le crédo. Ces efforts, en termes de lutte contre la corruption et la concussion, pour assainir les finances publiques et redynamiser l’économie, mais aussi impulser un train de mesures courageuses et structurelles, sont en train de porter des fruits. La résilience du Sénégal commence à faire tache d’huile. Ce pays gère sa dette sans restructuration. Outre les signes positifs avec Mme Kristalina Georgieva, DG du FMI, lors des Assemblées annuelles des institutions de Bretton Woods à Washington en octobre 2025, la nouvelle cheffe de mission du FMI à Dakar, Mme Mercedes Vera Martin, reçue en janvier 2026 par le chef de l’Etat, s’emploie à renforcer les bases d’un futur dialogue.
A lire aussi: Finance : Le Sénégal rejette toute restructuration de sa dette
Sur le marché régional quelque 510 milliards f CFA ont été levés, depuis le début de 2026. Sur l’année 2026, un tel programme vise 4 132 milliards f CFA
Au plan macroéconomique, Ce pays résolument tourné vers le développement multiplie les programmes, dans divers secteurs (ferroviaire, portuaire, minier, logistique, agrobusiness, formation…), en phase avec l’Agenda national de Transformation. Mieux encore, grâce à une envolée spectaculaire, de 155 % de ses exportations à fin décembre 2025, le Sénégal amorce un tournant historique. Le rebond du commerce extérieur, porté par les hydrocarbures et l’or, contribue à réduire nettement le déficit commercial
Les bonnes nouvelles s’enchainent. La BAD et la Caisses de Dépôts et de Consignations Africaines viennent de lancer une concertation de haut niveau pour accélérer la mise en place d’une nouvelle architecture financière africaine.
Télécom : Belles performances 2025 d’Orange portés par l’Afrique et le Moyen-Orient

Tiré par l’Afrique et le Moyen-Orient, le groupe Orange a réalisé d’excellents résultats en 2025. La croissance de l’EBITDA a été de 3,8 % et et le flux de trésorerie organique en hausse de 8,3 %, atteignant 3,7 milliards d’euros. L’opérateur de téléphonie a enrégistré une forte progression du nombre de clients en France, en Europe et en Afrique & Moyen-Orient, soit +19,6 millions de clients en un an. Mais les performances les plus solides ont été nrégistrée avec une croissance à deux chiffres du chiffre d’affaires et de l’EBITDAaL en Afrique & Moyen-Orient. Les plans d’efficacité mis en œuvre en France et en Europe ont contribué à ces résultats. L’accord contraignant avec Lorca pour l’acquisition de la totalité du capital de MasOrange a été une étape décisive pour renforcer le leadership d’Orange en Espagne.
Le chiffre d’affaires annuel de l’opérateur téléphonique Orange pour 2025 s’est élevé à 40 396 millions d’euros, en hausse de 0,9 % par rapport à l’année précédente (+374 millions d’euros), grâce à la croissance des services aux particuliers (+2,2 %, soit +675 millions d’euros). La dynamique observée dans les services aux particuliers a été partiellement compensée par un recul des services aux entreprises (-3,9 %, soit -229 millions d’euros). La région Afrique et Moyen-Orient a été le principal moteur de cette croissance, avec un chiffre d’affaires en hausse de 12,2 % (+918 millions d’euros), porté par la progression de ses quatre principaux leviers de croissance (+18,6 % pour les données mobiles, +18,4 % pour le haut débit fixe, +18,0 % pour Orange Money et +10,4 % pour le B2B).
A lire aussi : Télécoms : Camtel prépare son entrée dans le paiement mobile
En France, la performance commerciale a été solide, avec un trimestre record pour la fibre (les meilleurs gains nets depuis le quatrième trimestre 2022). Dans un marché toujours concurrentiel, la croissance des services aux particuliers hors PSTN2 a été de +0,6 % (68 millions d’euros) sur l’année. Les évolutions structurelles des services aux grossistes (-6,5 % ou -286 millions d’euros) ont continué de peser sur le chiffre d’affaires, entraînant un recul de 2,1 % (-377 millions d’euros) par rapport à l’année précédente. Le chiffre d’affaires en Europe a progressé de 2,2 % (+156 millions d’euros), principalement grâce à la croissance des services aux particuliers (+3,0 %).
A lire aussi : Télécom : 636 millions USD de pénalités pour Maroc télécom
La tendance baissière du chiffre d’affaires d’Orange Business (-4,8 % ou -367 millions d’euros) s’explique à nouveau par la baisse du chiffre d’affaires des services fixes uniquement (-7,6 % ou -223 millions d’euros). La croissance du chiffre d’affaires d’Orange Cyberdefense a été dynamique (+6,8 % ou +80 millions d’euros), tandis que les services informatiques et d’intégration ont reculé (-2,3 % ou -86 millions d’euros) dans un contexte de marché informatique tendu. En termes de performances commerciales, le Groupe a conservé sa position de leader de la convergence en Europe (France incluse), avec un total de 9,3 millions de clients convergents (+1,9 %). Les services mobiles ont totalisé 272,8 millions d’accès dans le monde (+7,8 %). Les services fixes ont totalisé 38,1 millions d’accès dans le monde (-0,6 %), dont 16,5 millions d’accès au très haut débit, un segment qui a continué d’afficher une forte croissance (+13,0 %).
Chronique- Ces détails, de vrais standards pour hisser vers le haut nos villes
Un aéroport peu défraichi, mal entretenu, à la signalétique qui laisse à désirer, des voies de communications trop étroites, sujettes à d’incessants embouteillages que le tintamarre de klaxons rend lassants… d’inutiles marchandages qu’un affichage obligatoire des prix priverait le grand public, sont des tares à corriger sans délai, pour inscrire nos agglomérations dans le gotha des endroits agréables à vivre, où le taux de retour peut être élevé, pour un étranger.
L’Afrique s’urbanise de plus en plus. Le taux d’urbanisation va doubler d’ici 2050, passant de 40 à 70%. En termes de population, environ 1,4 à 2,5 milliards personnes vivront alors dans les villes. Il ne faut pas se leurrer, certaines de nos villes sont trop bruyantes, pas proprettes du tout. D’autres sentent mauvais ! Ces assertions sont à peine exagérer.
Nos villes côtières, qui sont gratifiées par Dame Nature d’un climat idéal, avec une température moyenne de 25°C, voient quasiment toutes leurs eaux usées déversées directement dans l’océan, sans prétraitement ! La résultante ce sont des eaux de baignade de piètre qualité, une cueillette conchylicole à interdire… au moins, le temps d’assainir. Pour des plages, arborant le Pavillon Bleu, il faudra revenir !
Aujourd’hui, il est grand temps de s’asseoir autour d’une table, pour établir les états généraux de nos villes. Aucun aspect ne doit être négligé. De la restructuration des villes existantes au respect strict de schémas directeurs des nouvelles. De larges avenues, un aménagement urbain qui laisse la place aux espaces verts où des espèces endémiques doivent être privilégiées, des lieux de loisirs, de culte et des commerces, et des places publiques doivent être au cœur de tels travaux. Dieu sait que nous disposons de compétences en la matière qui ne demandent qu’à s’exprimer. C’est tout bénef, dans la mesure où de tels chantiers génèreraient emplis et revenus.
A lire aussi: Chronique- Industrie Eau & Assainissement en Afrique, d’une pierre deux coups
Une fois que le cadre est bien assaini et que les espaces sont bien dégagées, quid de la bienséance ? Dans nombre de nos villes, un transport par taxis « clandos »- comprenez clandestins- est exercé et toléré, en parallèle à un autre, officiellement reconnu. Vu que certaines autorités se complaisent dans un certain capharnaüm hérité, le bouchon est poussé plus loin ! Au lieu d’accroître le nombre de taxis officiels et imposer le retour du compteur sur les taxis, avec un tarif minimum pour une course, elles laissent les citoyens à la merci des chauffeurs pour des marchandages qui peuvent être interminables. Pourtant, une rapide extrapolation, relativement aux données économiques et pratiques courantes, permettrait de fixer un tarif homologué au km et accepté par tous. Il est grand temps. Une ville, comme Dakar au Sénégal, qui doit organiser les JOJ en novembre 2026, doit se mettre au pas, sans délai. Des lois sur la liberté des prix et la concurrence aideraient beaucoup à hisser la qualité des commerces et des produits. La qualité finirait par prendre le dessus sur la non qualité.
Au nom du mieux-être
Concernant le bruit, il faudra légiférer s’il le faut. Dans tous les cas, des spots publicitaires dans les médias y compris les réseaux sociaux aideraient à lutter contre la course aux décibels. Et ceux, qui érigent des tentes dans les rues ou désirent organiser des « concerts », n’auront qu’à louer des espaces dédiés, à l’image des discothèques enfouies dans d’épais murs au 3ème sous-sol…
A mon avis, un dernier point à trait à la logistique, principalement le transport routier. Un trafic routier bien fluide est impossible sans de larges voies ou qui sont élargies, avec des carrefours et virages à la bonne dimension, et dotées de feux tricolores. C’est un minimum. Rester sur du « 2 fois voies », balisées de trottoirs de 15 cm, pendant deux décennies, alors que le parc automobile ne fait que s’accroître, c’est à peine croyable.
Mettons nos villes en chantiers pour améliorer, le bien vivre et les hisser aux standards des métropoles respectées à travers le monde.
Agriculture : entre blocages des stocks et impayés, la détresse des producteurs de cacao ivoiriens

L’Afrique fournit 60% de la production mondiale de cacao et la Côte d’Ivoire est le premier producteur du continent, selon l’Organisation Internationale du Cacao (ICCO). Mais le pays qui subit le diktat des prix du marché fixés par les bourses internationales doit faire face aux alliés de la fluctuation des prix en baisse depuis fin 2024. Face à ces aléas, les producteurs sont les plus impactés, malgré les mesures prises par l’Etat ivoirien.
En Côte d’Ivoire, la filière cacao est depuis le début de l’année confrontée à crise majeure de commercialisation. Cette dernière s’est caractérissée par un blocage des exportations et une chute brutale des cours mondiaux après que ces derniers ont atteint leur plus haut niveau fin 2024. Selon les estimations des associations de producteurs de cacao ivoiriens, plus de 700 000 tonnes de cacao sont actuellement entre les mains des producteurs ou stockés dans des ports. Pour cause, un décalage entre les prix fixes de 2 800 FCFA/kg pour 2025-2026, garantis par l’Etat et les prix du marché mondial qui ont chuté de 12 000 FCFA/kg en fin 2024 à environ 4200 FCFA/kg début 2026. Une baisse de près de 70% du kg de cacao faisant que les exportateurs s’abstiennent d’acheter car le prix bord champ est jugé trop élevé par rapport au marché international. Les producteurs, privés de revenus, ne peuvent plus couvrir leurs besoins vitaux. Face au risque de crise sociale, le gouvernement ivoirien via le Conseil Café Cacao a lancé fin janvier 2026 un programme de rachat des stocks. L’objectif est de racheter jusqu’à 100 000 tonnes d’ici fin mars 2026 pour un coût estimé à 280 milliards de FCFA afin d’injecter des liquidités dans la filière.
A lire aussi : Côte d’Ivoire : baisse drastique de la production de cacao
La crise actuelle s’inscrit dans un contexte de fragilité prolongée. En effet, la campagne 2023/2024 s’est achevée sur un déficit mondial, avec une production ivoirienne tombée à environ 1,76 million de tonnes contre près de 2,2 millions habituellement. Aussi, le phénomène El Niño a provoqué des sécheresses et des pluies irrégulières, favorisant des maladies qui ravagent les plantations. Malgré les hausses de prix affichées, plus de la moitié des producteurs vivent toujours sous le seuil de pauvreté, gagnant moins de 1,15 $ par jour selon la Banque mondiale. Le secteur, qui représente 14 % du PIB ivoirien et fait vivre plus de 5 millions de personnes, reste dans l’attente d’une stabilisation des marchés internationaux pour débloquer totalement la chaîne de valeur.
A lire aussi : Déforestation : La Côte d’Ivoire teste la traçabilité
Economie : Lancement de l’Atelier d’orientation du Plan stratégique de développement du cinéma, de l’audiovisuel et de la création numérique à Dakar

Organisé par le Cabinet du Secrétariat d’Etat à la Culture, aux industries créatives et au Patrimoine historique, sous l’égide du ministère sénégalais de la Culture, de l’artisanat et du tourisme, et en collaboration avec un certain nombre de professionnels et de partenaires, l’Atelier d’orientation du Plan stratégique de développement du cinéma, de l’audiovisuel et de la création numérique, prévu sur 03 jours, a été officiellement entamé, mardi 10 février 2026 à Dakar.
L’industrie du cinéma, de l’audiovisuel et de la création numérique est génératrice de revenus et d’emplois. Le Sénégal est un grand pays de cinéma ! Les initiateurs de l’Atelier d’orientation du Plan stratégique de développement du cinéma, de l’audiovisuel et de la création numérique, qui ont présenté, mardi 10 février 2026 à Dakar, cet ambitieux programme, en présence des autorités de tutelle, d’acteurs du monde du cinéma sénégalais et de partenaires, ne s’y sont pas trompés. Ils croient dur comme fer avoir misé sur le bon cheval. On peut le croire, à l’issue du round up du cinéma sénégalais sur 70 ans, réalisé par Gélongal et projeté à l’entame de la cérémonie d’ouverture officielle. C’est un sous-secteur riche qui ne demande que les moyens de rayonner davantage.
Sous la présence effective de M. Amadou Ba, ministre la Culture, de l’artisanat et du tourisme, des professionnels du cinéma et de l’audiovisuel, ainsi que des partenaires et d’ambassadeurs de pays amis, mais aussi de membres du Réseau Africain du cinéma présents à Dakar, les travaux ont démarré. Avant de procéder à l’ouverture officielle, il a loué l’engagement des professionnels dans leur volonté d’accompagner l’Etat du Sénégal. Un Etat qui entend imprimer des inflexions majeures dans ce sous-secteur, durant la période 2026-2030, et dans le moyen terme, en phase avec la Vision Sénégal2050. Le ministre a mis l’accent sur les nombreux Prix et Distinctions remportés par le cinéma sénégalais à l’étranger, entre 2012 à 2026, tels que Etalon de Yenenga, Tanit d’Or et d’Argent, aux Sotigui Awards, au Festival de Cannes, à la Berlinale… Aux acteurs qui œuvrent dans un Art de la liberté qui permet d’écrire l’histoire, un art qui n’est pas neutre, le ministre de tutelle a attiré l’attention sur le rôle important qu’ils peuvent jouer dans la prise de conscience des populations. Un art qui englobe les séries TV dont le rayonnement dépasse nos frontières. Ce fut l’occasion pour M. Amadou Ba se s’incliner sur la mémoire de la cinéaste-journaliste Halima Gadji qui nous a récemment quitté, ainsi que tous les autres grands noms de la profession. Il n’a pas non plus occulté les grands défis en face, dans un secteur à fort potentiel. Un sous-secteur, à même de générer 5 milliards de $ de CA et 5 millions d’emplois, selon des chiffres de l’Unesco, qu’il a rapportés. Pourtant à son avis, il reste sous exploité et pourrait atteindre 20 milliards sui les différents intervenants arrivent à conjuguer leurs efforts. Certes du côté de l’Etat sénégalais, des salles de cinéma sont ouvertes et des unités mobiles lancées, le FOPICA (Fonds de promotion de l’industrie cinématographique et audiovisuelle) finance tant bien que mal, d’autres mécanismes existent, tels que la Loi n° 2002-18 du 15 avril 2002, portant règles d’organisation des activités de production, d’exploitation et de promotion cinématographiques et audiovisuelles, mais d’autres défis et enjeux ont trait à la révision du Code cinématographique, à l’amélioration des compétences, à la reconstitution du patrimoine… Aux doléances pour des infrastructures culturelles et cinématographiques à Dakar et dans les régions, telles que l’instauration d’un Centre national cinématographique, à l’instar du CMC (Centre marocain de cinématographie), il a rassuré les uns et les autres. Ce combat devra être porté par tous, ainsi que celui de la formation et de l’adaptation au numérique et à l’IA. Aux participants, il a demandé des propositions de financements y compris innovants, avec un séquençage cohérent, espérant une nouvelle impulsion du cinéma sénégalais.
La construction de notre propre récit
Qui mieux que le cinéaste Moussa Sène Absa pouvait mieux introduire la rencontre ? Il souligné que c’est une belle occasion qui leur est ainsi offerte pour jeter les bases d’un renouveau, de l’avenir du cinéma, avec Plan stratégique et d’actions chiffré. « Le Sénégal est une terre de cinéma, de récits… C’est une terre qui a construit le lit de plusieurs cinémas d’Afrique, voire du monde. » a-t-il ajouté. Saluant tous les honneurs à l’actif du cinéma sénégalais, de Ben Diogoye Bèye, à Sembène Ousmane, en passant par Alain Gomis, et fier d’être sénégalais et africain, celui que le milieu nomme affectueusement « doyen » ou « père » n’en a pas moins attiré l’attention sur le contexte actuel, marqué par le doute et des questionnements. De son avis, c’est l’heure du Back to the basics. Il n’a pas manqué de précisé « Nous avons besoin de fondamentaux et d’aller de l’avant dans la construction de notre propre récit, à défaut de voir les autres construire notre dynamisme. »
A lire aussi: Chronique- Industrie du loisir et de l’amusement, un gisement d’opportunités
Au cours de son intervention, Moussa Sène Absa a noté que lorsqu’il donne des cours au Centre Yennenga d’Alain Gomis, il évoque souvent un certain nombre d’enjeux. Outre la production d’un Centre cinématographique, il met l’accent sur la Formation (A good film is a good story and vice-versa), sur l’érection d’une Cité du Cinéma et sur le Festival du cinéma de Dakar.
Lui succédant M. Germain Coly, à la tête de la Direction de la Cinématographie et de l’audiovisuel, présentera les TDR (Termes de références) de l’Atelier d’orientation du Plan stratégique de développement du cinéma, de l’audiovisuel et de la création numérique, ou Atelier de construction collective, devant servir de véritable feuille de route du sous-secteur. Il s’agit de Formation & Patrimoine, Economie, Fiscalité & Cadre légal, le Marché & la Diffusion, «et enfin la Gouvernance. Dans un contexte économique, marqué au Sénégal et en Afrique par des flux tendus par endroits, il a magnifié son potentiel économique. Pour le Directeur général de la Cinématographie et de l’audiovisuel, les revenus qu’on peut y tirer peuvent être quadruplés. Profitant de l’élan actuel et de la bonne volonté politique de l’Etat sénégalais (Vison Sénégal2050), couplé à l’ère du numérique et de l’IA qui permet de comprimer les coûts de production, il trouve qu’un saut qualitatif peut être réalisé. Précisant la méthodologie de travail des différents sessions de cet atelier dont les recommandations serviront de rampe de lancement aux Etats Généraux de la Culture que le ministre Amadou Ba a annoncés.
Infrastructures : Le Sénégal porte d’entrée de Dubai Port World (DPW) sur l’Afrique occidentale et le monde

Avec plus d’un milliard USD d’investissements, l’entreprise émiratie Dubai Port World mène son plus gros investissement portuaire en Afrique de l’Ouest au Sénégal. Des projets qui tournent autour du Port Autonome de Dakar (PAD) et du Port minéralier en eau profonde de Ndayane. Au-delà du dynamisme économique engendré par ce projet pour le Sénégal, révélé dans une étude récente, ces investissements offrent à l’entreprise du golfe une position avantageuse et une ouverture sur le reste du monde du fait de la position stratégique du Sénégal sur la façade ouest atlantique.
Une étude menée par Oxford Economics et rendue publique mardi dernier à Dakar – portant sur l’impact socio-économique des activités de Dubaï Port World (DPW) au Sénégal – révèle que la société émiratie a contribué en moyenne à hauteur de 555 milliards de francs CFA au PIB du pays et à des recettes fiscales estimées à plus de 112 milliards FCFA, entre 2022 et 2024, compte non tenu de près de 170 000 emplois créés. Les activités de DPW se sont en parties traduites par une contribution moyenne annuelle au PIB de 3,8% équivalant à 1,1 milliard USD par an. Pour l’emploi, c’est plus 170 000 emplois soutenus dans tout le pays (soit 3,1 % de l’emploi national) et des recettes fiscales soutenues de l’ordre de 203 millions USD en moyenne par an, correspondant à 3,5 % des recettes fiscales du pays. La cérémonie de partage des conclusions de l’étude sur la contribution socio-économique de DP World au Sénégal s’est déroulée le mardi 03 février à Dakar, en présence du directeur de DP World Dakar, Clarence Rodrigues, de la ministre des Pêches et de l’Economie maritime, Fatou Diouf, et du directeur général du Port autonome de Dakar, Waly Diouf Bodian, entre autres officiels Sénégalais.
Le Sénégal : un pôle stratégique vers l’Afrique et le monde portuaire
Par ailleurs, le terminal Dubai Port World (DPW) de Dakar est la principale porte d’entrée maritime d’Afrique de l’Ouest de la compagnie émiratie, car il est stratégiquement situé pour connecter le commerce régional aux marchés mondiaux. Doté d’une technologie de manutention de pointe, d’opérations portuaires efficaces et de solides liaisons multimodales avec les corridors commerciaux intérieurs, il facilite la circulation fluide des marchandises à travers l’Afrique et au-delà, stimulant ainsi la croissance économique et la résilience des chaînes d’approvisionnement dans toute la région, explique la compagnie Dubai Port World (DPW). Grâce à ses opérations logistiques ancrées dans le port de Dakar et au développement du port en eau profonde de Ndayane, DP World adopte une approche intégrée réunissant terminaux, entreposage, coordination douanière et transport multimodal au sein d’une opération optimisée.
« En transformant des services indépendants en une solution logistique unifiée, nous proposons des services de logistique contractuelle et de transport de marchandises plus rapides, plus intelligents et plus résilients », précise Dubai Port World sur son site.
Au Sénégal, les projets de DP World sont parmi les plus importants de la sous-région. D’abord le port de Ndayane, en eau profonde, située à près de 50 Km de la capitale devrait désengorger la ville et faire du pays un hub logistique majeur pour l’Afrique de l’Ouest. C’est un projet de 1,2 milliards USD, qui seront financé à hauteur de 850 millions de dollars par DP World en partenariat avec l’organisme anglais, British International Investment (BII). Les travails entamés en 2024 devront s’achever en 2028. Aussi DPW compte développer une Zone Economique Spéciale (ZES) de 600 hectares autour de l’aéroport International Blaise Diagne (AIBD) et de la nouvelle ville de Diamniadio. La modernisation du Port Autonome de Dakar (PAD) est l’autre volet de ce partenariat. Depuis plus d’une décennie, DPW a investi près de 300 millions USD pour moderniser l’infrastructure, faisant passer sa capacité de traitement de 300 00 à 800 000 EVP (équivalent vingt pieds) en 2023.
A lire aussi : L’Éthiopie achète 31 avions Boeing au salon aéronautique de Dubaï
Chronique- Quels clés pour un transport aérien performant
Atterrir sur certains aéroports en Afrique au sud du Sahara est souvent synonyme de désolation. Des tarmacs, quasi-vides, avec 02 ou 03 avions au maximum! Dans un tel secteur, où la croissance peut-être très rapide et importante, très au-delà de la moyenne mondiale, mais avec des marges très faibles (environ 1,3 % en moyenne) pour les compagnies africaines, les performances de leaders, tels qu’Ethiopian Airlines, peuvent inspirées.
En Afrique au sud du Sahara, le secteur aérien peut-être très porteur. Pourtant, le constat reste jusqu’à présent amer, avec des sociétés ou offices nationaux de gestion des aéroports et des compagnies aériennes surendettées ou qui battent de l’aile. Les coûts élevés et des barrières structurelles, pour ne citer que ceux-là, grèvent les marges des compagnies aériennes.
A mon avis, en se concentrant sur un certain nombre de facteurs clés, le transport aérien dans cette partie du continent peut profiter d’un avenir radieux. Le premier poste pour grandir est d’avoir une flotte moderne, bien entretenue et durable. Rappelons qu’aux indépendances, certaines compagnies, qui desservent maintenant pratiquement tout le continent, ne disposaient que d’un seul avion. Un avion, exposé actuellement dans un musée et qui- figurez-vous- vole toujours.
Ensuite, il faudra s’attaquer à la réduction de coûts opérationnels et fiscaux. L’allègement des taxes aéroportuaires, de surcharges carburant ou encore des redevances, parmi les plus élevés au monde, ajouté à la résolution des fonds bloqués, peuvent être un accélérateur de la rentabilité.
Un autre grand chapitre a trait à rendre effective la libéralisation du marché aérien (Open Sky). Une lueur d’espoir scintille avec la mise en œuvre réelle de la Décision de Yamoussoukro ou SAATM (Single African Air Transport Market). Elle a enregistré plus de 38 signataires en 2025-2026. Toutefois, l’application concrète, c’est-à-dire la 5ème liberté, la suppression des restrictions) reste inégale.
La suppression de taxes punitives (ticket, tourisme, solidarité) permettrait de réduire les tarifs intra régionaux de 20 à 40%, aux dessertes point à point à ouvrir dare-dare. Un focus doit être mis sur l’intra africain (Dakar- Casablanca, Dakar- Brazzaville, Abidjan- Lagos, …) seulement 15 à 20% du trafic actuel). Pas besoin de rallier Banjul depuis Dakar, en remontant par Londres ! Un exemple, à peine exagéré… La création de corridors ouverts, tels que Free Route Airspace en Afrique de l’ouest/Central depuis 2025, génèrerait des économies de carburant et de temps.
Management, Hubs connectés, vision à long terme…
Nos compagnies aériennes et nos sociétés de gestion des aéroports iraient de l’avant, si un management compétent et autonome, du genre Ethiopianization, couplé de partenariats stratégiques, est pratiqué. Outre le transfert de compétences, de tels partenariats faciliteraient la diversification des activités. Aux côtés du tourisme et transport de passagers, le fret express, le cargo, le low-cost régional, restent des nichent porteuses. En misant sur une flotte durable (SAF ou Sustainable Aviation Fuel) local, Hybride/ Electrique, eVTOL, nos compagnies pourraient être attractives pour des financements verts.
L’élan doit aussi aller vers le développement de Hubs puissants et dotés d’une connectivité régionale. Encore une fois, le modèle Ethiopian Airlines, avec le hub Addis-Abeba, ultra-efficace, doublé d’une flotte moderne et géré de façon autonome, permet des profits constants… D’autres hubs émergents, tels que Nairobi, Johannesburg, Lagos, Abidjan, Kigali… se dotent de nouveaux aéroports ou sont en extensions, avec des capacités pouvant monter jusqu’à 110 M pax/an, avec des chaines d’approvisionnement MRO (Maintenance) locale, ce qui a pour avantages une réduction des coûts et du temps d’immobilisation.
Les normes de sécurité doivent être au top et conformes à ICAO SARPs. C’est là un levier majeur pour attirer des investissements et des partenariats. Pour éviter les blacklists et autres restrictions, d’importants investissements doivent être mis dans la formation, la certification et les audits.
Transport : Les points clés de l’accord Cameroun – Qatar Airways

Avec la ratification officielle, le 29 janvier 2026, de l’accord de transport aérien entre Yaoundé et Doha, le Cameroun s’offre un accès direct au réseau de Qatar Airways. Mais au-delà du prestige de l’emblématique sur le tarmac de Douala et Yaoundé, quels sont les véritables enjeux économiques et stratégiques de ce mariage entre l’Afrique centrale et le géant qatari ? Plongée au cœur d’un partenariat qui promet de redessiner la carte du ciel africain.
Après la signature initiale de l’accord à Doha en janvier 2025, le décret présidentiel de janvier 2026 marque le début opérationnel de cette coopération. Le Cameroun devient ainsi une porte d’entrée majeure pour la compagnie qatarie en Afrique centrale (zone CEMAC). L’accord prévoit une liberté de traficc avec des droits de trafic illimités et sans restriction pour les vols de passagers et de fret. Les aéroports de Douala et de Yaoundé-Nsimalen sont retenus comme première destinations pour accueillir les vols directs depuis Doha. L’arrivée de Qatar Airways devrait stimuler la concurrence, ce qui pourrait entraîner une baisse du prix des billets d’avion pour les Camerounais vers l’Asie et le Moyen-Orient.
A lire aussi : Cameroun : Camco investit massivement dans les énergies renouvelables
Le partenariat vise à désenclaver le Cameroun sur le plan international par accès direct au réseau mondial de Qatar Airways qui regroupe plus de 170 destinations. Par ricochet, il s’agit pour le Cameroun d’augmenter ses recettes fiscales aéroportuaires et le développement de l’exportation de produits agricoles camerounais vers les pays du Golfe. Des discussions sont en cours pour une coopération technique avec Camair-Co, afin d’aider la compagnie nationale à se restructurer et à devenir un transporteur régional de référence. En nouant ce partenariat, le Cameroun se positionne pour briser le quasi-monopole d’Ethiopian Airlines sur les trajets vers l’Est. C’est un signal fort pour les investisseurs et les touristes du Moyen-Orient et d’Asie, rendant la destination Cameroun plus « visible » et accessible. Mais le succès de ce partenariat dépendra aussi de la modernisation des infrastructures au sol (qualité de l’accueil, rapidité des services douaniers) pour répondre aux standards de Qatar Airways, qui s’est fait plusieurs fois distingués pour la qualité de son service.
A lire aussi : Secteur aérien : l’Afrique face à l’Open Sky
L’arrivée de Qatar Airways au Cameroun, bien plus qu’une simple formalité administrative ; est un catalyseur de croissance. Si le passager camerounais y gagne en confort et en connectivité mondiale, l’économie nationale, elle, se dote d’un levier puissant pour booster son commerce et son attractivité. Le défi reste désormais de taille : les infrastructures aéroportuaires nationales sauront-elles se hisser à la hauteur des standards d’excellence de Doha ? Une chose est sûre, le décollage est désormais acté, et le Cameroun semble enfin prêt à prendre son envol sur la scène internationale.
A lire aussi : Cameroun : 12 510 milliards FCFA de dette publique
Chronique- Pour une R&D bon marché et catalyseur d’industrialisation
La R&D est porteuse d’innovations. En Afrique, pour mettre en place une R&D à faible coût et qui serve de véritable catalyseur industriel, il est nécessaire d’adopter une approche frugale et orientée marché. Faire plus avec moins…
Nous sommes dans un continent qui regorge de ressources naturelles. Pour les transformer, concevoir des chaines de valeur et générer des revenus, la R&D reste un vecteur essentiel. Compte tenu du fait que la technologie de pointe ait un coût et ne soit pas forcément productive dans le court terme, le paramètre « moyens financiers » pondère toute R&D. Avec l’innovation frugale, il est fort heureusement possible de faire plus avec moins. Pour ce faire, il est important que nos équipes de chercheurs s’emploient à épurer les produits cibles pour ne garder que la valeur d’usage essentielle. On peut y arriver en supprimant toute option superflue.
En s’appuyant sur des matériaux et composants déjà disponibles, il est possible de réduire drastiquement les coûts logistiques et de prototypage.
Design for Manufacturing
Dans les universités et centres dédiés, il est important que nos chercheurs anticipent. En effet, une R&D efficace anticipe la production dès le premier schéma. La résultante c’est des coûts prohibitifs évités, lors de la mise en échelle.
La standardisation aidant, une R&D frugale penche vers des pièces interchangeables pour bénéficier d’échelles rapides. Dans ce sillage, la simplification des procédés permettrait de réduire le nombre d’étapes d’assemblage pour minimiser les besoins en main d’œuvre et surtout en machines complexes.
A lire aussi: <strong>Chronique : pour que sonne le glas d’une émigration clandestine</strong>
Aussi, s’inscrire dans la dextérité et des cycles courts aiderait beaucoup une innovation frugale. Un prototypage rapide, grâce à l’utilisation de méthodes comme l’impression 3D ou la simulation numérique, serait fort judicieux. Une telle approche conduit à valider les concepts sans investissements massifs dans des moules ou des équipements industriels onéreux.
Sachant qu’avant même de se lancer dans la recherche, il faut songer à satisfaire un besoin, donc à vendre, il sera important de cibler des marchés. Afin de s’assurer un franc-succès, le chercheur devra tester son produit sur de petits marchés pour à la fois acquérir de l’expérience et limiter les risques financiers, avant tout déploiement massif.
Entre intégration, mutualisation et partenariats
A ceux qui prônent qu’il ne faut pas tout faire seul, s’opposent les défenseurs d’industriels, tels que Wang Chuanfu, créateur et fondateur de BYD (voiture électrique chinoise, issue d’une intégration) qui produit quasiment l’essentiel de ses pièces détachées. Même si on y gagne en indépendance, une telle intégration exige des capitaux importants. En Afrique, où les capitaux peuvent faire défaut, des partenariats, qui permettent de partager les risques et les investissements de départ ou d’amorçage, semblent mieux appropriés. Justement l’open innovation pour s’appuyer sur des briques technologiques existantes, telles que les logiciels libres, les brevets tombés dans le domaine public, est un excellent tremplin pour réussir dans la pharmacie, la chimie-parachimie, etc.
Il reste à nos gouvernements d’instituer des programmes d’appui pour soutenir les phases de prototypage, d’amorçage et d’industrialisation pilote dans des incubateurs, disséminés un peu partout, autour des universités et des zones industrielles.
Agriculture : Comment Dubaï redéfinit la valeur du café africain ?

Dubaï se position en hub mondial de transformation et de commerce du café. Une ambition qui se concrétise par la création d’entrepôts de stockages à la pointe de la technologie, le développement d’un écosystème en faveur de la transformation des graines de café en local, une stratégie de réexportation via des infrastructures de logistique rapides. Cette volonté est soutenue par l’organisation d’évènements réunissant tous les acteurs du café comme le World Coffee Dubai de la semaine dernière. Huit pays africains via une délégation de producteurs, exportateurs et torréfacteurs sous l’égide de l’International Trade Centre (ITC) sont venus exposés leurs produits, découvrir, partager sur les nouveaux outils et procédés ou encore négocier des partenariats. Les principaux acteurs du café africain présents ont confié à Africa Income leurs impressions et attentes.
Historiquement, le café africain était exporté comme une matière première brute vers les pays importateurs et transformateurs. Aujourd’hui, Dubaï tente de bousculer ce modèle en se positionnant non plus comme un simple transitaire, mais comme un accélérateur de valeur. C’est dans cette perspective que s’est inscrite la conférence internationale du café, « World Coffee Dubai » qui s’est tenue au World Trade Center de Dubai du 18 au 20 Janvier. Au cœur de cette stratégie, le Dubai Multi Commodities Center (DMCC), une structure à haute technologie qui joue un rôle d’entrepôt. Un traitement de pointe du café y est assuré avec des techniques avancées de tri, de nettoyage et de torréfaction locale de quantité journalière allant jusqu’à 16000 tonnes. Le pays du Golfe qui abrite l’un des plus grands ports au monde, Dubai Port World (DP World) peut compter sur ses infrastructures logistiques ultra-performantes, boostées par son programme World Logistics passport. Ce dernier réduit encore les délais de douanes et permet à des gammes de cafés réputées fragiles d’atteindre plus facilement leur marché de niches, notamment en Asie, en Europe et aux Etats-unis.

En 2024 , les réexportations de café via Dubai ont atteint plus de 950 millions de dollars US. Le World Coffee Dubai est un carrefour de rencontres directes entre producteurs africains et torréfacteurs, goûteurs, baristas, venus du monde entier. Certaines variétés africaines, rares, y sont négociés directement, atteingnant des prix records au – delà des cours des bourses. L’édition 2026 a accueillis près de pays producteurs. Les pays africains ont été représentés en force par la Côte d’Ivoire, le Togo, la République Démocratique du Congo (RDC), le Cameroun, l’Ethiopie, le Mozambique, le Ghana, le Libéria ou encore le Burkina Faso. Dubai offre à ces pays une ouverture vers des destinations en plein boom de consommation et de transformation comme la Chine, l’Inde et la région MENA. Cette dernière est désormais le marché du café à la croissance la plus rapide au monde, avec une valeur projetée de 11,5 milliards de dollars en 2025.
« Nous accompagnons les producteurs de café sur toutes les étapes allant aux meilleurs pratiques de semences, de cueillettes, de production, à la formation aux bonnes techniques de torréfaction et à la commercialisation. Pour faire la promotion du café africain, nous sommes venus avec une vingtaine d’entreprises d’Afrique de l’ouest, du Centre et de l’Ethiopie, des acteurs de la torréfaction, des coopératives et des exportateurs du secteur café », affirme Mory Diawara, Coordinateur régional du programme ACP Business-Friendly Program du Café en Afrique.
C’est un programme de l’International Trade Centre (ITC) Alliances For Action : un projet des Nations- Unies et de l’OMC en partenariat avec l’Union Européenne (UE), l’Organisation des Etats d’Afrique, des Caraibes et du pacifique (OACPS).
Le World of Coffee Dubai est un événement de café de spécialités. Les délégations africaines proposent principalement deux variétés de cafés : l’Arrabica et le Robusta. Ce dernier est un café de connaisseur et c’est lors de ces rencontres que les producteurs trouvent des clients pour ces variétés.
« Les prix du café sont fixés par les marchés à la bourse. Mais à la différence du café classique, le café des spécialités se vend mieux et différemment. Nous en vendons à nos partenaires notamment français autour de 3000 fcfa soit près de 6 dollars le kilo, alors que les prix du café classique sur le marché tournent autour de 1500 à 2000 Fcfa soit 3 à 4 dollars. C’est une clientèle en quête de café durable et équitable fourni directement par les producteurs locaux dont certains sont des groupements de jeunes camerounais qui se sont mis à la culture du Café. », explique Hermann Yanka Nana, Directeur développement du Conseil Interprofessionnel Cacao & Café venu promouvoir le café du Cameroun.
Comment faire profiter le pays du hub Dubaï ? Le marché du café compte plus de 10 millions de sacs de production par an. L’objectif du Cameroun est de bien se positionner sur les différents marchés du café dans le monde et de saisir les différentes opportunités de partenariats sur ce marché. « Notre plus gros challenger est de mettre davantage de valeur sur le café labellisé Cameroun. Au World Coffee Dubai nous ne sommes pas venus spécialement pour vendre, mais plutôt pour se connecter au marché, faire découvrir à travers des échantillons nos spécialités qui suscitent un vif intérêt auprès d’une certaine clientèle, qui se les est procurée à 6 dollars les 250g », a ajouté Hermann Yanka Nana.

A liree aussi : Agriculture: l’anacarde ivoirien à la conquête du marché britannique
Un autre pays, à savoir le Mozambique mise également sur ses spécialités pour apporter de la valeur à son secteur café. Le pays a affiché deux objectifs au salon : rehausser le niveau de la production de café et augmenter les revenus issus du secteur. « Nous misons beaucoup sur des variétés de café locales spécifiques, comme le zanguebariae coffee, un produit épicé, peu caféiné très apprécié des connaisseurs. Pour l’instant, nous en produisons une quantité limitée que nous augmenterons au fur à mesure. Nous cultivons aussi le racemosa et surtout le café Arabica. Cette dernière représente près de 80% de nos ventes de café et nous voulons augmenter ses volumes de production au Mozambique. Le World Coffee de Dubaï a été pour nous l’occasion de prospecter et de faire découvrir nos spécialités et variétés, mais aussi d’étudier les variétés de graines sur le marché que nous pourrons éventuellement cultiver au Mozambique », a détaillé Bernardete Camilo, Coordinatrice Nationale du Programme EU-OACP Mozambique.
Asna Amhamednur a été la représentante de la coopéative Limu Inara Farmers, Multiporpose Cooperative Union d’Ethiopie. La coopéative créée en 2006 regroupe 108 coopéarives, 27produits organiques Fairtrade et certifiés café anti-déforestation. Au total l’Union compte 36716 membres dont 6716 femmes. « Dubai World Trade Coffee a été pour nous l’occasion de promouvoir le café made in Ethiopia, avec l’appui de l’ITC. L’Ethiopie est un grand producteur de café en Afrique, réputé pour ses variétés. Nous voudrions nouer des partenariats surtout pour les produits susceptibles de générer plus de valeurs pour nos coopératives productrices. Mais nous avons constaté que la plupart des clients s’intéressent aux produits les plus abordables », explique Asna Amhamednur, qui a été accompagnée d’une forte délégation éthiopienne.

A lire aussi : Café durable : 11 pays africains distingués
Quelques producteurs et torréfacteurs africains, notamment éthiopiens, en choisissant de stocker et de transformer leur production à Dubaï, bénéficient d’un écosystème structuré, de la possibilité de vendre en petits détails dans des emballages attractifs aux normes internationales, ajoutant de la valeur par rapport aux méthodes classiques d’exportations en vrac dans de gros sacs. A Dubaï, les conditions de stockages réduisent les risques de dégradation des produits ou d’altération du café. L’Emirat du Golfe a une position stratégique de carrefour entre l’Europe, l’Asie et le reste du monde et les acteurs du café africain veulent tirer profit de cette dynamique, même si leur objectif primaire est booster la consommation du café, d’approvisionner le marché africain en pleine croissance pour sortir du cycle de l’exportation des graines brutes du café africain.
A lire aussi : Gitex 2025 : Cinq pays africains se sont particulièrement distingués
















