
Au premier semestre 2026, sur dix-sept grandes devises africaines suivies, quatre à peine ont progressé face au billet vert. Un révélateur des fragilités structurelles du continent, où le franc CFA reste, lui, suspendu à l’euro.
Le contraste est saisissant avec les espoirs de détente monétaire mondiale. Entre janvier et fin juin 2026, seules quatre des dix-sept principales monnaies africaines suivies se sont appréciées face au dollar américain. Les treize autres reculaient, selon une compilation de données publiée début septembre à partir de sources incluant la BCEAO, la Banque africaine de développement et plusieurs maisons de recherche.
Le quarté de tête du semestre
Dans le peloton des rares gagnantes, le kwacha zambien mène la danse avec une progression de 7,73 % face au dollar sur le semestre, devant le naira nigérian (+3,36 %), le rand sud-africain (+0,90 %) et le dollar namibien (+0,66 %). Des trajectoires portées par des facteurs propres à chaque économie. Il s’agit notamment du redressement du cuivre et du resserrement monétaire pour Lusaka, et des réformes de change et flux de portefeuille pour Abuja. Toutefois, les performances de juillet dessinent un tout autre trio de tête, la pula botswanaise (+3,18 %), roupie seychelloise (+1,81 %) et franc comorien (+1,32 %). Une preuve que ces classements mensuels sont volatils et ne doivent pas être confondus avec le bilan semestriel.
Un continent toujours captif du cycle du dollar
Derrière ces écarts se lit une vulnérabilité commune. La majorité des devises africaines continuent de s’éroder face au dollar, ce qui alourdit mécaniquement le coût du service de la dette et des importations essentielles : énergie, produits alimentaires, intrants. La Banque africaine de développement rappelait déjà, dans ses Perspectives économiques 2026, que si 28 monnaies du continent s’étaient appréciées en 2025, les évolutions restent extrêmement sensibles aux conditions financières internationales, aux flux de capitaux et aux cours des matières premières. Le cedi ghanéen, par exemple, a de nouveau reculé sur le semestre.
Le statut particulier du franc CFA
Les pays de la zone franc échappent en partie à cette mécanique au prix d’une dépendance d’une autre nature. Le franc CFA de l’UEMOA étant arrimé à l’euro à une parité fixe de 655,957 FCFA pour un euro, son évolution face au dollar suit passivement celle de la monnaie européenne. Or, selon la BCEAO, l’euro s’est apprécié de 2,9 % face au dollar en mai 2026 sur un an, entraînant mécaniquement le franc CFA à la hausse — sans que cela reflète une quelconque performance des économies ouest-africaines. À l’autre bout du spectre, en Tunisie, le dinar a gagné 5,9 % face au dollar en moyenne au premier semestre par rapport à 2025, tandis qu’à Madagascar l’ariary a résisté, soutenu par une politique monétaire plus restrictive. Le message des banques centrales du continent converge désormais : renforcer les réserves de change, élargir la base d’exportations à haute valeur ajoutée et approfondir les marchés interbancaires. Faute de quoi, avertissent les analystes, le scénario du premier semestre 2026 – quatre monnaies seulement en territoire positif – a toutes les chances de se répéter.
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