vendredi 22 mai 2026
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La Côte d’Ivoire anticipe un rebond historique de sa production de cacao

La Côte d'Ivoire s'apprête à renouer avec la croissance de sa production cacaoyère. Selon Yves Brahima Koné, directeur du Conseil du Café-Cacao (CCC), qui s’est exprimé dans les colonnes de Reuters, le pays devrait produire entre 2 et 2,1 millions de tonnes de fèves lors de la saison 2025/26, qui s'achèvera fin septembre. (Crédit : DR).

Après trois années de déclin, le premier producteur mondial de cacao prévoit une hausse de 10,5% de sa production pour la saison 2025/26. Une embellie portée par la flambée des prix, mais assombrie par des inquiétudes croissantes pour l’avenir de la filière.

La Côte d’Ivoire s’apprête à renouer avec la croissance de sa production cacaoyère. Selon Yves Brahima Koné, directeur du Conseil du Café-Cacao (CCC), qui s’est exprimé dans les colonnes de Reuters, le pays devrait produire entre 2 et 2,1 millions de tonnes de fèves lors de la saison 2025/26, qui s’achèvera fin septembre. Cette prévision marque une hausse significative de 10,5% par rapport à la saison précédente, mettant fin à une spirale baissière qui durait depuis trois ans. Cette perspective contraste avec les estimations plus prudentes des analystes internationaux. Un sondage Reuters réalisé en mars auprès de traders et d’experts tablait sur une récolte de seulement 1,8 million de tonnes, soit 200 000 à 300 000 tonnes de moins que les prévisions officielles ivoiriennes. Au 11 mai, les arrivages dans les deux ports du pays atteignaient déjà 1,7 million de tonnes, confirmant une dynamique positive comparée aux deux dernières saisons catastrophiques, marquées par des conditions climatiques défavorables, le vieillissement des plantations et la propagation rapide de maladies détruisant les récoltes, qui fait gonfler anormalement les stocks.

Les prix élevés au secours des planteurs

Le rebond annoncé s’explique principalement par l’envolée des cours du cacao observée ces deux dernières années. Cette hausse des prix a permis aux producteurs d’investir davantage dans leurs exploitations.

« Les prix élevés du cacao ont permis aux planteurs d’acheter et d’utiliser plus d’engrais et d’améliorer la gestion de leurs plantations « , explique Yves Brahima Koné.

Cette amélioration des pratiques agricoles a porté ses fruits, redonnant de la vigueur à des exploitations parfois négligées faute de moyens. Toutefois, des volumes importants de cacao demeurent invendus sur le territoire ivoirien. Un trader européen a révélé à Reuters que beaucoup de cacao reste au sol, car les exportateurs ivoiriens ne voulaient pas vendre avant que le marché ne remonte, et les agriculteurs refusaient de céder leur production au prix bord champ trop bas. Cette rétention pourrait rendre plus visible le surplus dans les entrepôts européens dans les semaines à venir, à mesure que la Côte d’Ivoire écoulera ces stocks accumulés.

Des signaux alarmants pour la prochaine saison

Si le présent semble sourire à la filière ivoirienne, l’avenir s’annonce plus incertain. Les équipes d’enquête revenues des zones de production rapportent des taux de survie des stocks légèrement inférieurs à ceux observés à la même période l’an dernier. Le développement complet des stocks, des fleurs jusqu’à maturité, nécessite désormais 33 semaines.  » Nous avons des préoccupations concernant la fin de cette saison, mais surtout concernant le début de la prochaine grande saison. Les comptages ne montrent pas une situation similaire ou meilleure que l’année dernière », prévient le directeur du CCC. Trois compteurs de cabosses et cinq agriculteurs interrogés par Reuters confirment que les champs présentent actuellement moins de cabosses et de fleurs, la sécheresse ayant causé des dommages. « Nous surveillons de très près les conditions climatiques actuelles, et cela nous inquiète beaucoup, surtout pour l’année prochaine », confie un compteur de cabosses. Cette vigilance s’impose alors que le secteur cacaoyer ivoirien, qui pèse environ 15% du PIB national et fait vivre plusieurs millions de personnes, reste extrêmement vulnérable aux aléas climatiques et phytosanitaires.

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