mardi 19 mai 2026
Accueil Agriculture Agriculture : Dangote Group révise à la hausse son investissement en Éthiopie

Agriculture : Dangote Group révise à la hausse son investissement en Éthiopie

Annoncée le 17 mai lors d'une visite d'Aliko Dangote sur le chantier de Gode en compagnie du Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, la réévaluation du budget reflète un élargissement significatif de la portée initiale du projet. (Crédit : DR)

Le conglomérat nigérian a annoncé une réévaluation substantielle du coût de son projet industriel d’envergure à Gode, dans le sud-est de l’Éthiopie. Passé de 2,5 à plus de 4 milliards de dollars, ce chantier est désormais bien plus qu’une usine d’engrais : il englobe un gazoduc, une centrale électrique et des unités de transformation, dessinant les contours d’un pôle agro-industriel inédit pour la Corne de l’Afrique.

Annoncée le 17 mai lors d’une visite d’Aliko Dangote sur le chantier de Gode en compagnie du Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, la réévaluation du budget reflète un élargissement significatif de la portée initiale du projet. En plus de l’usine d’engrais à proprement parler, dont la capacité de production est fixée à 3 millions de tonnes par an, le complexe intégrera désormais un gazoduc de 110 kilomètres, une centrale électrique de 120 MW, une usine d’emballage en polypropylène ainsi qu’une unité de mélange d’engrais NPK (azote, phosphore, potassium) d’une capacité de deux millions de tonnes, selon les précisions apportées par le groupe sur le réseau X. La construction avait officiellement démarré en octobre 2025, dans le cadre d’un accord conclu en août 2025 avec l’Ethiopian Investment Holdings (EIH), le fonds souverain éthiopien, qui détient 40 % du capital de la coentreprise, contre 60 % pour Dangote Group.

Un enjeu de souveraineté alimentaire pour l’Éthiopie

Pour Abiy Ahmed, ce projet dépasse largement le cadre d’un simple investissement industriel. Lors de la visite du site, le Premier ministre a qualifié l’initiative de « stratégique », visant à « stimuler l’agriculture, renforcer la sécurité alimentaire et réduire la dépendance aux importations ». L’enjeu est considérable : l’Éthiopie, dont le secteur agricole représente environ 35 % du PIB, importe actuellement la totalité de ses besoins en engrais. En 2024, le pays s’est ainsi approvisionné à hauteur de 2,32 millions de tonnes sur les marchés internationaux, selon les données du Centre international de développement des engrais (IFDC). La mise en production de l’usine Dangote permettrait à terme de substituer une large partie de ces importations, réduisant l’exposition du pays aux fluctuations des prix mondiaux.

Le modèle nigérian transposé à l’échelle de la Corne de l’Afrique

Avec ce chantier éthiopien, Aliko Dangote entend reproduire la réussite industrielle déjà engrangée au Nigeria. Son usine d’urée de Lekki, alimentée par 100 millions de pieds cubes de gaz naturel par jour, produit 3 millions de tonnes d’engrais annuellement et couvre déjà 65 % des besoins intérieurs du géant ouest-africain. Pour sécuriser l’approvisionnement en gaz de l’unité éthiopienne, le groupe a signé en mars 2026 un accord sur 25 ans avec le géant chinois GCL. Ce gaz naturel sera extrait du champ de Calub, dans le bassin de l’Ogaden, et acheminé jusqu’au site de Gode via le pipeline dédié de 110 km intégré au projet. Ce modèle intégré – de l’extraction gazière à la production d’engrais, en passant par la transformation locale – constitue un pari ambitieux sur la capacité de l’Éthiopie à devenir un acteur régional de l’agro-industrie.

A lire aussi : Nigéria-Dangote contribuerait à – 40% des dépenses en dollars du Nigeria