
Deuxième employeur du pays, la Cameroon Development Corporation a clôturé 2025 sur une perte nette de 20 milliards de FCFA. Un retournement qui révèle la fragilité d’une entreprise dont le redressement apparent reposait moins sur une dynamique industrielle que sur un coup de pouce comptable de l’État.
Le verdict du cabinet d’audit Forvis Mazars est sans appel. La Cameroon Development Corporation, deuxième employeur du Cameroun après l’État, a clôturé l’exercice 2025 sur une perte nette de 20 milliards de FCFA. Le résultat tranche brutalement avec le bénéfice de 45 milliards de FCFA enregistré en 2024, et confirme la fragilité structurelle de ce géant public producteur d’huile de palme, de caoutchouc et de bananes. L’embellie de l’exercice précédent était en réalité trompeuse. Elle trouvait son origine dans l’annulation par l’État d’une dette fiscale et sociale de 59 milliards de FCFA, enregistrée comme produit exceptionnel. Ce soutien comptable, ponctuel par nature, avait masqué la réalité d’une exploitation à la peine. L’annulation portait notamment sur 24,1 milliards de FCFA de cotisations sociales, le solde correspondant à des dettes envers le personnel évaluées à 35 milliards de FCFA. Sa disparition des comptes 2025 met à nu les difficultés de fond.
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Car le mal est structurel. Le cœur de métier du groupe – la banane, l’hévéa et l’huile de palme – souffre depuis 2017 du conflit qui oppose l’armée camerounaise aux groupes séparatistes armés des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, où la CDC a son siège et l’essentiel de ses plantations. Les chiffres de l’audit sont éloquents : sur les 18 595 hectares de plantations d’hévéas matures recensés au 31 décembre 2025, 51 % n’ont pas été exploités au cours de l’exercice ; du côté des palmiers à huile, 36 % des 13 690 hectares matures sont restés en jachère forcée. Les commissaires aux comptes relèvent que les niveaux de production agricole 2025 sont demeurés inférieurs aux objectifs budgétaires. La situation financière traduit cette tension. Pour un total de bilan de 102 milliards de FCFA, les capitaux propres ne s’élèvent plus qu’à 3,2 milliards, contre 9 milliards un an plus tôt. Le chiffre d’affaires progresse légèrement, passant de 23 à 24,9 milliards de FCFA, mais les liquidités reculent de 7,4 milliards – un repli qui pourrait contraindre l’entreprise à solliciter de nouveaux concours publics ou bancaires.
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Face à cette trajectoire, l’État camerounais a engagé un vaste programme de modernisation. Le président Paul Biya a habilité le ministre de l’Économie, Alamine Ousmane Mey, à signer avec Standard Chartered Bank Londres deux conventions de financement : un crédit commercial de 7,1 millions d’euros et un crédit-acheteur de 71,7 millions d’euros, bénéficiant de la garantie de Bpifrance Assurance Export, pour une enveloppe globale avoisinant 52 milliards de FCFA. Ces fonds doivent financer de nouvelles unités de transformation d’huile de palme, de margarine et d’hévéa. L’enjeu dépasse les seuls comptes de la CDC. Avec ses dizaines de milliers d’emplois directs et indirects, l’entreprise reste un pilier social du Sud-Ouest camerounais. Son redressement dépendra autant de la modernisation de l’outil industriel que d’un apaisement durable de la crise sécuritaire qui asphyxie ses plantations depuis bientôt une décennie.















