jeudi 25 juin 2026
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Restructuration de dettes : le Club de Paris plaide la réforme du cadre commun

Créé dans la foulée de la pandémie de Covid-19, le Cadre Commun (Common Framework) du G20 visait à accélérer les restructurations de dette pour les pays les plus vulnérables. (Crédit : D).

Dans son rapport annuel 2025, le Club de Paris dresse un bilan nuancé du mécanisme international de restructuration de la dette des pays pauvres. Si la proportion de pays en détresse s’est légèrement améliorée, le processus reste trop lent et trop fragmenté. Éthiopie, Chine, FMI et créanciers privés s’affrontent sur les règles du jeu.

Créé dans la foulée de la pandémie de Covid-19, le Cadre Commun (Common Framework) du G20 visait à accélérer les restructurations de dette pour les pays les plus vulnérables. Quatre ans plus tard, le bilan est contrasté. Le Club de Paris, réuni en assemblée annuelle à Paris, reconnaît des avancées : pour la première fois depuis 2017, davantage de pays à faible revenu, soit 52 %, présentent un risque d’endettement faible ou modéré, contre 48 % exposés à une détresse élevée ou déjà en défaut. Mais cette amélioration conjoncturelle ne doit pas masquer les failles structurelles du dispositif.

« Le Cadre Commun doit aller plus vite et embarquer simultanément tous les créanciers », a déclaré Thomas Revial, co-président du Club de Paris.

Le Ghana, la Zambie et le Tchad ont bien finalisé leurs restructurations dans ce cadre. Pour d’autres, notamment l’Éthiopie, le mécanisme reste compliqué.

Éthiopie : un cas d’école des dysfonctionnements

L’Éthiopie cristallise les tensions. Après avoir conclu un accord de principe avec ses créanciers officiels – dont la Chine et la France – en mars 2025, le pays se retrouve bloqué dans un bras de fer avec les détenteurs de son eurobond d’un milliard de dollars en défaut. Les créanciers officiels ont rejeté l’accord initial proposé par les obligataires, le jugeant insuffisant au regard du principe de « comparabilité de traitement », qui exige que toutes les parties prenantes acceptent des pertes équivalentes. De leur côté, les créanciers privés contestent le niveau de décote qui leur est demandé, estimant que l’amélioration des perspectives économiques éthiopiennes ne justifie pas de telles concessions. Ils ont brandi la menace de poursuites judiciaires, une posture que beaucoup dans la communauté financière internationale perçoivent comme une attaque frontale contre la crédibilité même du Cadre Commun.

Pour Astewaye Woldemichael, conseiller principal au ministère éthiopien des Finances, le problème est de conceptionqui s’est exprimé dans les colonnes de Reuters : « Le FMI et les créanciers officiels doivent s’engager plus tôt avec les créanciers privés. Laisser le débiteur combler seul cet écart analytique est un défaut de conception du système ».

Premier créancier bilatéral de l’Éthiopie, la Chine a pris position avec fermeté. Xuan Changneng, vice-gouverneur de la Banque populaire de Chine, appelle à « mobiliser tous les efforts pour faire respecter strictement le principe de comparabilité de traitement » et à mettre en place des mécanismes juridiques coordonnés pour « contenir les litiges malveillants des investisseurs obligataires ». Sans citer explicitement l’Éthiopie, le message est clair : la menace de recours judiciaires par des créanciers privés fragilise l’ensemble de l’architecture de restructuration et doit être endiguée. Cette prise de position de Pékin s’inscrit dans un contexte plus large de définition des règles du jeu de la finance de développement en Afrique.

Le statut de créancier privilégié en débat

Un autre point de friction concerne le Statut de Créancier Privilégié (SCP), traditionnellement reconnu au FMI et à la Banque mondiale pour les protéger de toute décote. Le problème : une centaine d’institutions financières de développement dans le monde revendiquent aujourd’hui ce statut, sans cadre juridique clair. Lors des restructurations ghanéenne et zambienne, des banques de développement comme Afreximbank ont été contraintes d’accepter des pertes, soulevant des questions d’équité. Xuan Changneng et Sonja Gibbs, directrice générale de l’Institut de Finance Internationale (IIF), plaident conjointement pour l’adoption de règles claires et opposables sur l’éligibilité au SCP. « L’absence de règles claires a non seulement ralenti les restructurations, mais a aussi soulevé des interrogations sur le partage équitable du fardeau », note le vice-gouverneur chinois. Un chantier qui s’annonce complexe, tant les intérêts en jeu sont divergents.

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