jeudi 6 août 2026
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Diaspora africaine : le continent rappelle les siens, et compte ses talents partis

D'Abidjan à Ouagadougou, de Luanda à Casablanca, avril et mai 2026 auront multiplié les rendez-vous. Au cours de ces événements, l'Afrique tend la main à ses diasporas - forums d'investissement, festivals de reconnexion mémorielle, prix d'excellence panafricains, levées de fonds spectaculaires dans la fintech et l'agritech.

D’Abidjan à Ouagadougou, de Luanda à Casablanca, avril et mai 2026 auront multiplié les rendez-vous. Au cours de ces événements, l’Afrique tend la main à ses diasporas – forums d’investissement, festivals de reconnexion mémorielle, prix d’excellence panafricains, levées de fonds spectaculaires dans la fintech et l’agritech. Par ailleurs, les fonds envoyés par la diaspora ont franchi les 100 milliards de dollars et n’irriguent plus seulement les familles, mais de plus en plus l’éducation, la santé et les startups. Africa Income passe en revue des initiatives marquantes de cette mobilisation. Puis s’arrête sur une trajectoire singulière, celle de Tope Awotona. Parti de Lagos adolescent, devenu l’un des rares milliardaires noirs de la tech en bâtissant Calendly, valorisée 3 milliards de dollars. Une réussite éclatante mais purement américaine, qui pose la question. Si les figures les plus visibles de la diaspora étaient justement celles que le continent a laissées partir ? Ou l’Afrique peine -t-elle tout simplement à faire éclore ses talents, faute d’un environnement adéquat ?

À Brazzaville, la diaspora s’engage pour une finance africaine souveraine

En marge des Assemblées annuelles de la BAD, société civile, philanthropies et diaspora ont adopté un texte commun. Objectif : faire de l’épargne diasporique un levier du financement continental. Les représentants des organisations de la société civile, des philanthropies africaines et de la diaspora ont adopté le 28 mai 2026 l’« Appel de Brazzaville », endossant la Nouvelle architecture financière africaine pour le développement (NAFAD) comme cadre d’une transformation inclusive et souveraine du continent. Les signataires s’engagent à diffuser la vision de la NAFAD au plus près des communautés, à structurer et harmoniser les initiatives existantes, et à mobiliser les ressources issues de la diaspora, de la philanthropie et de l’épargne locale au service du développement.

Réseau des Marocains entrepreneurs du monde

Mis en lumière au GITEX Africa 2026 : des initiatives y ont vu le jour pour favoriser l’échange d’expériences et le développement de projets, illustrant la structuration croissante des entrepreneurs marocains de l’étranger. Il s’agit d’un cadre général de concertation plutôt qu’événement ponctuel.

Prix d’Excellence des Leaders Africains 2026 (Luanda, Angola)

Le 28 avril 2026, 81 personnes et institutions à fort impact sur le développement du continent ont été honorées à Luanda, lors d’une cérémonie couvrant huit pays (Angola, RDC, Congo-Brazzaville, Nigeria, Zimbabwe, Afrique du Sud, Namibie, entre autres). Une initiative de Luadeira Digital Angola valorisant carrières et contributions africaines, avec une ambition continentale incluant la diaspora.

Forum « Diaspora for Growth » (Côte d’Ivoire)

Lancé officiellement le 7 mai 2026 au Plateau (Abidjan) par le ministère délégué chargé de l’Intégration africaine et des Ivoiriens de l’extérieur. L’initiative articule un roadshow à Milan le 6 juin et un forum à Paris les 26 et 27 juin, pour promouvoir les opportunités d’investissement en Côte d’Ivoire et faciliter le transfert de ressources financières, technologiques et humaines. Il s’agit d’une initiative étatique de mobilisation de la diaspora plus que d’un projet porté par la diaspora elle-même.

Tope Awotona, le Nigérian qui a bâti une licorne sur une idée que personne ne voulait financer

Parti de Lagos adolescent, ce fils d’entrepreneur a misé toutes ses économies sur un logiciel jugé banal et en a fait Calendly, valorisée 3 milliards de dollars. Portrait d’un opérateur méthodique devenu l’un des rares milliardaires noirs de la tech. D’emblée Tope Awotona s’est distingué par sa prise de risque : il a engagé son patrimoine sur une conviction, dans un secteur réputé ennuyeux. Tope Awotona a refusé de suivre le circuit classique : bâtir loin de la Silicon Valley, viser la rentabilité avant la levée. Cependant, sa réussite est américaine, sans appui sur des réseaux africains. Elle illustre une tension : les figures les plus visibles de la diaspora tech sont celles qui ont quitté le continent jeunes et bâti hors de lui. Inspirant, mais ce n’est pas le récit d’un entrepreneur qui travaille depuis Lagos ou Dakar. Le modèle du natif de Lagos dit moins sur l’écosystème africain que sur un talent qu’il a laissé partir. Avant Calendly, Awotona avait fondé trois entreprises qui ont toutes échoué : un site de rencontres, une activité de vente de projecteurs et un commerce d’équipement de jardinage. Ces ratés lui apprennent à ne plus se ménager de porte de sortie. En 2013, il lance Calendly, un logiciel qui supprime les échanges d’e-mails pour fixer un rendez-vous. Il y engloutit ses 200.000 dollars d’économies, vide son plan d’épargne retraite et pousse ses cartes de crédit à fond. Les investisseurs ne suivent pas – fondateur noir, immigré, produit jugé sans relief. La rigueur devient son arme. L’entreprise est rentable depuis 2016, ce qui lui donne un pouvoir de négociation rare. En 2021, il décroche 350 millions de dollars, propulsant la valorisation à 3 milliards. Aujourd’hui, Forbes estime sa fortune à 1,4 milliard.

Article publié dans le numéro Juin-Juillet d’Africa Income Magazine