Pour transformer l’abondance des ressources en Afrique, notamment des matières premières dans les domaines du pétrole, des mines, des terres arables ou rares, un dirigeant doit avoir un certain nombre de valeurs morales fondamentales, en bandoulière.
Les compétences techniques, dans des périmètres, tels que l’économie, le droit, la gestion… restent nécessaires pour développer un pays riche en ressources naturelles. Hélas, elles ne sont pas suffisantes ! Sans de réelles valeurs morales, elles ont de fortes chances d’être laborieuses, surtout pour les populations qui trinquent le plus clair du temps. La force morale d’un dirigeant est celle qui peut faire passer un pays, d’une économie de rente à un développement durable. Cette transition ne dépend pas du nombre de ses diplômes ! Un leadership, qui se meut en véritable service public, a pour soubassement l’éthique.
L’équité et la justice sociale, l’éco-responsabilité, l’humilité et l’écoute, l’incorruptibilité et l’intégrité, le sens de la redevabilité, le patriotisme économique et la vision à long terme… sont, à mon sens, essentielles pour mener à bon port de tels pays.
Quand la ressource naturelle devient une bénédiction collective
Au Sénégal, le parti PASTEF (Patriotes Africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité) s’est fait sienne l’inclusion des bénéfices tirés des ressources naturelles, avec le slogan de campagne « LI ÑEP BOK, ÑEP JOT SI ». Littéralement traduit du Wolof, cela donne « Le bien commun doit profiter à tous. »
Un dirigeant, qui respecte la Terre, l’environnement, est écoresponsable. En préservant l’écosystème, il peut assurer le développement harmonieux de son pays. Pour préserver l’environnement, le chef d’Etat, qui a un souci moral écologique, doit imposer des normes strictes de réhabilitation des exploitations minières, et forestières, de lutte contre la pollution des eaux et des sols. Que de Pavillons Bleus flotteraient sur nos belles plages- aujourd’hui très polluées !
Dans la plupart des Constitutions de nos Etats, il est clairement indiqué : « Les ressources appartiennent à la nation, y compris les générations futures… ». Un idéal de redistribution juste passe par un investissement prioritaire dans des secteurs, comme la santé, les infrastructures, l’éducation, la sécurité et la sûreté. L’équité et la justice sociale, empreintes au dirigeant, lui imposeraient le respect et la compensation des communautés locales de sites d’extraction, par exemple.
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Une autre valeur, et non des moindres, a trait à l’humilité et à l’écoute. En Afrique aussi, l’adage, « Le pouvoir rend fou ! », a été vérifié plus d’une fois ! Au lieu de s’approprier la manne financière, un bon chef d’Etat doit rester accessible et être à l’écoute des forces vives de sa Nation. Humble, il peut corriger sa feuille de route, après avoir accepté la critique…
Gare à la malédiction des ressources
Avec tous les cas de concussions, de corruptions et de détournements de deniers publics qui défraient la chronique, à travers le continent, un bon dirigeant doit être intègre et incorruptible ! Face à des contrats capitaux de concessions minières, de montants importants résultant de licences d’exploitation- lorsque le pays n’opte pas pour investir directement- il doit placer l’intérêt public au-dessus de gains personnels ou familiaux.
Résister à l’appât de gains immédiats n’est possible que si le chef d’Etat a en bandoulière du patriotisme moral. Cette valeur nourrit le patriotisme économique et permet de véhiculer une vision à long terme. Son quotidien serait ainsi rythmé par négocier des accords intergénérationnels, diversifier l’économie, créer des fonds souverains pour se protéger des fluctuations des marchés mondiaux, ériger des bourses de matières premières, battre sa propre monnaie, basée sur des stocks importants d’or – un or, produit par une industrie locale intégrée, c’est-à-dire de la mine au lingot, etc.
Parce qu’il est mandataire, ou serviteur du peuple, comme aime le souligner souvent l’honorable député du Sénégal Guy Marius Sagna, il doit s’éloigner de l’idée d’être le propriétaire des ressources du pays. Cette redevabilité le pousserait à favoriser la transparence et rendre compte de la gestion des actifs. Les revenus extractifs, les contrats seraient ainsi publiés. La traçabilité des flux financiers ne souffrirait d’aucune faille. Ces flux financiers suivraient toutes les procédures légales et de façon transparente.
















