mardi 25 août 2026
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Tunisie : 10,5 milliards de dollars de cash, hors des banques, un record qui inquiète

Jamais autant de billets et de pièces n’avaient circulé dans le pays. En un an, les liquidités détenues par les Tunisiens ont bondi de 16 % pour atteindre 30 milliards de dinars. Un afflux de monnaie physique qui assèche les banques et menace leur capacité à financer l’économie.

Selon les données publiées lundi par la Banque centrale de Tunisie, les billets et pièces en circulation dans le pays ont atteint 30,04 milliards de dinars, soit environ 10,5 milliards de dollars au 21 août 2026. Un niveau inédit, en hausse de près de 16 % sur un an, contre 25,9 milliards de dinars enregistrés à la même période l’an dernier. Derrière ce record se cache un phénomène préoccupant pour le système financier tunisien. En effet, une part croissante de la richesse nationale échappe aux circuits bancaires. Plus l’argent dort dans les tiroirs et les coffres des ménages, moins les banques disposent de ressources pour prêter aux particuliers et aux entreprises. Un cercle vicieux qui pèse directement sur la liquidité des établissements de crédit et, à terme, sur le financement de l’économie réelle.

Une loi sur les chèques qui a tout changé

Comment expliquer cette ruée vers le cash ? Les analystes financiers pointent en grande partie une réforme entrée en vigueur l’an dernier. Ce nouveau texte a considérablement durci les règles encadrant l’usage des chèques bancaires, tout en alourdissant les sanctions en cas de chèque sans provision ou irrégulier. Résultat : par crainte des pénalités, entreprises comme particuliers se sont détournés du chèque, longtemps instrument de paiement privilégié dans les transactions commerciales tunisiennes. À la place, ils retirent désormais davantage d’espèces pour régler leurs achats et honorer leurs engagements. Une réaction en chaîne qui gonfle mécaniquement la masse de monnaie fiduciaire en circulation et complique un peu plus la gestion de trésorerie des banques.

Le poids des habitudes et du retard numérique

Mais la réforme des chèques n’explique pas tout. La préférence des Tunisiens pour l’argent liquide est aussi profondément ancrée dans les habitudes de consommation. Pour la majorité des transactions du quotidien, le billet reste roi. La lente diffusion des paiements électroniques et de la banque numérique sur l’ensemble du territoire. Si les grandes villes commencent à s’équiper, les régions de l’intérieur demeurent largement à l’écart de cette transition. L’accès limité aux terminaux de paiement. L’on pointe le manque de confiance dans les outils digitaux et une bancarisation encore incomplète entretiennent cette dépendance au cash.

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Pour les autorités monétaires, l’équation est délicate. Réduire la circulation fiduciaire suppose de restaurer la confiance dans les moyens de paiement alternatifs et d’accélérer l’inclusion financière numérique. C’est un chantier de longue haleine. En attendant, les banques tunisiennes devront composer avec une tension persistante sur leurs liquidités, dans un contexte économique déjà contraint. Le record des 30 milliards de dinars sonne ainsi comme un avertissement : tant que l’argent continuera de fuir les guichets, c’est toute la mécanique du crédit et de l’investissement qui restera grippée.