Qui sont les champions de la croissance africaine en 2024 ? L’Afrique face au spectre d’une sortie désorganisée des énergies fossiles. Green bonds et financement bleu : une année mitigée. Des exemples d’entreprenariat réussi dans le green en Afrique. C’est l’aperçu des sujets décortiqués dans ce magazine, en focus sur les tendances qui se déssinent pour 2024 dans un continent en pleine ébullition sur le plan économique, social, voire politique.
Africa Income magazine N°1: l’Afrique en perspectives pour l’année 2024

Côte d’Ivoire : Diagana indique la voie pour le classement en pays à revenu intermédiaire supérieur

Pour hisser la Côte d’Ivoire dans la catégorie des pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure, Ousmane Diagana, vice-président de la Banque mondiale pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, plaide pour une stratégie ciblée articulée autour des secteurs moteurs de croissance que sont l’énergie, l’agriculture et le développement du capital humain.
Pour permettre à la Côte d’Ivoire d’accéder à la catégorie des pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure, Ousmane Diagana préconise une stratégie ciblée. Selon le vice-président régional de la Banque mondiale pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, le pays doit concentrer ses efforts sur des secteurs moteurs de croissance, au premier rang desquels l’énergie et l’agriculture, tout en investissant massivement dans son capital humain. Le passage à cette catégorie supérieure constituerait une étape symbolique et économique majeure pour l’économie ivoirienne, l’une des plus dynamiques de la zone UEMOA. Il suppose toutefois de franchir un seuil de revenu national brut par habitant plus élevé, un objectif qui exige à la fois une croissance soutenue et une meilleure redistribution de ses fruits.
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Les secteurs de l’énergie et de l’agriculture apparaissent comme les principaux leviers identifiés. L’accès à une énergie fiable et abordable conditionne la compétitivité industrielle et l’attractivité des investissements, tandis que la modernisation agricole – de la transformation locale des matières premières à la structuration des filières – permet de créer davantage de valeur ajoutée sur le territoire national. Premier producteur mondial de cacao, la Côte d’Ivoire dispose d’un potentiel considérable pour capter une part plus importante de la chaîne de valeur, aujourd’hui largement captée en aval par les pays transformateurs. La diversification de l’économie et la montée en gamme des productions figurent parmi les conditions d’une croissance plus résiliente.
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Au-delà des infrastructures et des secteurs productifs, le développement du capital humain constitue un axe déterminant. L’éducation, la formation professionnelle et l’accès aux services de santé sont autant de facteurs qui conditionnent la productivité à long terme et la capacité du pays à tirer parti de sa démographie. Cette dimension sociale du développement rejoint les orientations défendues par la Banque mondiale, pour qui la croissance économique ne se traduit durablement en progrès qu’à condition d’être inclusive et de bénéficier au plus grand nombre.
Le rôle d’accompagnement de la Banque mondiale
À travers ses financements et son appui technique, l’institution de Bretton Woods entend accompagner la Côte d’Ivoire dans cette trajectoire. Le partenariat noué entre Abidjan et la Banque mondiale porte sur des projets structurants, mobilisant à la fois des ressources concessionnelles et l’expertise de l’institution en matière de réformes. La feuille de route esquissée par Ousmane Diagana rappelle que l’accès au statut de pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure ne relève pas d’un simple franchissement de seuil statistique, mais d’un processus exigeant de transformation structurelle, dont dépendra la capacité de la Côte d’Ivoire à consolider ses acquis et à répondre aux attentes de sa population.
TRIBUNE – « Quand le pétrole entre en guerre : l’OPEP vacille, le monde bascule et l’Afrique encaisse »

Le retrait le 28 avril dernier des Émirats Arabes Unis de l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP) ne relève pas d’un simple ajustement technique ; il intervient dans un contexte de tension extrême où le pétrole cesse d’être une marchandise pour redevenir un instrument de puissance. En arrière-plan, une guerre structure désormais le Moyen-Orient : d’un côté, Israël et les États-Unis, soutenus par leurs alliés occidentaux et certaines monarchies du Golfe, et de l’autre, Iran, appuyé par les Houthis du Yémen et le Hezbollah libanais. Dans ce contexte, il est clair que la décision d’Abu Dhabi révèle un basculement : celui d’un monde énergétique désormais dominé par les rapports de force.
Par Mahaman Laouan Gaya, Ancien ministre de la République du Niger, Ancien Secrétaire Général de l’Organisation des Producteurs de Pétrole Africains (APPO)
Officiellement, les Émirats Arabes Unis quittent l’OPEP pour s’affranchir des quotas et maximiser leur production, mais en réalité, les facteurs décisifs sont l’instabilité régionale et très probablement une pression des Etats-Unis. Les tensions autour du détroit d’Ormuz, les menaces sur les infrastructures et l’incertitude sur les flux énergétiques transforment profondément la logique pétrolière. Et dans un tel environnement, dépendre d’une puissante organisation collective devient un risque ; agir seul devient une stratégie. Le conflit en cours structure la région en deux blocs antagonistes. Cette polarisation redonne au pétrole une centralité stratégique : les routes maritimes, les installations énergétiques et les capacités de production deviennent autant de leviers de puissance. Le détroit d’Ormuz, en particulier, cristallise ces tensions : sa perturbation suffit à déséquilibrer les marchés mondiaux.
Un Moyen-Orient polarisé et sous tension, dans un monde brutal
Sous l’impulsion de Donald Trump, la stratégie américaine s’inscrit dans une logique de puissance brutale, où l’énergie n’est plus un marché mais un instrument de domination. L’objectif n’est plus seulement d’influencer les prix, mais de casser les mécanismes collectifs capables de limiter l’hégémonie américaine, au premier rang desquels l’OPEP et son prolongement, l’OPEP+. Dans cette perspective, le retrait des Émirats Arabes Unis apparaît moins comme un simple choix souverain que comme un élément d’une dynamique plus large de fragmentation du front des grands pays producteurs de pétrole.
Les monarchies du Golfe face à une contradiction majeure
Cette stratégie s’inscrit dans une logique globale de sécurisation des ressources stratégiques à l’échelle mondiale : de l’offensive permanente contre Venezuela de Nicolas Maduro (première réserve pétrolière mondiale), aux convoitises affichées sur les ressources minières du Groenland, en passant par l’intérêt croissant pour les richesses extractives de l’Est de la République Démocratique du Congo ou des pays de l’Alliance des Etats du Sahel (AES), se dessine une ligne cohérente : celle d’un contrôle direct ou indirect des matières premières indispensables à la puissance économique, militaire et technologique des États-Unis. Dans ce cadre, la confrontation avec Iran ne relève pas uniquement d’un différend politique ou sécuritaire ; elle participe d’une stratégie visant à verrouiller les routes énergétiques mondiales, notamment autour du détroit d’Ormuz, et à maintenir une pression permanente sur tout acteur susceptible d’échapper à l’ordre énergétique dominé par Washington. En affaiblissant l’OPEP, en encourageant les logiques nationales au détriment des solidarités entre producteurs, et en favorisant un marché dérégulé dominé par les plus puissants, les États-Unis contribuent à redessiner un système énergétique mondial où la loi du plus fort remplace les mécanismes de coordination. Les monarchies du Golfe se trouvent dans une position délicate. Alliées des États-Unis et engagées, parfois discrètement, aux côtés d’Israël, elles sont confrontées à un adversaire musulman, et ce paradoxe crée un malaise politique réel. Le décalage entre les alliances stratégiques et les sensibilités populaires fragilise leur posture et complexifie leurs choix.
Une OPEP affaiblie dans un monde instable
Le départ des Émirats Arabes Unis ne signe pas la fin de l’OPEP, ni même de l’OPEP+, mais il en révèle les limites. La discipline collective devient difficile à maintenir dans un environnement marqué par la concurrence et les tensions géopolitiques. Le marché pétrolier entre ainsi dans une phase plus incertaine, où les stratégies nationales prennent le pas sur la coordination.
L’Afrique face à un choc qu’elle ne maîtrise pas
Pour les pays africains producteurs, les conséquences sont immédiates. La volatilité des prix rend les recettes budgétaires imprévisibles et fragilise les équilibres économiques. Dans le même temps, la concurrence s’intensifie, sous l’effet de producteurs capables d’augmenter rapidement leurs volumes et de capter de nouvelles parts de marché. Mais au-delà de cette pression conjoncturelle, le véritable enjeu est structurel. L’Afrique reste largement positionnée sur l’exportation de son pétrole brut, avec une faible transformation locale et une dépendance persistante aux décisions prises ailleurs. Dans un monde énergétique devenu instable et stratégique, cette position devient de plus en plus risquée. La seule réponse viable consiste à accélérer la construction d’une chaîne de valeur complète : production, raffinage, pétrochimie, industrialisation. Sans cette mutation, le continent restera exposé aux chocs externes et aux recompositions géopolitiques qu’il ne maîtrise pas.
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Le départ des Émirats Arabes Unis de l’OPEP est le symptôme d’un monde où les règles s’effacent au profit des rapports de force. Dans ce nouvel environnement, l’Afrique n’a plus le choix ; elle doit passer d’une position de dépendance à une logique de maîtrise. Dans un système énergétique redevenu stratégique, ceux qui n’anticipent pas ne subissent pas seulement… ils disparaissent carrément, sans laisser de place aux hésitations stratégiques !
Perspectives de croissance en Afrique en 2026 : analyse par sous-région

Selon les Perspectives économiques en Afrique 2026 de la Banque africaine de développement (BAD), la croissance du continent devrait atteindre 4,2 % en 2026, après 4,4 % en 2025, avant un rebond à 4,4 % en 2027. Derrière cette résilience d’ensemble se cachent des trajectoires régionales contrastées. Selon les Perspectives économiques en Afrique 2026 de…
Investissements : Google franchit le cap du milliard de dollars investi en Afrique

Le géant américain a dépassé son objectif quinquennal d’un milliard de dollars d’investissement sur le continent africain. À l’occasion du premier Africa Cloud Summit de Johannesburg, la filiale d’Alphabet a dévoilé une série d’initiatives portant sur les infrastructures et le développement de l’intelligence artificielle.
Google a annoncé mercredi avoir dépassé son objectif d’un milliard de dollars d’investissement en Afrique fixé sur cinq ans. Le groupe américain a profité du premier Africa Cloud Summit, réuni à Johannesburg, pour rendre publiques plusieurs initiatives destinées à accélérer la croissance numérique du continent. Ces annonces prolongent le lancement, en 2025, d’une région cloud dédiée à Johannesburg. Le groupe implantera un pôle de connectivité dans la province sud-africaine du Cap-Oriental, premier d’une série de quatre installations de ce type prévues sur le continent. Ce site reliera l’Afrique à l’Australie via le câble sous-marin Umoja, ainsi qu’à l’Inde par une nouvelle route. L’objectif affiché est de renforcer la résilience et la capacité des connexions internet en Afrique, un enjeu structurel pour l’essor des services numériques.
L’intelligence artificielle au cœur du dispositif
L’entreprise a également confirmé l’ouverture au Ghana du premier laboratoire africain d’IA appliquée. Cette structure associera des startups locales aux chercheurs de Google et offrira un accès anticipé aux modèles d’intelligence artificielle du groupe. En parallèle, un programme doté de plus d’un million de dollars, mené en partenariat avec l’Akuna Group de l’acteur britannique Idris Elba, formera des créateurs issus de communautés sous-représentées aux récits assistés par l’IA.
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Sur le volet développement économique et communautaire, Google et l’organisation WeThinkCode se sont engagés à financer un centre d’innovation numérique à Soweto, dans la banlieue de Johannesburg, pour un montant de trois millions de rands (environ 183 468 dollars). Le groupe a par ailleurs indiqué que son programme d’accélération de startups soutiendra quinze entreprises sud-africaines. Cet appui s’inscrit dans un engagement plus large visant à accompagner cinquante jeunes pousses africaines entre 2024 et 2028. « L’opportunité que représente l’IA pour l’Afrique est considérable, et Google est déterminé à jouer son rôle aux côtés des Africains pour l’aider à la concrétiser », a déclaré James Manyika, vice-président senior chargé de la recherche et de la technologie, cité par Reuters. Ces annonces confirment la montée en puissance des grands acteurs technologiques mondiaux sur un continent perçu comme l’un des futurs relais de croissance du numérique et de l’intelligence artificielle.
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Le FMI débloque 348,5 millions de dollars pour la RDC

Le Fonds monétaire international (FMI) a approuvé vendredi 27 juin 2026 un décaissement de près de 350 millions de dollars en faveur de la République démocratique du Congo, à l’issue des revues de deux programmes de soutien budgétaire et climatique. Kinshasa entend affecter ces fonds à des priorités stratégiques : adaptation au changement climatique, infrastructures, développement social et consolidation des réserves extérieures.
C’est une bouffée d’air pour les finances publiques congolaises. Le conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI) a validé, vendredi 27 juin 2026, un décaissement global de 348,5 millions de dollars au profit de la République démocratique du Congo (RDC). Ce montant résulte de l’achèvement simultané de deux revues programmatiques distinctes, signal fort de la cohérence des réformes engagées par Kinshasa sous supervision internationale. La troisième revue du programme soutenu par la Facilité élargie de crédit (FEC) dégage une première tranche de 258,2 millions de dollars. Parallèlement, la deuxième revue du programme relevant de la Facilité pour la résilience et la durabilité (FRD) permet de libérer 90,3 millions de dollars supplémentaires. Ces deux instruments répondent à des objectifs distincts mais convergents : la stabilisation macroéconomique pour le premier, le renforcement de la résilience face aux chocs climatiques pour le second.
Une affectation en deux volets détaillée par le ministre des Finances
Le ministre des Finances, Doudou Roussel Fwamba Likunde Li-Botayi, a d’emblée précisé la destination de ces fonds. Selon ses déclarations transmises par communiqué, environ 193,9 millions de dollars seront affectés au soutien budgétaire direct, avec pour objectif de financer des mesures d’adaptation au changement climatique, des projets d’infrastructure et des programmes de développement social. Le solde – soit près de 154,6 millions de dollars – sera quant à lui orienté vers la consolidation des réserves extérieures du pays et le soutien à la balance des paiements. Un enjeu critique pour une économie congolaise exposée aux fluctuations des cours des matières premières et à des tensions de liquidité récurrentes.
Un signal de cohérence réformiste à destination des investisseurs
Au-delà des montants, ce double déblocage revêt une dimension politique et symbolique. En validant simultanément deux revues programmatiques, le FMI envoie un signal positif sur la trajectoire de réformes adoptée par les autorités de Kinshasa. Le ministre Fwamba a d’ailleurs souligné l’engagement du gouvernement envers son partenariat avec l’institution de Bretton Woods et la mise en œuvre continue de politiques visant à promouvoir stabilité, résilience et développement à long terme. Pour la RDC, troisième économie subsaharienne par la taille de son territoire et première au monde pour ses réserves de cobalt, maintenir la confiance des bailleurs multilatéraux est un préalable indispensable à l’attractivité des investissements directs étrangers. Ce décaissement intervient dans un contexte marqué par la nécessité de financer la reconstruction dans les zones affectées par les tensions à l’Est du pays, tout en maintenant un cadre macroéconomique crédible. La Facilité pour la résilience et la durabilité, instituée par le FMI en 2022, est par ailleurs un instrument relativement récent, conçu pour aider les pays à bas revenu à intégrer les risques climatiques dans leurs politiques économiques. Son activation au profit de la RDC témoigne de la reconnaissance internationale des vulnérabilités environnementales du pays, notamment dans le bassin du Congo, poumon vert du continent africain.
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Tourisme : Maroc, Kenya, Rwanda, Tanzanie, 4 stratégies gagnantes

Le Kenya, le Maroc, le Rwanda et la Tanzanie sont des pays qui ont misé sur le tourisme comme pilier de développement. Cependant, il s’agit de 04 modèles de réussite distinctes du tourisme africain. Leurs leviers stratégiques diffèrent considérablement, bien qu’ils partagent une ambition de croissance. Le pari du sport et du prestige au RwandaQuant…
Restructuration de dettes : le Club de Paris plaide la réforme du cadre commun

Dans son rapport annuel 2025, le Club de Paris dresse un bilan nuancé du mécanisme international de restructuration de la dette des pays pauvres. Si la proportion de pays en détresse s’est légèrement améliorée, le processus reste trop lent et trop fragmenté. Éthiopie, Chine, FMI et créanciers privés s’affrontent sur les règles du jeu.
Créé dans la foulée de la pandémie de Covid-19, le Cadre Commun (Common Framework) du G20 visait à accélérer les restructurations de dette pour les pays les plus vulnérables. Quatre ans plus tard, le bilan est contrasté. Le Club de Paris, réuni en assemblée annuelle à Paris, reconnaît des avancées : pour la première fois depuis 2017, davantage de pays à faible revenu, soit 52 %, présentent un risque d’endettement faible ou modéré, contre 48 % exposés à une détresse élevée ou déjà en défaut. Mais cette amélioration conjoncturelle ne doit pas masquer les failles structurelles du dispositif.
« Le Cadre Commun doit aller plus vite et embarquer simultanément tous les créanciers », a déclaré Thomas Revial, co-président du Club de Paris.
Le Ghana, la Zambie et le Tchad ont bien finalisé leurs restructurations dans ce cadre. Pour d’autres, notamment l’Éthiopie, le mécanisme reste compliqué.
Éthiopie : un cas d’école des dysfonctionnements
L’Éthiopie cristallise les tensions. Après avoir conclu un accord de principe avec ses créanciers officiels – dont la Chine et la France – en mars 2025, le pays se retrouve bloqué dans un bras de fer avec les détenteurs de son eurobond d’un milliard de dollars en défaut. Les créanciers officiels ont rejeté l’accord initial proposé par les obligataires, le jugeant insuffisant au regard du principe de « comparabilité de traitement », qui exige que toutes les parties prenantes acceptent des pertes équivalentes. De leur côté, les créanciers privés contestent le niveau de décote qui leur est demandé, estimant que l’amélioration des perspectives économiques éthiopiennes ne justifie pas de telles concessions. Ils ont brandi la menace de poursuites judiciaires, une posture que beaucoup dans la communauté financière internationale perçoivent comme une attaque frontale contre la crédibilité même du Cadre Commun.
Pour Astewaye Woldemichael, conseiller principal au ministère éthiopien des Finances, le problème est de conceptionqui s’est exprimé dans les colonnes de Reuters : « Le FMI et les créanciers officiels doivent s’engager plus tôt avec les créanciers privés. Laisser le débiteur combler seul cet écart analytique est un défaut de conception du système ».
Premier créancier bilatéral de l’Éthiopie, la Chine a pris position avec fermeté. Xuan Changneng, vice-gouverneur de la Banque populaire de Chine, appelle à « mobiliser tous les efforts pour faire respecter strictement le principe de comparabilité de traitement » et à mettre en place des mécanismes juridiques coordonnés pour « contenir les litiges malveillants des investisseurs obligataires ». Sans citer explicitement l’Éthiopie, le message est clair : la menace de recours judiciaires par des créanciers privés fragilise l’ensemble de l’architecture de restructuration et doit être endiguée. Cette prise de position de Pékin s’inscrit dans un contexte plus large de définition des règles du jeu de la finance de développement en Afrique.
Le statut de créancier privilégié en débat
Un autre point de friction concerne le Statut de Créancier Privilégié (SCP), traditionnellement reconnu au FMI et à la Banque mondiale pour les protéger de toute décote. Le problème : une centaine d’institutions financières de développement dans le monde revendiquent aujourd’hui ce statut, sans cadre juridique clair. Lors des restructurations ghanéenne et zambienne, des banques de développement comme Afreximbank ont été contraintes d’accepter des pertes, soulevant des questions d’équité. Xuan Changneng et Sonja Gibbs, directrice générale de l’Institut de Finance Internationale (IIF), plaident conjointement pour l’adoption de règles claires et opposables sur l’éligibilité au SCP. « L’absence de règles claires a non seulement ralenti les restructurations, mais a aussi soulevé des interrogations sur le partage équitable du fardeau », note le vice-gouverneur chinois. Un chantier qui s’annonce complexe, tant les intérêts en jeu sont divergents.
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Conflit au Moyen-Orient : le FMI en soutien de l’Afrique

Nommé à la tête du département Afrique du FMI le 1ᵉʳ mai 2026, Zeine Zeidane a réaffirmé l’engagement du Fonds à soutenir les économies africaines fragilisées par les répercussions du conflit au Moyen-Orient, tout en saluant le potentiel de croissance à long terme du continent.
Lors d’un briefing presse tenu à Londres le 22 juin 2026, Zeine Zeidane a indiqué que le Fonds monétaire international (FMI) avait déjà conclu des accords de principe pour un financement augmenté en faveur du Burkina Faso, de la Gambie et de São Tomé-et-Príncipe, en réponse aux effets du conflit sur leurs économies. Pour l’Éthiopie, qui dispose d’un programme FMI en cours, le Fonds a procédé à une accélération d’environ 200 millions de dollars de financement.
Des délais de normalisation de six à sept mois
Le nouveau directeur a averti que les perturbations liées au conflit pourraient prendre plusieurs mois à se résorber. Si un cessez-le-feu est déjà en vigueur, les pays du Golfe estiment qu’il faut généralement entre six et sept mois pour que la production et les exportations reprennent pleinement. Zeidane a également souligné le rôle du Moyen-Orient en tant qu’exportateur majeur d’engrais, dont les répercussions sur la sécurité alimentaire et les coûts de production agricole en Afrique sont susceptibles d’être significatives.
L’Afrique, « prochain moteur de croissance mondial »
Malgré ces défis immédiats, Zeidane s’est montré résolument optimiste quant aux perspectives à long terme de la région. Il a rappelé qu’avant la crise actuelle, l’Afrique subsaharienne figurait parmi les zones de croissance les plus dynamiques au monde et avait accompli des progrès notables en matière de consolidation budgétaire. « L’avenir, le prochain moteur de croissance du monde, ce sera l’Afrique », a-t-il déclaré. « Nous devons soutenir l’Afrique pour lui permettre de libérer son potentiel. » Zeidane, qui a rejoint le FMI en 2012, a notamment exercé les fonctions de Premier ministre, de gouverneur de banque centrale et de conseiller économique à la présidence en Mauritanie. Il succède à Abebe Aemro Selassie, parti à la retraite en mai 2026.
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