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Tchad : N’Djamena suspend des exportations agricoles pour prévenir la crise alimentaire

Mahammat Idriss Déby, Président du Tchad.

Frappé par une chaleur intense et une sécheresse persistante, le Tchad lève les droits d’importation sur certaines céréales et interdit l’exportation d’autres produits agricoles, afin de prévenir des pénuries alimentaires après des récoltes endommagées.

Les autorités tchadiennes réagissent à une dégradation marquée des conditions agricoles. Une vague de chaleur intense et un déficit pluviométrique ont endommagé les récoltes à travers le pays, menaçant la sécurité alimentaire de millions de personnes. Face à ce constat, N’Djamena a choisi d’agir sur deux leviers commerciaux complémentaires.

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D’un côté, le gouvernement lève les droits d’importation sur certaines céréales pour faciliter l’entrée de denrées et contenir la flambée des prix. De l’autre, il interdit l’exportation de plusieurs produits agricoles afin de préserver les stocks disponibles pour la consommation intérieure. Cette combinaison vise à sécuriser l’approvisionnement des marchés locaux à un moment critique du calendrier agricole. Le Tchad illustre la vulnérabilité croissante des économies sahéliennes aux aléas climatiques. Dans une région où l’agriculture pluviale demeure la principale source de subsistance et d’emploi, chaque mauvaise saison se traduit par des tensions sur les prix et des risques d’insécurité alimentaire. Les mesures d’urgence, bien que nécessaires, ne remplacent pas des politiques structurelles d’adaptation.

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Les restrictions à l’exportation peuvent peser sur les recettes commerciales et affecter les pays voisins qui dépendent des flux agricoles transfrontaliers. Pour les États du Sahel, l’équation reste délicate : protéger les populations sans fragiliser davantage des finances publiques déjà sous contrainte. La gestion de cette crise sera un test de la résilience des systèmes alimentaires régionaux et de la coordination entre pays d’une même zone économique.

Repenser la souveraineté alimentaire

Au-delà de la réponse d’urgence, l’épisode tchadien relance le débat sur la souveraineté alimentaire du continent. Investissements dans l’irrigation, variétés résistantes à la sécheresse, systèmes d’alerte précoce et stockage stratégique figurent parmi les leviers évoqués par les experts. Pour Africa Income, la multiplication de ces chocs climatiques appelle une réponse ambitieuse et coordonnée, sous peine de voir se répéter des crises alimentaires aux conséquences économiques et sociales lourdes.

Libye : production à grande échelle de l’acier vert à Benghazi

Le projet est porté par une coentreprise entre le sidérurgiste turc Tosyali et la Libya United Steel Company (SULB), dont le président a détaillé l'ampleur à l'agence Reuters. Implanté dans la zone de Ras Al-Mangar, à l'est de Benghazi, le complexe s'étend sur environ 380 hectares en bordure de la Méditerranée. Crédit : Dr

Dans l’est libyen, un complexe industriel destiné à produire du fer à faible empreinte carbone pour la sidérurgie devrait mobiliser près de 2,5 milliards de dollars d’investissements. La production commerciale est attendue pour le début de l’année 2028.

Le projet est porté par une coentreprise entre le sidérurgiste turc Tosyali et la Libya United Steel Company (SULB), dont le président a détaillé l’ampleur à l’agence Reuters. Implanté dans la zone de Ras Al-Mangar, à l’est de Benghazi, le complexe s’étend sur environ 380 hectares en bordure de la Méditerranée. Il ambitionne de devenir la plus grande installation de fer directement réduit (DRI) au monde, avec une capacité pouvant atteindre 8,1 millions de tonnes par an une fois l’ensemble des
phases achevées.

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L’usine produira du fer briqueté à chaud (HBI), un produit intermédiaire clé pour l’acier vert particulièrement recherché par les industries engagées dans la transition énergétique. Le procédé retenu, à terme compatible avec l’hydrogène, doit permettre de réduire la consommation d’énergie d’environ 25 % et les émissions de carbone de près de 30 % par rapport aux méthodes de production traditionnelles. De quoi positionner la Libye comme un fournisseur stratégique pour le marché européen, de plus en plus exigeant sur le plan environnemental.

Diversifier une économie dépendante du pétrole
Au-delà des chiffres, ce chantier incarne la volonté de faire basculer une économie de rente, longtemps arrimée à l’exportation d’hydrocarbures, vers une industrie manufacturière à valeur ajoutée. Le projet devrait générer plus de 7 000 emplois directs et une production annuelle supérieure à 7,5 millions de tonnes. Il s’accompagne d’un projet d’académie de formation destinée à
préparer la jeunesse libyenne aux métiers de la sidérurgie.

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Dans un pays fracturé depuis 2011 et gouverné par des administrations rivales, l’initiative est perçue comme un vote de confiance dans le potentiel économique libyen. Le démarrage de la production commerciale, prévu début 2028, sera scruté comme un test grandeur nature de la capacité du pays à attirer des investissements directs étrangers structurants et à s’insérer dans les chaînes de valeur régionales et mondiales. À terme, le site prévoit également d’alimenter un complexe sidérurgique intégré et de disposer d’une jetée d’exportation s’avançant sur plusieurs kilomètres en mer.

Tosyali, un acteur de plus en plus présent en Afrique
Le groupe turc, déjà implanté en Algérie, au Sénégal, en Angola et en Espagne, fait de la façade méditerranéenne africaine une géographie d’investissement prioritaire. En misant sur Benghazi, Tosyali entend renforcer sa position de fournisseur mondial de fer briqueté à chaud et arrimer durablement la Libye à son dispositif industriel. Pour Africa Income, ce projet illustre la montée en puissance des partenariats Sud-Sud dans la transformation des matières premières africaines.

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Face au dollar, quatre monnaies africaines seulement ont tenu le choc

Entre janvier et fin juin 2026, seules quatre des dix-sept principales monnaies africaines suivies se sont appréciées face au dollar américain. (Crédit : DR).

Au premier semestre 2026, sur dix-sept grandes devises africaines suivies, quatre à peine ont progressé face au billet vert. Un révélateur des fragilités structurelles du continent, où le franc CFA reste, lui, suspendu à l’euro.

Le contraste est saisissant avec les espoirs de détente monétaire mondiale. Entre janvier et fin juin 2026, seules quatre des dix-sept principales monnaies africaines suivies se sont appréciées face au dollar américain. Les treize autres reculaient, selon une compilation de données publiée début septembre à partir de sources incluant la BCEAO, la Banque africaine de développement et plusieurs maisons de recherche.

Le quarté de tête du semestre

Dans le peloton des rares gagnantes, le kwacha zambien mène la danse avec une progression de 7,73 % face au dollar sur le semestre, devant le naira nigérian (+3,36 %), le rand sud-africain (+0,90 %) et le dollar namibien (+0,66 %). Des trajectoires portées par des facteurs propres à chaque économie. Il s’agit notamment du redressement du cuivre et du resserrement monétaire pour Lusaka, et des réformes de change et flux de portefeuille pour Abuja. Toutefois, les performances de juillet dessinent un tout autre trio de tête, la pula botswanaise (+3,18 %), roupie seychelloise (+1,81 %) et franc comorien (+1,32 %). Une preuve que ces classements mensuels sont volatils et ne doivent pas être confondus avec le bilan semestriel.

Un continent toujours captif du cycle du dollar

Derrière ces écarts se lit une vulnérabilité commune. La majorité des devises africaines continuent de s’éroder face au dollar, ce qui alourdit mécaniquement le coût du service de la dette et des importations essentielles : énergie, produits alimentaires, intrants. La Banque africaine de développement rappelait déjà, dans ses Perspectives économiques 2026, que si 28 monnaies du continent s’étaient appréciées en 2025, les évolutions restent extrêmement sensibles aux conditions financières internationales, aux flux de capitaux et aux cours des matières premières. Le cedi ghanéen, par exemple, a de nouveau reculé sur le semestre.

Le statut particulier du franc CFA

Les pays de la zone franc échappent en partie à cette mécanique au prix d’une dépendance d’une autre nature. Le franc CFA de l’UEMOA étant arrimé à l’euro à une parité fixe de 655,957 FCFA pour un euro, son évolution face au dollar suit passivement celle de la monnaie européenne. Or, selon la BCEAO, l’euro s’est apprécié de 2,9 % face au dollar en mai 2026 sur un an, entraînant mécaniquement le franc CFA à la hausse — sans que cela reflète une quelconque performance des économies ouest-africaines. À l’autre bout du spectre, en Tunisie, le dinar a gagné 5,9 % face au dollar en moyenne au premier semestre par rapport à 2025, tandis qu’à Madagascar l’ariary a résisté, soutenu par une politique monétaire plus restrictive. Le message des banques centrales du continent converge désormais : renforcer les réserves de change, élargir la base d’exportations à haute valeur ajoutée et approfondir les marchés interbancaires. Faute de quoi, avertissent les analystes, le scénario du premier semestre 2026 – quatre monnaies seulement en territoire positif – a toutes les chances de se répéter.

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Economie : les ménages sénégalais sous le poids de la cherté de la vie

Des paniers et des ustensiles de cuisine vides brandis à bout de bras : l'image résume à elle seule la colère des sénégalais. Le samedi 5 septembre 2026, plusieurs centaines de personnes ont défilé dans les rues de Dakar. (Crédit : DR).

Le 5 septembre, des Dakarois ont marché contre la flambée des prix, prolongeant la campagne « 30 jours pour le juste prix ». Un ras-le-bol qui monte au moment où le Sénégal scelle un accord avec le FMI assorti d’une réforme des subventions.

Des paniers et des ustensiles de cuisine vides brandis à bout de bras : l’image résume à elle seule la colère des sénégalais. Le samedi 5 septembre 2026, plusieurs centaines de personnes ont défilé dans les rues de Dakar. Et ce, du quartier des Castors jusqu’au rond-point du Jet d’eau à Grand-Dakar, pour dénoncer la cherté de la vie et l’érosion du pouvoir d’achat des ménages. La marche, encadrée par l’Agence de presse sénégalaise et relayée par RFI, prolonge une campagne citoyenne lancée en début de mois : « 30 jours pour le juste prix ».

Un mouvement né sur les réseaux sociaux

Porté par un collectif se revendiquant apolitique, composé d’influenceurs et de simples citoyens, le mouvement a d’abord essaimé en ligne. Les organisateurs affirment avoir fédéré plus de 4 000 personnes, invitées à filmer leurs courses ou à photographier produits et services jugés trop chers. Au fil des slogans en wolof scandés dans le cortège « Dund gi dafa seer » (la vie est chère), « Location bi dafa seer » (le loyer est cher), « Woyofal bi dafa seer » (l’électricité prépayée est chère). C »est tout le panier du quotidien qui est visé : alimentation, carburant, électricité, logement, restaurants.

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Les manifestants ont avancé des chiffres concrets. Le kilo de viande coûterait aujourd’hui 30 % plus cher qu’il y a un an, au point que préparer un thiéboudiène, le plat familial de référence, peut désormais revenir à près de 10 000 francs CFA, soit environ 15 euros, pour une famille dakaroise. « Ça fait quatre mois que je ne mange plus de viande, seulement du poisson. La classe moyenne souffre », témoigne l’une des participantes au micro de RFI. Un autre raconte avoir payé son kilo de poisson 3 500 FCFA. Ces témoignages recoupent une tendance de fond : au Sénégal, l’inflation, un temps retombée sous 1 % début 2025, était repartie à la hausse fin 2025, portée par les produits alimentaires, le logement et l’énergie.

Une pression sociale à contretemps de l’agenda budgétaire

Le calendrier donne à cette mobilisation une résonance particulière. Elle intervient quelques jours après l’accord technique conclu le 1er septembre entre Dakar et le Fonds monétaire international Il porte sur une facilité élargie de crédit d’environ 2,2 milliards de dollars (près de 1 243 milliards FCFA) sur trois ans. Or l’un des piliers de ce programme est précisément le ciblage — c’est-à-dire la réduction — des subventions énergétiques, jugées coûteuses et mal orientées. Autrement dit, le gouvernement de Bassirou Diomaye Faye devra concilier l’assainissement des finances publiques exigé par le FMI et une demande sociale d’action immédiate sur les prix. Le collectif, lui, promet de maintenir la pression « jusqu’au jour où les prix vont baisser ». Un bras de fer qui s’annonce durable, sur fond de dette publique record et de marges budgétaires étroites.

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Cuivre : la RDC détrône le Canada et le Pérou sur le marché américain

Le basculement s'est opéré en 2025. Les importations américaines de cuivre raffiné avaient alors grimpé de 81 % sur un an pour atteindre 1,63 million de tonnes, dont 187 000 tonnes en provenance de RDC. (Crédit : DR).

Portées par un record d’importations en juillet 2026, les livraisons de cuivre congolais ont propulsé la République démocratique du Congo (RDC) au deuxième rang des fournisseurs des États-Unis. Une percée qui traduit la volonté de Kinshasa de desserrer l’étau chinois.

Le chiffre a de quoi surprendre. En juillet 2026, les États-Unis ont importé 225 094 tonnes de cuivre raffiné et d’alliages. C’est un niveau mensuel inédit, selon les données du département américain du Commerce publiées le 3 septembre et rapportées par Reuters. Un bond de 78 % par rapport à juin, et de 8 % sur un an, largement alimenté par les anticipations tarifaires des industriels américains. Mais derrière ce record se dessine une recomposition plus profonde des flux mondiaux du métal rouge. Car dans cette redistribution, la RDC s’est adjugé la deuxième place parmi les fournisseurs des États-Unis, avec près d’un quart des volumes acheminés ce mois-là. Elle se hisse ainsi juste derrière le Chili, qui conserve son leadership avec environ 46 % des cargaisons, mais devance désormais des partenaires historiques de Washington comme le Canada et le Pérou.

Une dynamique amorcée dès 2025

Cette poussée n’est pas un accident statistique. Jusqu’en 2024, la RDC ne figurait même pas parmi les principales sources d’approvisionnement américaines, dominées par le Chili, le Canada, le Pérou et le Mexique. Le pays obtient ainsi de quoi lui offrir un deuxième rang, loin derrière le Chili et ses 876 000 tonnes, mais devant le Canada. Les données du premier semestre 2026 confirment cette trajectoire ascendante.

Sortir de la dépendance chinoise

L’enjeu dépasse la seule performance commerciale. Deuxième producteur mondial de cuivre et premier fournisseur mondial de cobalt, la RDC exporte l’essentiel de sa production vers la Chine. Un pays dont es investisseurs contrôlent une part majeure du secteur minier congolais, à travers des complexes géants tels que Tenke Fungurume. En diversifiant ses débouchés vers les États-Unis, Kinshasa cherche à réduire cette dépendance structurelle et à peser davantage dans les négociations. Le calendrier sert cette ambition. Washington, soucieux de sécuriser ses approvisionnements en minerais stratégiques pour ses industries électriques, numériques et de défense, multiplie les rapprochements avec Kinshasa. Reste une limite de taille : avec seulement deux fonderies primaires sur son sol, l’appareil industriel américain demeure structurellement dépendant du métal importé. Une opportunité que la RDC entend bien continuer d’exploiter.

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Le Nigeria accélère : la croissance atteint 4,43 % au deuxième trimestre 2026

Tinubu, président élu du Nigéria. (Crédit : DR). L'économie nigériane a progressé de 4,43 % en glissement annuel au deuxième trimestre 2026, contre 3,89 % au trimestre précédent, selon les données officielles publiées lundi par le Bureau national des statistiques (NBS).

Portée par la reprise conjointe des secteurs pétrolier et non pétrolier, la première économie d’Afrique poursuit sa montée en régime. Mais elle reste loin de l’objectif de 7 % fixé par le président Bola Tinubu à l’horizon 2027.

L’économie nigériane a progressé de 4,43 % en glissement annuel au deuxième trimestre 2026, contre 3,89 % au trimestre précédent, selon les données officielles publiées lundi par le Bureau national des statistiques (NBS). Une accélération qui confirme la dynamique enclenchée par le pays le plus peuplé du continent, dont l’économie avait déjà crû de 3,87 % en termes réels sur l’ensemble de 2025, après 3,38 % en 2024.

Le pétrole et le hors-pétrole en hausse simultanée

La croissance s’est renforcée aussi bien dans le secteur pétrolier que dans le secteur non pétrolier par rapport au premier trimestre, précise le NBS. La production pétrolière moyenne s’est établie à 1,72 million de barils par jour, contre 1,55 million de barils au trimestre précédent — un rebond notable pour une ressource longtemps pénalisée par les vols de brut et le sous-investissement. Le secteur non pétrolier, moteur essentiel de la diversification, a lui aussi contribué à cette embellie.

Une dynamique interne résistante aux vents contraires

« La croissance du Nigeria est portée par une dynamique interne que les vents contraires mondiaux n’ont pas réussi à faire dérailler », analyse Karim Noujaim, associé gérant chez Skykapital Europe. Il anticipe que des investissements de grande ampleur et des réformes structurelles viendront, à terme, améliorer la connectivité des entreprises et la productivité des travailleurs. Un optimisme partagé par une partie des observateurs, qui voient dans ces chiffres le signe d’une consolidation progressive.

Un test économique à l’approche de la présidentielle

Ces résultats interviennent alors que la croissance demeure très en deçà de l’objectif de 7 % par an que le président Bola Tinubu s’est fixé d’ici à 2027. Attendu candidat à sa réélection pour un second et dernier mandat de quatre ans lors du scrutin prévu début 2027, le chef de l’État jouera en grande partie sa crédibilité sur son bilan économique et sécuritaire. Les prochains trimestres diront si la trajectoire actuelle suffit à convaincre les électeurs — et les investisseurs — de la solidité du redressement nigérian.

Finance : Kigali diversifie sa dette et se tourne vers l’Asie

Le Rwanda a levé environ 190 millions de dollars grâce à un nouveau prêt de quinze ans soutenu par le Groupe de la Banque mondiale. (Crédit : DR).

Pour la première fois de son histoire, le Rwanda emprunte en yens japonais. Infrastructuresranties de la Banque mondiale, ce prêt de 190 millions de dollars sur quinze ans finance les infrastructures, la santé et l’éducation, et affiche une ambition claire : élargir la base de créanciers du pays vers les investisseurs asiatiques.

Le Rwanda a levé environ 190 millions de dollars grâce à un nouveau prêt de quinze ans soutenu par le Groupe de la Banque mondiale. La particularité de l’opération : pour la première fois, l’État emprunte en yens japonais, en plus d’un volet libellé en euros. Selon le ministère rwandais des Finances, ces fonds serviront à des « fins budgétaires générales » et financeront des améliorations d’infrastructures, la santé, l’éducation, l’agriculture et d’autres secteurs industriels. Environ la moitié du montant est empruntée en yens – une première pour Kigali dans la devise japonaise. Le solde correspond à une tranche de 82 millions d’euros, soit environ 95,55 millions de dollars. Le ministère y voit un moyen de diversifier sa base de devises et affiche sa « disponibilité à un engagement plus profond avec les capitaux et investisseurs libellés en yens en Asie ».

Une structure de dette pensée pour durer

L’ingénierie financière du prêt révèle une gestion prudente du calendrier. L’emprunt comporte un « délai de grâce » initial de six ans : le gouvernement ne commencera à rembourser qu’après l’échéance, en août 2031, de son unique obligation encore en circulation sur les marchés internationaux, d’un montant de 620 millions de dollars. Une manière d’éviter que deux fortes charges de remboursement ne se chevauchent. Le nouveau financement bénéficie de deux garanties du Groupe de la Banque mondiale : l’une de l’Agence multilatérale de garantie des investissements (MIGA), l’autre une « garantie fondée sur des politiques » de l’Association internationale de développement (IDA). Ces mécanismes réduisent le risque perçu par les prêteurs et abaissent d’autant le coût du crédit pour le pays.

Une dette jugée soutenable

Les signaux envoyés aux marchés restent rassurants. Dans un rapport publié en mai, l’agence de notation S&P estimait que la structure de la dette rwandaise demeure relativement favorable. Le ratio dette/PIB a reculé à 72,4 %, contre 73,1 % en 2024, et devrait continuer de baisser dans les prochaines années. Surtout, S&P évalue à près de 90 % la part de la dette extérieure rwandaise bénéficiant de conditions hautement concessionnelles, ce qui contribue à contenir les coûts de financement et à limiter les risques de refinancement. En s’ouvrant au yen, Kigali ajoute une corde à son arc et se positionne comme un interlocuteur crédible pour les capitaux asiatiques — une diversification que d’autres économies africaines observent avec attention.

Phosphates : le Maroc plante son drapeau industriel au cœur de l’Amérique

OCP North America et la coopérative agricole américaine CHS s'allient pour bâtir en Louisiane une usine d'engrais phosphatés de 450 millions de dollars. (Crédit : DR).

OCP North America et la coopérative agricole américaine CHS s’allient pour bâtir en Louisiane une usine d’engrais phosphatés de 450 millions de dollars. Ce sera la première du genre construite sur le sol américain depuis 1984. C’est un pari qui scelle l’ancrage du géant marocain du phosphate (OCP) sur le premier marché agricole mondial.

Le rapprochement prend la forme d’une coentreprise entre OCP North America, filiale du groupe phosphatier marocain OCP, et CHS, coopérative détenue par des agriculteurs américains. Les deux partenaires prévoient d’investir jusqu’à 450 millions de dollars dans la construction d’une usine d’engrais phosphatés, implantée au Cornerstone Energy Park de Waggaman, en Louisiane. Le site est stratégiquement situé au bord du Mississippi, artère logistique reliant le cœur agricole américain aux marchés d’exportation. Selon le communiqué diffusé par OCP mercredi, l’unité devrait produire plus d’un million de tonnes métriques d’engrais phosphatés par an. Le groupe marocain fournira l’acide phosphorique nécessaire à la production. Et les produits finis seront distribués conjointement par OCP North America et par le réseau de CHS. Ce dernier irrigue déjà des milliers d’exploitations à travers le pays.

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Au-delà des chiffres, le projet a une portée symbolique forte. Il s’agira de la première usine d’engrais phosphatés construite aux États-Unis depuis 1984. Dans un secteur où les capacités domestiques n’ont pas été renouvelées depuis quatre décennies, cet investissement répond à une inquiétude récurrente sur la sécurité de l’approvisionnement des agriculteurs américains. Lesquels sont régulièrement exposés aux tensions sur les prix et aux ruptures de chaîne logistique mondiale. En juin, le président américain Donald Trump avait autorisé une suspension temporaire de certains droits de douane frappant les engrais phosphatés importés du Maroc. L’objectif a été d’atténuer les perturbations d’approvisionnement liées à la guerre en Iran. En investissant directement sur le territoire américain, OCP transforme un accès commercial fragile et dépendant du contexte politique en une présence industrielle durable.

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Ce projet s’inscrit dans une trajectoire d’expansion spectaculaire. OCP est le premier producteur mondial d’engrais à base de phosphate. Le groupe a porté sa capacité de production à 16 millions de tonnes métriques en 2025, contre seulement 3 millions de tonnes en 2008. Soit une multiplication par plus de cinq en moins de vingt ans. En s’implantant au plus près des agriculteurs américains, le champion marocain ne se contente pas d’exporter. Il s’installe sur le marché qu’il approvisionne. Une stratégie qui pourrait faire école pour les industriels africains cherchant à remonter la chaîne de valeur et à sécuriser leurs débouchés à l’international.

Tunisie : 10,5 milliards de dollars de cash, hors des banques, un record qui inquiète

Jamais autant de billets et de pièces n’avaient circulé dans le pays. En un an, les liquidités détenues par les Tunisiens ont bondi de 16 % pour atteindre 30 milliards de dinars. Un afflux de monnaie physique qui assèche les banques et menace leur capacité à financer l’économie.

Selon les données publiées lundi par la Banque centrale de Tunisie, les billets et pièces en circulation dans le pays ont atteint 30,04 milliards de dinars, soit environ 10,5 milliards de dollars au 21 août 2026. Un niveau inédit, en hausse de près de 16 % sur un an, contre 25,9 milliards de dinars enregistrés à la même période l’an dernier. Derrière ce record se cache un phénomène préoccupant pour le système financier tunisien. En effet, une part croissante de la richesse nationale échappe aux circuits bancaires. Plus l’argent dort dans les tiroirs et les coffres des ménages, moins les banques disposent de ressources pour prêter aux particuliers et aux entreprises. Un cercle vicieux qui pèse directement sur la liquidité des établissements de crédit et, à terme, sur le financement de l’économie réelle.

Une loi sur les chèques qui a tout changé

Comment expliquer cette ruée vers le cash ? Les analystes financiers pointent en grande partie une réforme entrée en vigueur l’an dernier. Ce nouveau texte a considérablement durci les règles encadrant l’usage des chèques bancaires, tout en alourdissant les sanctions en cas de chèque sans provision ou irrégulier. Résultat : par crainte des pénalités, entreprises comme particuliers se sont détournés du chèque, longtemps instrument de paiement privilégié dans les transactions commerciales tunisiennes. À la place, ils retirent désormais davantage d’espèces pour régler leurs achats et honorer leurs engagements. Une réaction en chaîne qui gonfle mécaniquement la masse de monnaie fiduciaire en circulation et complique un peu plus la gestion de trésorerie des banques.

Le poids des habitudes et du retard numérique

Mais la réforme des chèques n’explique pas tout. La préférence des Tunisiens pour l’argent liquide est aussi profondément ancrée dans les habitudes de consommation. Pour la majorité des transactions du quotidien, le billet reste roi. La lente diffusion des paiements électroniques et de la banque numérique sur l’ensemble du territoire. Si les grandes villes commencent à s’équiper, les régions de l’intérieur demeurent largement à l’écart de cette transition. L’accès limité aux terminaux de paiement. L’on pointe le manque de confiance dans les outils digitaux et une bancarisation encore incomplète entretiennent cette dépendance au cash.

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Pour les autorités monétaires, l’équation est délicate. Réduire la circulation fiduciaire suppose de restaurer la confiance dans les moyens de paiement alternatifs et d’accélérer l’inclusion financière numérique. C’est un chantier de longue haleine. En attendant, les banques tunisiennes devront composer avec une tension persistante sur leurs liquidités, dans un contexte économique déjà contraint. Le record des 30 milliards de dinars sonne ainsi comme un avertissement : tant que l’argent continuera de fuir les guichets, c’est toute la mécanique du crédit et de l’investissement qui restera grippée.

Interview : NAFAD : souveraineté financière africaine et nouvelle guerre mondiale des ressources

Pour Mahaman Laouan Gaya, ancien ministre et banquier, spécialiste des politiques énergétiques africaines, la NAFAD représente bien plus qu’une réforme financière. Elle peut devenir l’un des instruments de libération économique du continent et représenter potentiellement une réponse historique à ce qu’il qualifie de nouvel impérialisme énergétique mondial. (Crédit : DR)

Mahaman Laouan Gaya :  ancien ministre et banquier –  spécialiste des politiques énergétiques africaines

Le monde traverse aujourd’hui une phase de recomposition géoéconomique majeure. Derrière les conflits internationaux, les tensions commerciales, les sanctions économiques et les rivalités stratégiques se cache une réalité fondamentale. Il s’agit de la lutte pour le contrôle de l’énergie, des minerais critiques et des chaînes de valeur industrielles. Le pétrole, le gaz, l’uranium, le lithium, le cobalt, le cuivre, le manganèse ou encore les terres rares sont devenus les piliers invisibles de la puissance mondiale. La transition énergétique, loin de supprimer les logiques de domination, redessine simplement les terrains de compétition stratégique. Dans ce contexte, l’Afrique occupe une position centrale. Le continent possède une part considérable des réserves mondiales de ressources énergétiques et minières stratégiques. Et pourtant, il demeure encore largement dépendant des centres financiers extérieurs, des technologies étrangères et des marchés internationaux dominés par les grandes puissances. C’est dans cette conjoncture qu’émerge la Nouvelle Architecture Financière Africaine pour le Développement (NAFAD). Cette initiative portée notamment par l’Union Africaine et la Banque Africaine de Développement, ambitionne de construire progressivement une souveraineté financière africaine capable de soutenir l’industrialisation du continent, la transformation locale des ressources naturelles, le financement des infrastructures et la maîtrise stratégique des richesses énergétiques et minières africaines. Pour Mahaman Laouan Gaya, ancien ministre et banquier, spécialiste des politiques énergétiques africaines, la NAFAD représente bien plus qu’une réforme financière. Elle peut devenir l’un des instruments de libération économique du continent et représenter potentiellement une réponse historique à ce qu’il qualifie de nouvel impérialisme énergétique mondial.

Vous évoquez souvent l’existence d’un impérialisme énergétique mondial. Selon vous, les conflits actuels dans le monde sont-ils de plus en plus liés au contrôle des ressources énergétiques et minières stratégiques ?

Mahaman Laouan Gaya : L’histoire contemporaine montre clairement que l’énergie et les ressources stratégiques jouent un rôle central dans les rapports de puissance internationaux. Derrière de nombreux conflits géopolitiques se trouvent des enjeux liés aux hydrocarbures, aux minerais critiques, aux routes énergétiques ou encore au contrôle technologique. Aujourd’hui, la transition énergétique mondiale accroît encore cette compétition. Les grandes puissances cherchent à sécuriser l’accès au lithium pour les batteries, au cobalt pour les véhicules électriques, aux terres rares pour les technologies avancées, à l’uranium pour le nucléaire, et bien entendu aux hydrocarbures qui demeurent essentiels pour plusieurs décennies encore. Dès lors, l’Afrique devient donc un espace géostratégique majeur ; mais le danger est que le continent reste simplement un réservoir de ressources au service des stratégies industrielles extérieures. Lorsque les ressources africaines sont extraites sans industrialisation locale, sans transfert technologique significatif et sans maîtrise financière africaine, nous restons dans une logique de dépendance structurelle. C’est précisément ce que certains appellent l’impérialisme énergétique : le contrôle indirect des économies à travers la maîtrise des ressources, des financements, des technologies et des circuits commerciaux.

Dans ce contexte mondial très tendu, la NAFAD peut-elle devenir un instrument de protection stratégique des ressources africaines ?

Oui, potentiellement ; mais cela dépendra de son orientation réelle et de sa capacité opérationnelle. La NAFAD ne doit pas être réduite à une simple réforme bancaire ou financière. Son enjeu est beaucoup plus profond, car elle peut permettre à l’Afrique de reprendre progressivement le contrôle du financement de son développement, de la valorisation de ses ressources naturelles, et de ses priorités industrielles. Pendant longtemps, les modèles économiques africains ont été organisés autour de l’exportation brute des matières premières ; or la véritable puissance économique réside dans la transformation. Exporter du pétrole brut pour importer du carburant, des engrais et des produits pétrochimiques est une contradiction stratégique. Exporter du lithium sans produire de composants industriels revient à abandonner l’essentiel de la valeur ajoutée. La NAFAD peut justement contribuer à financer des raffineries, des complexes pétrochimiques, des industries minières intégrées, des infrastructures électriques et des chaînes de valeur régionales africaines. Mais cela suppose une vision politique claire ; sinon, la NAFAD risque simplement de devenir un nouveau mécanisme financier sans véritable transformation structurelle.

Certains analystes affirment que la bataille du 21ème siècle sera davantage financière et technologique que militaire. Partagez-vous cette analyse ?

Absolument. Les conflits militaires restent importants, mais la puissance moderne repose de plus en plus sur la finance, la technologie, les données, l’intelligence artificielle, l’énergie et les chaînes industrielles. Les sanctions financières, le contrôle des systèmes de paiement, les restrictions technologiques ou encore la maîtrise des plateformes numériques sont devenus des instruments de puissance extrêmement efficaces. L’Afrique doit comprendre que la souveraineté du 21ème siècle ne se limite plus au contrôle territorial. Elle implique aussi la souveraineté monétaire, la souveraineté énergétique, la souveraineté technologique et la souveraineté des données. La NAFAD peut donc jouer un rôle stratégique si elle contribue à développer des systèmes panafricains de paiement, des plateformes financières africaines, des capacités technologiques locales et des mécanismes de financement indépendants. Car un continent qui dépend totalement des technologies, des financements et des données extérieures reste vulnérable, même s’il possède d’immenses ressources naturelles.

Pensez-vous que l’Afrique dispose aujourd’hui d’une véritable fenêtre historique pour changer sa place dans l’économie mondiale ?

Oui, probablement plus que jamais depuis les indépendances, le monde traverse une phase de transition profonde avec la montée des BRICS, la remise en question de certains équilibres financiers internationaux, les tensions sur les ressources (surtout énergétiques), la transition énergétique et la réorganisation des chaînes industrielles mondiales. Force est de reconnaître que dans ce contexte, l’Afrique possède plusieurs atouts stratégiques au nombre desquels une population jeune (pendant que les continents européen et asiatique vieillissent), des ressources énergétiques majeures, des minerais critiques indispensables, un vaste marché potentiel et d’importants besoins en infrastructures. Mais les opportunités historiques ne garantissent jamais automatiquement le succès ; elles peuvent aussi être perdues. La question fondamentale est donc la suivante : l’Afrique veut-elle simplement fournir les matières premières du monde de demain ou veut-elle devenir l’un des pôles industriels, technologiques et financiers du nouvel ordre mondial ? La NAFAD peut représenter un outil important dans cette transformation, mais la clé restera toujours la qualité de la gouvernance, la compétence des élites, la vision stratégique et la capacité des États africains à défendre collectivement leurs intérêts. L’histoire économique mondiale montre une chose essentielle : les nations qui contrôlent l’énergie, la finance, la technologie et les infrastructures sont généralement celles qui façonnent durablement l’ordre mondial. L’Afrique, sera t’elle au rendez-vous du nouvel ordre énergétique mondial ?  

Propos recueillis par M.D

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