
Dans un contexte de baisse de l’aide internationale, Dar es Salaam assouplit ses règles de change. L’objectif est d’attirer les capitaux étrangers vers ses bons et obligations du Trésor. Une décision destinée à approfondir les marchés financiers domestiques et à diversifier les sources de revenus de l’État.
La Tanzanie franchit une nouvelle étape dans l’ouverture de son économie. La banque centrale du pays a annoncé, jeudi 7 août, l’assouplissement de sa réglementation des changes. Et ce, afin de permettre à l’ensemble des investisseurs étrangers d’acquérir des bons et obligations du Trésor émis par l’État tanzanien. Une mesure qui marque un tournant dans la stratégie financière de Dar es Salaam. Jusqu’à présent, l’accès au marché des titres publics tanzaniens demeurait strictement encadré. Seuls les résidents des pays membres de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), ceux de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), ainsi que les membres de la diaspora tanzanienne, étaient autorisés à y participer. Désormais, la porte s’ouvre à tous les investisseurs internationaux, quelle que soit leur origine géographique.
Approfondir les marchés domestiques
Selon l’institution monétaire, cette réforme poursuit un double objectif : approfondir les marchés financiers domestiques et promouvoir la Tanzanie comme destination d’investissement attractive. En élargissant la base d’investisseurs potentiels, les autorités espèrent stimuler la demande pour la dette souveraine, améliorer la liquidité du marché et, à terme, réduire le coût de financement de l’État. Cette ouverture s’inscrit dans un contexte budgétaire tendu. L’administration de la présidente Samia Suluhu Hassan est à la recherche de nouvelles sources de revenus, alors que les partenaires internationaux ont réduit leurs aides au développement. Face à ce resserrement des financements extérieurs, la mobilisation de l’épargne et des capitaux privés étrangers apparaît comme un levier de substitution essentiel pour couvrir les besoins de trésorerie du pays.
Un pari économique sur fond de tensions politiques
Cette initiative économique intervient toutefois dans un climat politique délicat. Samia Suluhu Hassan, au pouvoir depuis 2021, a remporté l’an dernier une élection contestée. Ses opposants dénoncent un scrutin qu’ils jugent entaché d’irrégularités et marqué par des troubles liés à l’exclusion de ses principaux rivaux de la course présidentielle. La cheffe de l’État a rejeté les critiques visant son bilan en matière de droits humains et défendu la régularité du processus électoral. Sur le plan économique, la Tanzanie mise sur l’attractivité de ses instruments financiers pour rassurer les marchés. En s’alignant sur les pratiques d’ouverture adoptées par plusieurs économies africaines, Dar es Salaam cherche à se positionner comme une place financière crédible dans une région où la concurrence pour capter les capitaux internationaux s’intensifie. Le succès de cette réforme dépendra largement de la confiance qu’inspireront la stabilité macroéconomique du pays et la solidité de son cadre institutionnel. Pour les investisseurs étrangers en quête de rendements, la dette tanzanienne pourrait néanmoins représenter une opportunité intéressante sur un continent en pleine transformation financière.
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