lundi 23 février 2026
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Chronique : Réunions de printemps des institutions de Bretton Woods, quelles lignes de financement pour l’Afrique ?

Avec l’atonie mondiale, conjuguée à une stagflation et des conditions difficiles liées à un endettement élevé, les argentiers du continent, qui participent aux réunions de Printemps 2023 de la Banque mondiale et du FMI à Washington ne sont pas à la fête. (Crédit : Dr).

Dans un contexte marqué par une croissance en chute libre, depuis 2021, passant de 4,1% à une estimation de 3,1% à fin 2023, l’Afrique a répondu, comme à l’accoutumée, présente aux réunions de printemps de la Banque mondiale et du FMI. Si les montants des engagements financiers spécifiques que les institutions de Bretton Woods prévoient pour l’Afrique en 2023, ne sont pas encore publics, on peut espérer que cette fois, les enveloppes seront à la hauteur des besoins, en phase avec Reshaping Development, thème retenu cette année.

Avec l’atonie mondiale, conjuguée à une stagflation et des conditions difficiles liées à un endettement élevé, les argentiers du continent, qui participent aux réunions de Printemps 2023 de la Banque mondiale et du FMI à Washington ne sont pas à la fête. Les réunions, qui se déroulent du lundi 10 avril au dimanche 16 avril au siège du GBM et du FMI, sont déjà axées sur un développement non carboné dans un contexte de crise. Aux yeux des financiers de ces institutions, l’Afrique au sud du Sahara, qui dispose de ressources naturelles nécessaires à ce nouveau modèle, n’est pas prête. Jugez-en vous-mêmes, tant le déroulé des événements aux Spring Meetings du groupe Banque mondiale et FMI en dit long. Dès le 10 avril, le Coin analytique, portant Climate finance en Afrique au sud du Sahara, et animé par l’économiste Anna Belianska, Monetary & Capital Market Department du FMI et son homologue Giovanni Melina, Senior Economiste, African Department du FMI, ont admis que dans cette sous-région, un financement supplémentaire est nécessaire pour soutenir l’adaptation et l’atténuation du changement climatique. Toutefois, pour accéder aux ressources, les autorités nationales doivent améliorer les cadres et les capacités nationales, avec le soutien de la communauté internationale. Le même jour, Garerth Anderson, Middle East & Central Asia Department du FMI, et Jiayi Ma, Middle East & Central Asia Department du FMI, tablaient sur les options d’un futur, bas carbone pour le Moyen-Orient et l’Asie centrale.

Encore des vœux pieux

La suite des sessions, notamment celles sur « Climate Finance & Security Energy », animée par Bo Li, Deputy Managing Director, IMF, Rania Al-Mashat, Minister for International Cooperation, Egypt, Tim Gould, Chief Energy Economist, International Energy Agency, Kampeta Sayinzoga, CEO, Rwanda Development Bank, et Dan Yergin, Vice Chairman, S&P Global, ou encore sur « Surmonter la dette, générer de la croissance », par David R. Malpass, President of the World Bank Group,Tina Vandersteel, Head of Emerging Country Debt, GMO, Raghuram Rajan, Professor of Finance, University of Chicago’s Booth School, Ahmed Shide, ministre éthiopien des Finances, Nigel Clarke, ministre jamaïcain des Finances et de la Fonction publique, etc, ont été un chapelet de doléances suivies de vœux pieux. Les problématiques avec des difficultés de change, une dette qui s’alourdit entrainant le service de la dette sur cette tendance, une inflation supportée par les classes les moins nanties, un secteur privé qui attend plus de soutiens, en vain… En face, les institutions de Bretton Woods dictent une amélioration du climat des affaires, de la transparence et une réelle bonne gouvernance.

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En face, l’Ukraine, envahie depuis plus d’un an, par la Russie, reçoit des enveloppes, chiffrées en milliards de $, en appui aux efforts de relèvement et de reconstruction. Doit-on se demander si cette guerre entraîne de plus graves répercussions régionales et mondiales ? La 3ème Table ronde ministérielle organisée par Groupe BM et le FMI, mercredi 12 avril, collaboration avec le gouvernement ukrainien, a confirmé ce soutien pour combler les besoins de l’Ukraine à moyen terme, sur les projets prioritaires en matière de relèvement et de reconstruction et sur les champs de collaboration internationale. 

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Parallèlement pour l’Afrique, les engagements financiers spécifiques, que le FMI et la Banque mondiale prévoient pour l’Afrique en 2023, ne sont pas encore publiques. Certes, ces investissements dépendront des priorités et des besoins économiques et financiers de chaque pays africain, ainsi que de la capacité du FMI et de la Banque mondiale à fournir une assistance financière dans le cadre de leur mandat. Au moment où nous mettons sous presse, c’est mystère et boule de gomme. Le décollage de l’Afrique au Sud du Sahara repose certes sur l’investissement dans les infrastructures, le développement économique, la réduction de la dette et le renforcement des capacités institutionnelles, mais les initiatives pour lutter contre la pauvreté et améliorer la qualité de vie dans ces pays africains seront plus efficaces si la transformation des ressources naturelles est prise à bras le corps.

Venir à bout de la dette et générer de la croissance

A Washington, il a été admis que la pandémie de COVID-19 et ses répercussions en chaîne ont aggravé la crise de la dette qui menace de nombreux pays en développement. Fin 2021, la dette extérieure de ces pays avait plus que doublé par rapport à la décennie précédente, pour atteindre 9 000 milliards de dollars. La situation est particulièrement désastreuse dans les pays les plus pauvres, car le fardeau de la dette ralentit la croissance et enraye les progrès sur le front de l’éducation, de la santé et de l’action climatique.

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Le ralentissement de la croissance mondiale et la remontée des taux d’intérêt en réponse à l’inflation aggravent encore les choses, et le spectre d’une crise de la dette plane sur toujours plus de pays. Les efforts entrepris pour désamorcer la crise se sont hélas avérés insuffisants jusqu’ici. Le manque de transparence retarde et entrave les processus de restructuration de la dette, tandis que les clauses de confidentialité dans les contrats de prêts sont de plus en plus fréquentes. Aujourd’hui, l’urgence est de parvenir à une plus grande transparence et d’accélérer la conclusion d’accords sur le règlement de la dette,mais aussi de mener des réformes grâce auxquelles les pays seront mieux armés pour gérer leur endettement plus efficacement, ce qui permettra de libérer des ressources pour financer des investissements essentiels. Ce fil directeur a guidé une discussion animée par le président du Groupe de la Banque mondiale, David Malpass, et réunissant notamment le ministre éthiopien des Finances, Ahmed Shide, et son homologue jamaïcain, Nigel Clarke, qui ont pu témoigner de la situation dans leur pays.

Capaciter la femme africaine et œuvrer à la transformation des ressources

Outre les échanges sur « La place des femmes dans l’entrepreneuriat et le leadership », ces discussions autour de « Etat de l’Afrique : valoriser les ressources naturelles pour un avenir durable » m’ont surtout captivé. Les efforts mondiaux visant à décarboner les économies sont susceptibles de créer une demande de 3 millions de tonnes de minéraux et métaux, dont beaucoup se trouvent en Afrique. Le continent a donc la possibilité de valoriser les richesses en ressources naturelles pour accélérer l’accès à l’énergie et la transition verte, stimuler la transformation économique et l’emploi, et générer davantage de recettes fiscales. Il reste à se demander de quelle manière, les décideurs politiques peuvent-ils tenir cette promesse et éviter les écueils des précédents booms et effondrements des ressources naturelles ?

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Pour tirer un meilleur parti de leurs ressources naturelles, les décideurs doivent aller vers la R&D et une industrialisation tous azimuts. Aussi, il sera utile d’œuvrer afin que les femmes ne soient plus confrontées à de nombreuses difficultés, des barrières juridiques au manque d’infrastructures pour la garde des enfants, en passant par le poids des normes sociales, les obstacles dans l’accès aux financements et les pratiques discriminatoires des employeurs. Il ne faudra surtout pas laisser les femmes en marge de la révolution numérique, dans un monde mu par les avancées technologiques. Tous ces enjeux et tant d’autres ont été soulevés au cours des rencontres à Washington. Il reste à les surmontés. Le groupe de la BM et du FMI pourra y arriver de concert avec des décideurs du public et du privé transparents et responsables.

Éthiopie: après un lancement contrarié, le programme de privatisation à nouveau relancé

les autorités éthiopiennes sont en train de relancer et même d'accélérer la libéralisation de l'économie du pays. L'enjeu, c'est d'attirer de plus en plus d'investissements dans le pays qui fait face à une crise économique des plus aigues ces dernières années. (crédit : Dr).

Annoncé en grande pompe en 2018 par le premier ministre Abiy Ahmed à son arrivée au pouvoir, le programme de privatisation des principales entreprises publiques du pays a eu du mal à prendre forme malgré ses enjeux stratégiques pour la modernisation de l’économie du pays. La pandémie de la Covid-19 et surtout les répercussions du conflit dans la région du Tigré ont freiné le processus qui a été enclenché avec la privatisation d’Ethio Telecom, la compagnie publique de télécommunications. Depuis quelques mois pourtant, le train de réforme a été remis sur les rails et pourrait même s’accélérer d’autant plus que le gouvernement n’a pas d’autres alternatives pour relancer l’économie du pays qui plombent sous le poids d’un surendettement alarmant.

La privation d’Ethio Telecom, la compagnie publique de télécommunications, sera assurément le  test grandeur nature du programme de privatisation annoncée par les autorités éthiopiennes dans le cadre du programme de réformes destinées à relancer l’économie du pays et dont l’ouverture au secteur privé du capital de plusieurs fleurons de l’économie du pays en constitue la pierre angulaire. Un processus de libéralisation qui a commencé dans le secteur des télécoms avec une première licence télécoms privée accordée au  consortium Global Partnership for Ethiopia dès 2019, soit une année après l’arrivée au pouvoir du Premier ministre Abiy Ahmed et l’annonce de son programme de réformes. Après l’attribution, en mai 2021, d’une seconde licence de téléphonie mobile accordée à l’opérateur Kenyan Safaricom pour 850 millions de dollars, qui est venu définitivement casser le monopole de l’opérateur national, le gouvernement annoncé, en septembre 2021, sa décision d’ouvrir à des privés, le capital d’Ethio Telecom et qui a été aussitôt suspendue quelques mos plus tard, en décembre de la même année pour être reportée pour mars 2022. Il a fallu pourtant attendre novembre 2022, pour voir le processus de nouveau relancer et l’Etat a lancé un appel à propositions pour la cession de 40% du tour de table d’Ethio Telecom à une entreprise privée. Il faut dire qu’entre temps, la pandémie de Covid-19 puis le déclenchement du conflit du Tigré, dans le nord du pays, ont eu raison des ambitions d’Addis Abeba qui avait d’ailleurs justifiée ce report par « les récents développements et changements macroéconomiques rapides dans le monde et dans le pays».

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Au lendemain de la signature de l’accord de paix avec les rebelles du Tigré, en novembre dernier, ainsi en la faveur de la reprise post-Covid et en dépit de la conjoncture internationale encore difficile, le gouvernement a annoncé, le 9 février 2023, l’accélération du processus de privatisation partielle d’Ethio Telecom et selon l’annonce faite par le ministère des Finances, c’est 45% du capital de l’opérateur publique qui sera mis en vente en raison notamment de « la solide performance financière  de l’entreprise».

Un processus de privatisation pris en otage mais relancé pour sortir de la crise

Les péripéties qu’a connu le processus de privatisation partielle d’Ethio Telecom illustre à lui seul les déconvenues qu’a connu le programme de réformes et notamment de libéralisation prônée depuis 2018 par Addis Abeba. L’opérateur public de télécommunications n’est pas d’ailleurs le seul à connaitre ces déconvenues. Un temps, les autorités éthiopiennes alors en quête de liquidités et de devises, avaient envisager d’ouvrir le capital du pavillon aérien national, Ethiopian Airlines. Le projet avait été finalement mis en stand by en raison de la bonne santé financière ainsi que de la rentabilité du fleuron du marché aérien continental.  

Malgré ces couacs pourtant, les autorités éthiopiennes sont en train de relancer et même d’accélérer la libéralisation de l’économie du pays. L’enjeu, c’est d’attirer de plus en plus d’investissements dans le pays qui fait face à une crise économique des plus aigues ces dernières années. En mars 2022, alors que la situation économique du pays, le gouvernement éthiopien avait lancé un fonds souverain, Ethiopia Investment Holdings (EIH), qui, par le biais de la vente d’entreprises et d’actifs publics, visait à attirer quelques 150 milliards de dollars d’investissements directs étrangers (IDE). Selon les déclarations de Mamo Mihretu, à l’époque directeur général, le fonds gérera des actifs dans plusieurs secteurs notamment les télécommunications, la finance, l’agro-industrie, l’exploitation minière, les banque  ou la logistique. Des secteurs qui ont été longtemps dominés par l’État et qui recèle d’importants potentiels qui attisent la convoitise des investisseurs privés internationaux. « La faible densité téléphonique en Éthiopie y met en évidence l’énorme potentiel inexploité du secteur des télécommunications. L’infrastructure robuste de la société, associée à ses solides performances financières, offrira un avantage concurrentiel significatif à tout investisseur », miroite par exemple le ministère des Finances pour attirer les investisseurs dans le secteur des télécoms.

Relancer une croissance en berne

C’est justement sur ces opportunités et autres avantages stratégiques que les autorités comptes pour relancer l’économie du pays.  Deuxième pays le plus peuplé d’Afrique (plus de 114 millions d’habitants), l’Éthiopie a connu une croissance soutenue d’environ 10 % par an en moyenne au cours de la dernière décennie. Les principaux moteurs de la croissance ont été la production agricole et les services, soutenus par l’aide étrangère au développement. Cependant, en raison de la pandémie de COVID-19, de l’invasion de criquets pèlerins et du conflit dans la région du Tigré, la croissance économique a ralenti pour atteindre environ 2 % du PIB en 2021, contre 9 % en 2019.  En 2022, la croissance du PIB s’est certes accéléré modérément à 4 % en 2022, grâce notamment à l’assouplissement des restrictions liées au Covid-19 et à la reprise en cours des principaux partenaires commerciaux.  « Une dynamique qui devrait se maintenir cette année et même s’accélérer en raison de l’atténuation des risques liées à la persistance du conflit et l’augmentation des niveaux de la dette extérieure », notent les experts.

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Malgré ces vents favorables, la situation économique du pays est assez contrastée. La forte croissance économique de l’Éthiopie a été stoppée par la crise du coronavirus, une infestation de criquets pèlerins et un conflit de plus en plus violent. « Alors que le plan de soutien mis en place en réponse à la crise, et en 2021 l’augmentation des dépenses liées aux conflits et du service de la dette, ont conduit à la détérioration des finances publiques », note une analyse de Coface, le déficit public s’est  ainsi creusé de -2,8 % du PIB en 2020 à -3 % du PIB en 2021 pour atteindre -3,5 % du PIB en 2022. Le conflit du Tigré a, en effet, affecté les relations avec les principaux créanciers extérieurs avec notamment la suspension des programmes du FMI et de la Banque mondiale, ce qui fait que le déficit devrait donc être financé principalement par des sources domestiques. Selon le FMI, la dette publique est passée d’environ 55,4 % du PIB en 2020 à 57,1 % du PIB en 2021 et devrait  se hisser à  60 % du PIB en 2022. Par ailleurs, la dépréciation du birr pèse sur la dette publique extérieure. Présentant un risque élevé de surendettement, l’Éthiopie a demandé aux créanciers du G20 et du Club de Paris de bénéficier d’une opération de dette dans le cadre commun du G20. Le pays a bénéficié d’une suspension des paiements du service de la dette mais malgré les réformes annoncées, le processus de restructuration de la dette prend du temps. Poussée par la hausse des prix alimentaires et la dépréciation du birr et exacerbée par le conflit, l’inflation a grimpé à 25,2 % en 2022 et devrait s’améliorer à  22% en 2022 et 20 % en 2023, restant toutefois bien au-dessus de l’objectif à un chiffre de la banque centrale.

Des réformes pour libéraliser l’économie qui vont accélérer le processus de privatisation

Pour sortir de cette situation, les autorités entendent poursuivre le plan de réforme économique interne, qui consiste en un mélange de politiques macroéconomiques, structurelles et sectorielles, pour remédier aux vulnérabilités et s’attaquer aux goulots d’étranglement structurels qui entravent l’activité du secteur privé. Par ailleurs, de nombreux projets seront lancés dans le cadre du troisième Plan de Croissance et de Transformation 2021-2025. Selon le FMI, à moyen terme, les réformes macroéconomiques et structurelles devraient conduire à une réduction de la dette publique, à une diminution des vulnérabilités externes et à une croissance, des investissements et des exportations plus forts. Néanmoins,  poursuit la même source, ces perspectives peuvent être remises en cause par des risques baissiers, en particulier l’opposition nationale aux réformes, la montée du protectionnisme dans le monde, une croissance mondiale plus faible que prévu et les chocs liés au climat.

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Afin d’accompagner ce programme de réformes structurelles, le gouvernement éthiopien a repris depuis quelques mois, les négociations avec le FMI. Une équipe du fonds vient d’ailleurs de séjourner, en ce début du mois d’avril, dans la capitale éthiopienne. Selon les premières informations, un accord de soutien pourra être conclu d’ici la fin de l’année et permettra au gouvernement d’accélérer son programme de privatisation qui va concerner plusieurs entreprises publiques du pays et de s’orienter vers une économie de marché. En effet, malgré les annonces de privatisation de certains fleurons de l’économie nationale,  le secteur public détient toujours un rôle prédominant dans l’économie, avec des secteurs tels que les télécommunications, les services financiers et d’assurance, les transports aériens et terrestres, le transport et le commerce de détail qui sont considérés comme stratégiques et pourraient donc être mises à l’écart du processus de privatisation.

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C’est ce qui du reste suscite les inquiétudes des investisseurs mais aussi la méfiance des experts et agences de notation sur la capacité des autorités à aller au bout de leurs réformes. En ce sens, certains analystes mettent en avant le fait que malgré l’intérêt grandissant auprès d’investisseurs privés internationaux que suscitent les larges étendues de terre arables  que recèle le pays, les autorités ont récemment  modifié la constitution du pays et en vertu des nouvelles dispositions, l’État possède toutes les terres et ne fournit que des baux à long terme aux locataires. De quoi refroidir l’ardeur de potentiels investisseurs dans d’autres secteurs où l’Etat compte toujours garder un certain contrôle comme c’est le cas avec Ethio Telecom, ce qui risque d’atténuer les retombées attendues du processus de libéralisation de l’économie éthiopienne et principalement de privatisation des entreprises publiques stratégiques. Mais confronté à une crise sans précédent avec une économie à bout de souffle, le gouvernement n’ a véritablement pas le choix pour renflouer ses caisses et attirer davantage d’IDE.

Angola : émission de dette sous forme d’obligation ESG (durable) à partir de 2024

Vera Daves de Sousa, Ministre des Finances d'Angola. (Crédit : Dr).

La prochaine émission de dette de l’Angola sera une obligation ESG ou durable, mais pas en 2023. L’information a été donnée par la ministre des Finances du pays Vera Daves de Sousa, en marge des réunions de printemps du FMI, en cours à Washington. Malmené par la crise liée au COVID-19, le pays d’Afrique australe reste prudent pour optimiser ses dettes.

La prochaine émission de dette souveraine de l’Angola sera une obligation ESG pouvant atteindre 1 milliard de dollars, a déclaré jeudi sa ministre des Finances à Reuters. Une déclaration en marge des rencontres du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale à Washington. Vera Daves de Sousa a aussi ajouté dans les colonnes de nos confrères de Reuters que le pays ne compte faire d’émission cette année. Une prudence compréhensible dans la mesure où l’Angola, ainsi que de nombreux pays africains ont essuyé des revers sur les marchés financiers internationaux. Le d’Afrique australe a émis pour la dernière fois des obligations en dollars fin 2019 pour financer ses ambitieuses réformes économiques. Mais les intérêts de ses obligations ont grimpé d’environ 30 % lors de la crise des marchés liée la pandémie COVID-19 en mars 2020.Vera Daves de Sousa a ainsi précisé que le gouvernement angolais a mis en place un cadre appropriée (qui serait publié en ce mois d’avril) à l’émission de dettes environnementales, sociales et de gouvernance.

« Nous sommes ouverts au financement des bailleurs de tout horizon ». (…) Nous savons déjà comment faire des émissions d’euro-obligations … Mais toute émission ESG sera la première pour nous, nous voulons donc commencer par le travail acharné », a ajouté la ministre qui estime que son pays doit rester prudent pour stabiliser sa dette.

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Daves de Sousa a de même déclaré que les efforts récents pour attirer de nouveaux investissements dans le secteur pétrolier et gazier des membres de l’OPEP commencent à porter leurs fruits. Car la production pétrolière est en hausse. « Nous aurons une légère augmentation l’année prochaine mais toujours inférieure à 1,5 million de barils par jour, je pense. Et après cela, nous commencerons à voir une légère réduction », a-t-elle déclaré dans les colonnes de Reuters, ajoutant que la production actuelle était d’environ 1,12. millions de bpj. Au-delà de 2024, la production du pays devrait se stabiliser autour de 1 million de bpj. Le pétrole constitue l’essentiel des revenus du gouvernement angolais, et Daves de Sousa a déclaré que le pays a fixé un prix de référence de 75 dollars le baril pour calculer son budget.

Nigeria : fin des subventions aux carburants, un dossier chaud pour Bola Ahmad Tinubu

La suppression des subventions aux hydrocarbures sera donc la patate chaude que refilera l'administration Buhari à son successeur Bola Ahmad Tinubu qui entrera en fonction le 29 mai prochain. (Crédit Dr).

Annoncée depuis plusieurs années, la difficile réforme des subventions aux hydrocarbures est prévue pour entrer en vigueur dès la fin de ce premier semestre. Pour y parvenir et atténuer l’impact social de cette mesure déjà décriée au sein de l’opinion, le gouvernement fédéral compte procéder à des transferts financiers directs en faveur de 10 millions de ménages vulnérables soit plus de 50 millions de personnes considérées comme pauvres dans ce pays de près de 200 millions d’habitants. La Banque mondiale vient en ce sens d’accorder au pays une aide de 800 millions de dollars mais les nouvelles autorités vont devoir faire face à une levée de bouclier du front social bien qu’il n’a plus le choix au regard du coût de ces subventions dans le budget de l’Etat et les marges de manœuvres de plus en plus réduites pour ses finances.

Cette fois, c’est décidé et il n y aura ni marche en arrière ni période de grâce à en croire les autorités nigérianes ! Comme annoncé, en octobre dernier lors de la présentation du budget fédéral pour l’année 2023 par le Président sortant Muhammadu Buhari, la suppression des subventions aux hydrocarbures va entrer en vigueur dès la fin du semestre en cours. « Les subventions pour l’essence sont une question récurrente et controversée du débat public dans notre pays depuis le début des années 1980. Mais son impact budgétaire actuel est tel que cette politique n’est pas viable », avait alors tranché le chef de l’Etat nigérian qui avait alors présenté un budget record de 20,51 billions de nairas soit 47,4 milliards de dollars pour 2023, avec des dépenses en hausse de 18,4 % par rapport à 2022 mais des recettes en nette baisse en raison de la conjoncture économique nationale et internationale, ce qui devrait porter le déficit budgétaire à quelques 10,78 billions de nairas. Et pour acter cette mesure de suppression des subventions aux produits énergétiques, le gouvernement a inscrit dans le budget de l’année en cours, une provision de 3,36 trillions de nairas soit quelques 7,5 milliards de dollars pour le premier semestre et selon la ministre des Finances Zainab Ahmed, du Budget et de la Planification, c’est la dernière enveloppe que l’Etat fédéral va consacrée aux dépenses liées aux subventions aux hydrocarbures.  

« Le coût de la subvention du carburant était très élevé ; nous l’avons financé par des emprunts  mais cette politique de subvention est devenue insoutenable », a expliqué la ministre Zainab Ahmed.

Cette dernière ne cesse depuis, de mettre en avant la pression qu’engendre les dépenses de subventions sur les finances publiques dans un contexte marquée par une crise économique assez prolongée et des marge de manœuvres budgétaires de plus en plus réduites.

Des subventions coûteuses dans un contexte de crise et de marges de manœuvres réduites

Après plusieurs années de récession, la plus grande économie du continent est certes en train de renouer avec la croissance comme cette année où le rythme de croissance attendue tourne autour de 3,5 à 3,7%. Cependant, cette relative performance cache des disparités et comme il ressort du budget général, les recettes de l’Etat vont se traduire par une sensible baisse en raison de la baisse de la production pétrolière ainsi que des cours assez ternes sur les marchés internationaux de l’or noir, dont le pays est un des principaux producteurs du continent.

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La suppression des subventions aux hydrocarbures sera donc la patate chaude que refilera l’administration Buhari à son successeur Bola Ahmad Tinubu qui entrera en fonction le 29 mai prochain. Un défi de taille pour les nouvelles autorités fédérales du pays bien que le président élu s’est engagé, lors de la campagne pour l’élection présidentielle, à mettre fin aux subventions du carburant dont le budget, selon lui, dépasse largement les dépenses allouées au secteur de la santé et de l’éducation. Initialement d’ailleurs, la mesure devrait entrée en vigueur en juillet dernier mais en dépit de la pression du FMI et de la Banque mondiale qui juge cette politique de subventions « inefficace à juguler le niveau de  pauvreté des populations », le gouvernement a décidé de la prolongé de 18 mois c’est à dire pour mi-2023.  Il faut dire que la crise économique marquée par une chute drastique de la naira, une baisse de la production pétrolière ainsi que l’impact de la Covid-19 et de la situation sécuritaire, le contexte international marqué par l’éclatement de la guerre russo-ukrainienne et son impact sur les prix alimentaires et énergétiques ont eu raison des ambitions du gouvernement fédéral qui a dû racler dans ses caisses pour ne pas amplifier la fronde sociale qui commençait déjà à se manifester.

Des mesures d’atténuation pour les couches vulnérables

Cette fois, le gouvernement fédéral n’a visiblement pas d’autres alternatives. Dans un contexte économique national et international plein d’incertitudes et qui réduit fortement les marges de manœuvres du gouvernement notamment en matière d’emprunts sur les marchés financiers internationaux, l’Etat ne peut mobiliser autant d’argent que l’année dernière pour continuer à subventionner les produits énergétiques. En 2022, sur les 8 premiers de l’année, la facture des subventions sur les carburants a atteint quelques  525,714 milliards de nairas soit près de 1,22 milliard de dollars et selon les estimations de la compagnie pétrolière nationale NNPC,  l’enveloppe consacrée à ces dépenses sur toute l’année s’élève à plus de 2,5 trillions de nairas. Des chiffres qui rejoignent les calculs de la Banque mondiale qui estiment que les pertes de revenus pétroliers au Nigeria sont estimées à 5. 000 milliards de nairas soit 12,04 milliards de dollars l’année dernier, en grande partie en raison des subventions, ce qui équivaut à 30 % du budget total du pays.

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Dans ce cadre, la Banque mondiale a accordé, en début de ce mois d’avril, un financement de 800 millions de dollars pour renforcer ses filets de protection sociale avant la suppression des coûteuses subventions du carburant, comme l’a annoncé la ministre nigériane des Finances, Zainab Ahmed.

« Le financement de la Banque mondiale nous permettra d’effectuer des transferts financiers directs aux personnes appartenant aux couches sociales les plus vulnérables, qui figurent désormais sur un registre social national », a-telle annoncé.

Selon la ministre, près de 10 millions de ménages soit 50 millions de personnes ont été enregistrés sur le registre national des ménages nécessiteuse et qui bénéficieront de cet appui. Aussi, le gouvernement compte également renforcer le réseau des moyens de transport en commun afin d’atténuer les conséquences de la suppression des subventions sur les personnes les plus pauvres. Avec une inflation qui a atteint 20% l’année dernière et qui est estimé à 17% cette année, la suppression de ces subventions risquent d’engendrer une amplification de la grogne social selon plusieurs analystes qui reconnaissant toutefois que la politique de subvention des produits pétroliers introduites dans les années 1970 pour faire face à l’impact du choc pétrolier, n’a pas produit les effets escomptés. Elle a certes permis d’ « acheter à prix d’or la paix sociale » mais face à la crise économique, la réforme est plus que nécessaire. Cependant, recommandent des experts, elle devrait se faire à pas progressifs pour en atténuer les effets négatifs. C’est là tout l’enjeu pour le nouveau président Bola Tinubu qui risque de ne pas avoir de période de grâce puisqu’il s’agira du premier défi urgent et prioritaire auquel son administration sera confrontée…

INTERVIEW – Zakia Sekkat : « Poudrox, comme bien des industries marocaines, adopte une veille écologique dans toutes ses étapes de production »

Zakia Sekkat est la Présidente Directrice Générale (PDG) de la société Poudrox spécialisée dans la production de peinture et basée au Maroc. (Crédit ; Dr).

Dans cet entretien Zakia Sekkat, Présidente Directrice Générale de Poudrox – fleuron de l’industrie marocaine de la peindure – revient sur son parcours, les produits qui ont fait le succès du groupe, mais aussi sur la veille technologique. Dans le secteur, les innovations sont de plus en plus axées sur le développement de produits écologiques. Poudrox suit la tendance avec son laboratoire de R&D. Le groupe installé dans la zone stratégique de Tanger Med a aussi en ligne de mire des pays en développement d’Afrique subsaharienne, un marché en pleine croissance.

AFRICA INCOME : Présidente Directrice Générale de Poudrox, vous avez reçu plusieurs distinctions pour votre travail en tant que capitaine d’industrie dans ce milieu plutôt « masculin ».  Pouvez-vous revenir sur votre parcours et le processus que vous avez adopté pour susciter aujourd’hui l’admiration de vos pairs ?

Zakia SEKKAT : Jeune ingénieure de 23 ans en 1990, j’ai choisi la création d’entreprise directement à la sortie des bancs d’école. Certes le secteur choisi n’était pas des plus faciles mais il constituait un secteur innovant, avec une grande valeur ajoutée pour l’industrie Marocaine de la métallurgie, et surtout indispensable pour son développement et en concordance avec ma formation de chimiste.  

Sur le marché de la peinture Poudrox propose des produits qui couvrent une large sphère avec notamment des solutions décoratives, fonctionnelles, pour l’industrie entre autres. Comptez-vous élargir votre gamme de produits ou voudriez-vous vous positionner uniquement sur ces types de produits ?

Le domaine des peintures électrostatique en poudre pour thermolaquage est un domaine récent malgré son apparition à la fin des années 60 comparés aux peintures liquides. C’est dire, qu’il est en perpétuel développement et que la R&D constitue une part importante. Après avoir été destiné uniquement aux métaux, aujourd’hui grâce au développement des technologies d’applications et des matières premières adaptés, nous pouvons l’appliquer à d’autres matériaux tels que le bois (MDF) et autres matériaux thermosensibles. Parallèlement, les exigences technologiques dans différents domaines tels que l’automobile, l’aéronautique ou encore le médical nous imposent d’être à la pointe de la technologie sans oublier les exigences environnementales et sanitaires. Nous disposons de produits adaptés pour tous les secteurs et grâce à notre laboratoire de R&D nous développons de nouveaux produits pour accompagner tous les secteurs et besoins aussi spécifiques soient-ils.

Dans le secteur de la peinture, l’heure est à l’innovation et au développement des produits plus écologiques, « verts ». Quelles sont les principales avancées de Poudrox dans ce domaine ?

Les peintures en poudre ont été créés principalement à l’origine dans un souci écologique : 100% à extrait sec, exempts de COV, sans risque d’inflammabilité ou d’explosion et depuis le début 2000 exempts de métaux lourds. Le choix des matières premières et du conditionnement en font un atout dans le domaine. La production est quant à elle tributaire de l’énergie électrique pour laquelle le Maroc apporte des réponses, des moyens et des facilitations de plus en plus grandes. Poudrox, comme bien des industries marocaines adopte une veille écologique dans toutes ses étapes de production.

Le marché des labels de peinture « verts » en est encore à ses débuts en Afrique. Qu’en est-il du Maroc ?

Entre le début des années 90 et notre démarrage le marché des peintures écologiques (en poudre) a été multiplié par 30. Il existe encore au Maroc des secteurs non équipés pour ce genre d’application. Nous les accompagnons régulièrement pour leur permettre l’accès à cette technologie devenue indispensable par ses performances, écologiques, et sécuritaires.  On considère que l’évolution de ce marché au Maroc se situe entre 3 à 5% par an depuis le COVID -19 et ses périodes de crise, alors qu’elle pourrait atteindre les 10% y compris sur les autres marchés africains.   

Poudrox est implantée dans la zone stratégique de Tanger avec le port Tanger Med. Comment pourriez-vous en faire un atout pour un positionnement stratégique sur le marché africain ?

Nous profitons de cette zone stratégique et du port Tanger Med pour nos importations et pour servir certains pays Européens. Mais pour l’Afrique, compte tenu de la faible demande et de l’inadaptation de la logistique de transport, le profit reste encore faible. La demande des utilisateurs africains est faible et ne permet pas de faire des conteneurs complets par client. Ce qui nous oblige à recourir à d’autres moyens que le maritime tel que le transport conventionnel en groupage, qui est généralement beaucoup plus couteux.

En parlant du marché africain de la peinture, il est en croissance de 3% à 5% annuellement, selon les estimations en 2022. Quels sont les marchés (pays) africains dans lesquels Poudrox voudrait se développer ?

Il est clair que notre souhait est d’être présent sur la plupart des marchés africains et surtout de pouvoir faire le même travail d’accompagnement pour l’application de ces produits auprès des opérateurs africains. L’utilisation de nos produits dépend du développement industriel dans un pays et l’Afrique est appelée à se développe inclusivement et rapidement à court et moyen terme. Actuellement nous sommes sur le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Ghana où nous espérons se développer davantage. Tout comme nous projetons de nous positionner dans d’autres pays subsahariens et certains de la région CEMAC.

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Propos recueillis par Maimouna DIA

Dette : Janet Yellen alerte sur l’urgence de restructurer les dettes du Ghana et de la Zambie

De gauche à droite, de haut en bas, La secrétaire d’Etat américaine au trésor Janet Yellen, le président Ghanéen Nana Akufo-Addo et le président Zambien Hakainde Hichilema dont les deux pays sont au bord de la faillite financière. (Crédit : Dr).

La Zambie et le Ghana submergés par leurs dettes sont deux économies africaines au bord de la faillite. La secrétaire américaine au Trésor, Janet Yellen dont le pays s’est engagé à soutenir les Etats tire la sonnette d’alarme. Elle compte exercer la pression sur le FMI et la Banque Mondiale lors des sessions de printemps de ces institutions prévues cette semaine afin de trouver une solution.

La secrétaire au Trésor des États-Unis, Janet Yellen, demande une action immédiate en faveur de la restructuration des dettes souveraines du Ghana et de la Zambie. Elle compte faire pression sur le Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale pour faire évoluer ces dossiers lors des réunions de printemps 2023 des institutions de Bretton Woods prévues cette semaine.  

« Au cours de la semaine, la secrétaire Yellen maintiendra également l’urgence d’une résolution rapide des cas du Cadre commun comme la Zambie et le Ghana pour éliminer le surendettement et favoriser la croissance dans les pays en développement. Elle soulignera également l’importance de conclure le traitement de la dette du Sri Lanka« , a déclaré le Trésor américain dans un communiqué de presse.

La sécréatire d’Etat américain plaide également pour accélérer le processus d’allégement de la dette et le rendre plus transparent, selon le Trésor américain. Le cas de la Zambie dont la majorité de la dette est détenue par la Chine risque d’occuper moins les discussions que le Ghana. Au menu également des discussions sur l’endettement des pays en développement avec des responsables du G20. Un nombre record de pays en développement risquent une crise de la dette en raison de l’inflation, des coûts d’emprunt, de la guerre russo-ukrainienne et d’un dollar fort. Le président Ghanéen Nana Addo Dankwa Akufo-Addo s’est montré optimiste quant à la conclusion des négociations en cours avec le Fonds monétaire international (FMI) pour obtenir le soutien du fonds. Cependant, certains critiques, dont la minorité au Parlement, ont déclaré que l’accord n’avait pas été conclu car le gouvernement n’avait pas été en mesure de satisfaire aux assurances de financement concernant le renflouement de 3 milliards de dollars du FMI.

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La révélation du soutien américain intervient après que le vice-président américain Kamala Harris s’est rendu au Ghana où elle s’est entretenue avec le président Akufo-Addo le mois dernier. Au cours de sa visite, il a été annoncé que le Bureau d’assistance technique (OTA) du Département du Trésor déploiera un conseiller résident à plein temps pour aider le ministère des Finances du Ghana à élaborer et exécuter les réformes à moyen et long terme nécessaires pour améliorer la viabilité de la dette. Selon les États-Unis, le projet complétera et s’appuiera sur les efforts de restructuration de la dette du gouvernement ghanéen. Harris a en outre révélé lors d’un point de presse conjoint avec le président Akufo-Addo que les États-Unis interviendraient au nom du Ghana auprès du Club de Paris pour demander une remise sur la dette dans le cadre du soutien à la balance des paiements du FMI.

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« Nous saluons l’engagement du Ghana à réformer son économie pour une croissance durable et inclusive. Nous soutenons l’engagement du Ghana avec le FMI et nous continuerons à pousser tous les créanciers bilatéraux à fournir une réduction significative de la dette aux pays qui en ont besoin. Il est essentiel de le faire pour bâtir une croissance et une prospérité économiques à long terme pour augmenter les investissements américains. Notre partenariat est déjà fort, et je crois qu’aujourd’hui nous l’avons renforcé », a déclaré mars dernier Kamala Harris, qui a promis que les États-Unis vont accorder au Ghana tout le soutien nécessaire pour sortir de sa crise.

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Gabon :  un potentiel de 3 à 5 trillions de pieds cubes de gaz naturel à exploiter

Géant pétrolier de longue date de l'Afrique subsaharienne, le Gabon cherche à exploiter son potentiel en tant que producteur de gaz naturel, à travers notamment des plans revitalisés pour une croissance durable et axée sur l'énergie. (Photo Osvald Severin Mayounou. Ministre de l'énergie. Crédit : Dr)

Le Gabon cherche à exploiter son potentiel commercial en matière de gaz, au moment où l’exploitation pétrolière, fleuron de son industrie extractive s’essouffle. L’évolution de la dynamique du marché, la coopération régionale croissante et le besoin d’énergie durable poussent le pays d’Afrique central à ouvrir un nouveau chapitre centré sur l’exploration, la production et la monétisation du gaz naturel, selon un communiqué résumant les ambitions du pays et relayé par Energy Capital & Power.

Géant pétrolier de longue date de l’Afrique subsaharienne, le Gabon cherche à exploiter son potentiel en tant que producteur de gaz naturel, à travers notamment des plans revitalisés pour une croissance durable et axée sur l’énergie. Jusqu’à présent, la dépendance à l’égard d’importantes réserves de pétrole à faible teneur en soufre, facilement accessibles, a freiné l’enthousiasme pour le développement d’autres sources d’énergie dans le pays. Mais la production de pétrole et les recettes publiques étant en baisse, l’attention se tourne vers le potentiel inexploité du gaz naturel. Le pays détiendrait entre trois et cinq trillions de pieds cubes de gaz naturel encore inexploité. Une manne qui pourrait améliorer sa capacité à faire progresser la coopération régionale, à soulager l’insécurité énergétique et à réduire les émissions de carbone. Les autorités gabonaises sont en liaison avec leurs homologues de la Guinée équatoriale pour le développement du Méga Hub régional du gaz.

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La diversification de l’économie gabonaise a pris plus d’une décennie. Soutenu par le Programme des Nations unies pour le développement et la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique, le Plan stratégique Gabon émergent a été lancé en 2009. Il visait à soutenir une croissance économique durable tout en préservant l’environnement, en partie grâce à l’adoption de combustibles propres tels que le gaz naturel. La Banque mondiale a notamment salué les performances du Gabon comme l’un des rares pays de la région à s’être manifestement engagé à préserver la biodiversité et à prendre des mesures pour lutter contre le changement climatique. Le plan identifiait le gaz naturel et les industries à valeur ajoutée qui lui sont associées comme des secteurs stratégiques pour une croissance économique durable, et visait à porter la production à 220 000 pieds cubes par jour d’ici 2020. Bien que cet objectif initial n’ait pas été atteint, l’ampleur de son ambition témoigne de la volonté du pays de transformer son industrie énergétique, avec des implications qui s’étendent bien au-delà de ses frontières, peut-on lire dans le communiqué émanant des autorités de Libreville relayé par Energy Capital & Power.

Un plan pour optimiser les volumes exploitées

Le Gabon détient actuellement 1,2 trillion de pieds cubes de réserves prouvées de gaz naturel, dont la majorité est située au large de la côte atlantique du pays. La production nationale de gaz s’est arrêtée à environ 70 milliards de pieds cubes en 2021, en grande partie à cause du gaspillage, de l’insuffisance des infrastructures et du manque d’expertise technique pour travailler dans l’environnement difficile des eaux profondes du Gabon, où se trouve la majorité des gisements de pétrole et de gaz associés du pays. Le plan directeur gazier du pays vise à remédier à ces insuffisances en réduisant le torchage du gaz, en attirant de nouveaux investissements et en améliorant la fiabilité et la portée de l’infrastructure gazière nationale.

Un nouveau cadre juridique pour assainir et optimiser

En conséquence, un nouveau cadre juridique pour le secteur a été adopté en 2019 dans le but d’attirer les investissements axés sur le gaz, et une autorité de régulation du secteur des hydrocarbures a été créée pour offrir un guichet unique aux investisseurs. La libéralisation des réglementations sectorielles qui en a résulté a été complétée par des cycles d’octroi de licences visant à octroyer des droits d’exploration en mer pour la première fois depuis 2014. Parallèlement, des investissements sont consacrés au développement de l’infrastructure du gaz naturel liquéfié (GNL) et à l’amélioration de la distribution grâce à la construction de nouveaux gazoducs et d’installations de traitement. L’augmentation de la capacité de liquéfaction domestique reste une priorité absolue pour le Gabon, ainsi que l’augmentation de l’utilisation du gaz de pétrole liquéfié au niveau local. Une Task Force présidentielle dédiée au gaz a été mise en place en 2021 afin de superviser le développement du secteur et de sensibiliser les investisseurs.

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Tout en mettant l’accent sur l’utilisation du gaz naturel pour la consommation domestique, le plan directeur pour le gaz vise également à tirer parti de la monétisation du gaz comme moyen de commerce régional de l’énergie. À cette fin, les autorités gabonaises sont en liaison avec leurs homologues de Guinée équatoriale pour le développement du Méga Hub régional du gaz. Cependant, de telles aspirations ne sont pas sans poser de problèmes. Le développement de l’infrastructure du gaz naturel nécessite un soutien international considérable, sous forme d’investissements et d’exécution technique. Les plans de développement durable doivent tenir compte des capacités nationales, le cadre politique devant trouver un équilibre délicat entre l’ambition et les limites pratiques. Si elle prospère, l’industrie du gaz naturel pourrait offrir des perspectives économiques généreuses au Gabon et représenter une étape importante dans la réalisation des objectifs internationaux en matière de climat.

Conjoncture: en Afrique subsaharienne, une dynamique économique au ralenti malgré un potentiel de croissance inexploité selon le dernier rapport Africa’s Pulse

Selon les nouvelles estimations de la Banque mondiale publiées dans la dernière édition du rapport Africa's Pulse qui vient d'être publiée avec les mises à jour économique d'avril 2023, la croissance économique en Afrique subsaharienne devrait ralentir, passant de 4,1% en 2021 puis 3,6 % en 2022 et à 3,1 % en 2023. (Crédit : Banque mondiale).

Publié le 05 avril sous le titre: « Tirer le meilleur parti des ressources naturelles pendant la transition énergétique », la 27e édition du rapport Africa’s Pulse de la Banque mondiale dresse un état des lieux peu reluisants de la situation économique de l’Afrique subsaharienne ainsi que des perspectives malgré quelques raisons d’espérer une nouvelle dynamique de croissance. Selon le rapport, cette dernière reste faible, tirée vers le bas par l’incertitude de l’économie mondiale, la sous-performance des plus grandes économies du continent, une inflation élevée et une forte décélération de la croissance de l’investissement. Et  face à l’assombrissement des perspectives de croissance et à l’augmentation des niveaux d’endettement, les auteurs du rapport préconisent que les gouvernements africains doivent se concentrer davantage sur la stabilité macroéconomique, la mobilisation des recettes intérieures, la réduction de la dette et les investissements productifs afin de réduire l’extrême pauvreté et de stimuler la prospérité partagée à moyen et à long terme. En ce sens, le rapport souligne que la transition vers des économies sobres en carbone est irréversible et nécessitera l’utilisation de nombreux minéraux dont beaucoup sont abondants dans toute l’Afrique.

Selon les nouvelles estimations de la Banque mondiale publiées dans la dernière édition du rapport Africa’s Pulse qui vient d’être publiée avec les mises à jour économique d’avril 2023, la croissance économique en Afrique subsaharienne devrait ralentir, passant de 4,1% en 2021 puis 3,6 % en 2022 et à 3,1 % en 2023. Cependant, tempèrent les auteurs du rapport, ce  ralentissement pourrait toucher à sa fin car dans les détails, la croissance est  en hausse de 0,3 point de pourcentage par rapport aux prévisions d’octobre 2022 d’Africa’s Pulse, un relèvement  qui reflète une performance plus positive de l’économie mondiale au cours du dernier trimestre de l’année 2022.  Selon le rapport, l’économie américaine a fait preuve de résilience, grâce aux récentes mesures politiques et à la baisse de l’inflation, les prix du gaz sont plus bas que prévu en Europe, et on s’attend à une reprise rapide de la croissance en Chine avec la fin de sa politique de «zéro COVID».  Malgré ces récentes améliorations, l’activité économique dans la région devrait continuer à ralentir en raison de la persistante de l’atonie de l’économie mondiale, des taux d’inflation en baisse mais qui restent élevés, et des conditions financières mondiales et nationales difficiles dans un contexte d’endettement élevé expliquent l’abaissement de la note. « La croissance est estimée à 3,7 en 2024 et 3,9 % en 2025, ce qui indique que le ralentissement de la croissance devrait atteindre un plancher cette année », met en exergue le rapport qui indique aussi qu’un rebond de la croissance mondiale plus tard dans l’année, l’assouplissement des mesures d’austérité et une politique monétaire plus accommodante dans un contexte de baisse de l’inflation seront les principaux facteurs qui contribueront à l’augmentation de la croissance à l’horizon des prévisions. Selon la Banque mondiale, « les conditions de croissance restent toutefois insuffisantes pour réduire l’extrême pauvreté et stimuler la prospérité partagée à moyen et long terme ».  La croissance du revenu par habitant estimée en Afrique subsaharienne à 1,0 en 2022 et 0,6 % en 2023, par exemple, est insuffisante pour avoir un impact significatif sur le double objectif alors que la faible élasticité de croissance de la pauvreté et la pandémie mondiale ont encore contribué à la lenteur de la réduction de la pauvreté dans la région. Il ressort des données contenues dans le rapport, que le taux de pauvreté en Afrique subsaharienne est projeté à 34 % en 2023, par rapport au pic de 35,3 % de la période de pandémie en 2020 alors que la lente reprise du revenu par habitant dans la région, à 1,2 % l’année prochaine et 1,4 % en 2025, ne permet toujours pas d’accélérer la réduction de la pauvreté pour que la région retrouve sa trajectoire d’avant la pandémie.

Faibles performances, risques de surendettement, inflation et baisse des investissements

Selon le rapport, les performances économiques de l’Afrique subsaharienne ne sont pas uniformes d’une sous-région ou d’un pays à l’autre. Ainsi, la croissance du PIB réel de la sous-région Afrique de l’Ouest et centrale  est estimée à 3,4 % en 2023, contre 3,7 % en 2022, tandis que celle de la sous-région Afrique de l’Est et australe est estimée à 3,0 % en 2023, contre 3,5 % en 2022. La performance de la région est toujours tirée vers le bas par une croissance à long terme plus faible dans les plus grands pays du continent. L’activité économique en Afrique du Sud devrait encore diminuer en 2023 de 0,5 % en raison de l’aggravation de la crise énergétique, tandis que la reprise de la croissance au Nigéria pour 2023, estimée à 2,8 %,  reste fragile à cause de la faiblesse de la production pétrolière et des nombreux défis politiques que confronte la nouvelle administration. « Ces perspectives compliquent la tâche des décideurs politiques de la région qui cherchent à accélérer la reprise après la pandémie, à réduire la pauvreté et à placer l’économie sur une trajectoire de croissance durable », ont estimé les auteurs du rapport.

 « La faiblesse de la croissance, combinée aux vulnérabilités de la dette et à une croissance morose des investissements, risque de faire perdre une décennie à la réduction de la pauvreté. Les décideurs politiques doivent redoubler d’efforts pour freiner l’inflation, stimuler la mobilisation des ressources intérieures et adopter des réformes favorables à la croissance, tout en continuant à aider les ménages les plus pauvres à faire face à l’augmentation du coût de la vie. »  a déclaré Andrew Dabalen, économiste en chef de la Banque mondiale pour l’Afrique.

Selon les auteurs du rapport, les risques de surendettement restent élevés avec 22 pays de la région qui présentent un risque élevé de surendettement extérieur ou étant en situation de surendettement en décembre 2022. « Les conditions financières mondiales défavorables ont augmenté les coûts d’emprunt et les coûts du service de la dette en Afrique, détournant l’argent des investissements de développement indispensables, et menaçant la stabilité macro-budgétaire », souligne le rapport qui fait cas également « d’une inflation obstinément élevée et une faible croissance des investissements qui continuent de peser sur les économies africaines ». Selon le rapport, bien que l’inflation semble avoir atteint son maximum l’année dernière, elle devrait rester élevée, à 7,5 % en 2023, et dépasser les fourchettes cibles des banques centrales dans la plupart des pays. Par ailleurs, la croissance des investissements en Afrique subsaharienne est passée de 6,8 % en 2010-2013 à 1,6 % en 2021, avec un ralentissement plus marqué en Afrique de l’Est et australe qu’en Afrique de l’Ouest et du centre.

Le Kenya, la Côte d’Ivoire et la RDC : des économies résilientes aux chocs qui peuvent servir d’exemples

En dépit de ces défis dont certains persistants, le rapport note que de nombreux pays de la région font preuve de résilience face aux multiples crises. Il s’agit notamment du Kenya, de la Côte d’Ivoire et de la République démocratique du Congo (RDC), qui ont enregistré des taux de croissance respectifs de 5,2 %, 6,7 % et 8,6 % en 2022. En RDC, par exemple, le secteur minier a été le principal moteur de la croissance en raison d’une expansion des capacités et d’une reprise de la demande mondiale. « La valorisation des richesses en ressources naturelles offre la possibilité d’améliorer la viabilité des finances publiques et de la dette des pays africains », mais le rapport met en garde contre le fait que cela ne peut se produire que si les pays adoptent des politiques adéquates et tirent les leçons des périodes d’expansion et de ralentissement économique passées.

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Dans un contexte de conditions financières mondiales défavorables et de niveaux d’endettement élevés, souligne le rapport, les décideurs politiques africains doivent miser sur leur propre marge de manœuvre pour rétablir la stabilité macroéconomique, renforcer les réformes structurelles afin de promouvoir une croissance inclusive, et mettre en œuvre des politiques qui saisissent la richesse des ressources de la région pendant la transition vers des économies à faible émission de carbone. « Cette richesse naturelle recèle un grand potentiel économique inexploité pour relever les défis budgétaires et stimuler la transformation économique. La transition vers des économies sobres en carbone est irréversible et nécessitera l’utilisation de nombreux minéraux dont beaucoup sont abondants dans toute l’Afrique », relève le document.

« La décarbonisation rapide du monde apportera des opportunités économiques significatives à l’Afrique. Les métaux et les minéraux seront nécessaires en plus grandes quantités pour les technologies à faible teneur en carbone telles que les batteries. Si de bonnes politiques sont mises en place, ces ressources pourraient augmenter les recettes fiscales, accroître les opportunités pour les chaînes de valeur régionales qui créent de l’emploi, et accélérer la transformation économique.»,  a noté James Cust, économiste principal à la Banque mondiale. 

Des pistes pour dégager des marges de manœuvres en tirant profit de la manne qu’offre l’exploitation judicieuse des ressources naturelles

Ainsi, comme le met en avant le rapport Africa-s Pulse, à l’heure de la transition énergétique et de l’augmentation de la demande de métaux et de minéraux, les gouvernements riches en ressources ont la possibilité de mieux tirer parti des ressources naturelles pour financer leurs programmes publics, diversifier leur économie et élargir l’accès à l’énergie. Le rapport indique que les pays pourraient potentiellement plus que doubler les recettes moyennes qu’ils tirent actuellement des ressources naturelles. « Capturer ces ressources fiscales sous forme de redevances et d’impôts, tout en continuant à attirer les investissements du secteur privé, nécessite des réformes et une bonne gouvernance », ont mis en avant les auteurs du rapport pour qui, également, « maximiser les recettes publiques tirées des ressources naturelles offrirait un double bénéfice pour les populations et la planète, en augmentant les recettes fiscales et en supprimant les subventions implicites à la production ».

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De ce fait, préconise la Banque mondiale dans son rapport, les décideurs politiques doivent par conséquent garantir de hauts niveaux dans l’exercice par le gouvernement de ses responsabilités et dans le contrôle par le public de la taxation des ressources et des investissements dans ces dernières de façon à maximiser l’impact de ces ressources sur le développement. Des mesures telles que la divulgation des contrats, l’adhésion à l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives  (ITIE) ainsi que la protection et l’élargissement de l’espace civique peuvent contribuer à une meilleure gouvernance des ressources recommande les auteurs d’Africa’s Pulse pour qui, une transition équitable pour l’Afrique dépendra essentiellement de l’exploitation réussie des avantages économiques des ressources pétrolières, gazières et minérales, notamment de la bonne gouvernance et d’une gestion macrofinancière saine des recettes tirées des ressources, tout en se préparant à un avenir sobre en carbone. « Une gestion et une gouvernance efficaces des richesses en ressources naturelles peuvent débloquer d’importantes opportunités de création d’emplois, de valeur ajoutée et d’investissements dans le développement humain » poursuit le rapport qui ajoute que « compte tenu de l’abondance des ressources naturelles, cette richesse peut jouer un rôle central dans la transformation de l’avenir économique de l’Afrique« .

Zambie : Mfikeyi Makayi devient la première femme PDG d’une compagnie minière

La start-up de la Silicon Valley KoBold Metals, spécialisée dans le recours à l’intelligence artificielle pour identifier les gisements de métaux, a nommé Mfikeyi Makayi au poste de PDG de son unité de cuivre en Zambie, faisant d'elle la première femme à la tête d'une société d'exploration minière du pays. (Crédit : présidence de la républqie de Zambie).

La start-up américaine KoBold Metals a nommé Mfikeyi Makayi PDG de son unité de cuivre en Zambie. Femme du sérail, elle a été adoubée par le président Zambien Hakainde Hichilema. Ce dernier compte en partie sur KoBold Metals et ces procédés innovants pour atteindre son objectif de tripler la production de cuivre du pays d’ici 2032.

La start-up de la Silicon Valley KoBold Metals, spécialisée dans le recours à l’intelligence artificielle pour identifier les gisements de métaux, a nommé Mfikeyi Makayi au poste de PDG de son unité de cuivre en Zambie, faisant d’elle la première femme à la tête d’une société d’exploration minière du pays. Mfikeyi Makay est diplômée en génie civile de l’université américaine Old Dominion University à Norfolk en Virginie. De nationalité zambienne et femme du sérail, elle est passée par plusieurs grandes entreprises minières dont Barloworld Equipment et chez le canadien First Quantum Minerals. Il y a deux ans celle qui vient d’être nommée PDG par la startup KoBold Metals faisait une réflexion quant à la flexibilité au cours d’une carrière sur sa page linkedin :

« (…) Au fil des ans, travailler dans le secteur minier m’a ouvert l’esprit à lire au-delà de l’ingénierie, ce qui signifiait comprendre la gouvernance, la politique fiscale, la stratégie, les investissements étrangers, l’impact social, les perceptions culturelles, le développement du capital humain, les avancées technologiques et l’environnement. Aujourd’hui, mon objectif est de rapprocher davantage de jeunes Africains de l’action moteur (secteur minier) de l’économie de notre continent. Notre avenir en dépend. Laissez-vous impliquer », a -t-elle déclaré.

Selon les données de S&P Global Market Intelligence, les femmes dirigeantes des sociétés mondiales de métaux et d’exploitation minière occupaient un peu plus de 11 % des postes de direction en 2022. En Zambie, deuxième producteur du minerai de cuivre d’Afrique, très demandé pour la transition vers une économie à faible émission de carbone, Mfikeyi Makayi espère apporter sa pierre à l’édifice. Pays riche en cuivre, abondant principalement dans sa région minière du copperbelt, la Zambie veut accélérer sa production. Le président Hakainde Hichilema a promis de faire passer la production de cuivre à 3 millions de tonnes par an d’ici 2032, contre environ 850 000 tonnes en 2022. Il a de ce fait félicité Mfikeye Makayi à la tête de KoBold Metals devra contribuer à l’atteinte de ces objectifs.

« C’est avec une grande fierté que nous félicitons Mfikeyi Makayi pour sa nomination en tant que PDG de KoBold Metals Zambia. Mme Makayi est la première femme zambienne à diriger une grande société d’exploration minière et en tant que PDG, elle dirigera les efforts de KoBold pour explorer et développer le gisement de Mingomba en Zambie à Chililabombwe, Copperbelt », a déclaré la présidence zambienne.

En Zambie, le projet de cuivre de Mingomba de la start-up américaine KoBold Metals, contient 247 millions de tonnes de minerais à haute teneur en cuivre et a nécessité environ 1 milliard de dollars d’investissements. Il s’agit d’une joint-venture avec la société australienne de capital-investissement EMR Capital et le mineur étatique ZCCM-IH. KoBold Metals travaille en collaboration avec des géants miniers comme BHP Group et Rio Tinto. Grâce va ses procédés innovants par l’intelligence artificielle, elle est soutenue par Breakthrough Energy Ventures, un fonds climatique et technologique fondé par Bill Gates de Microsoft et soutenu par Jeff Bezos d’Amazon et Richard Branson de Virgin.

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Rwanda : prêt de 319 millions de dollars du FMI

Le Rwanda quitte le bloc d’Afrique centrale de la CEEAC, en raison d'un conflit avec le Congo. (Crédit : DR).

Le Fonds monétaire international (FMI) a conclu un accord avec le Rwanda sur les politiques nécessaires pour achever les premiers examens de l’accord de prêt de 319 millions de dollars, dans le cadre de la nouvelle Facilité de résilience et de durabilité de l’institution de Bretton Woods. L’accord fait suite à la visite des experts de l’organisme bancaire sur le territoire rwandais, lesquels ont émis quelques appréciations et réserves.

Les services du FMI et les autorités rwandaises sont parvenus à un accord au niveau des services sur les politiques nécessaires pour achever les premières revues de l’instrument de coordination des politiques et du programme du Rwanda dans le cadre de la Facilité pour la résilience et la durabilité.

« L’accord est soumis à l’approbation de la direction et du conseil d’administration du FMI. L’examen par le Conseil est provisoirement prévu pour mai 2023. À l’issue de l’examen par le Conseil d’administration, le Rwanda aurait accès à 55,46 millions de DTS (équivalant à environ 74,6 millions de dollars) au titre du FSR », a déclaré Haimanot Teferra, cheffe de la mission du FMI qui a visité le Rwanda en mars.

L’économie rwandaise a enregistré une forte croissance à 8,2 % en 2022, tandis que l’inflation globale est restée élevée à 20,8 % en février. L’activité économique alimentant la demande d’importations s’est ajoutée aux pressions existantes sur les réserves de change liées à la hausse des prix des produits de base et au resserrement des conditions de financement mondiales, et a encore exacerbé les déséquilibres intérieurs et extérieurs, a noté le FMI.  

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 En effet pour les experts du fonds monétaire international, le Rwanda reste vulnérable à l’environnement extérieur sujet aux chocs, ce qui nécessite de reconstituer en urgence des tampons politiques. Une nouvelle flambée mondiale des prix de l’énergie et des engrais, une baisse plus prononcée de la croissance des partenaires commerciaux ou des évolutions des marchés financiers et géopolitiques mondiaux qui affectent négativement la disponibilité des ressources concessionnelles exerceront une pression supplémentaire sur les amortisseurs externes. Ce qui limitera l’espace politique pour faire face aux défis du développement et lutter contre le changement climatique. Les autorités de Kigali devront ainsi resserrer davantage l’orientation budgétaire et monétaire pour garder quelques marges de manœuvre.

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Pour assurer la stabilité macroéconomique, les autorités doivent continuer à mettre en œuvre un plan d’assainissement budgétaire crédible et une politique monétaire plus stricte, tout en permettant une plus grande flexibilité du taux de change. En parallèle, la poursuite de leurs efforts continus pour renforcer les institutions afin d’atteindre et de surveiller les objectifs climatiques ambitieux du Rwanda aidera à mobiliser et à allouer efficacement des ressources supplémentaires, recommande le FMI.

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