lundi 19 octobre 2026
Accueil A la Une Finance : l’Euro fragilisé, la zone FCFA sous pression

Finance : l’Euro fragilisé, la zone FCFA sous pression

Arrimé à la monnaie européenne, le franc CFA subit par ricochet la flambée énergétique et les tensions politiques françaises. Les pays importateurs de pétrole sont les plus exposés. (Crédit : DR).

Ce lundi 19 octobre, l’euro a reculé face au dollar, plombé par des prix de l’énergie au plus haut et les émeutes qui ont secoué la France. Pour les quatorze pays de l’UEMOA et de la CEMAC, dont la monnaie est liée à l’euro par une parité fixe, ces secousses ne sont pas qu’européennes.

Arrimé à la monnaie européenne, le franc CFA subit par ricochet la flambée énergétique et les tensions politiques françaises. Les pays importateurs de pétrole sont les plus exposés. Selon Reuters, l’euro a cédé 0,25 % à 1,1210 dollar. Le repli reste modéré comparé à début octobre, lorsque la monnaie unique avait perdu plus de 1 % après l’envolée de l’écart de taux entre la dette française et le Bund allemand au-delà de 150 points de base. Les analystes rappellent que l’euro ne décroche durablement que si la crise française contamine l’ensemble de la zone. Mécaniquement, avec un euro fixé à 655,957 FCFA, chaque baisse face au billet vert se répercute intégralement sur le franc CFA.

La facture énergétique s’alourdit

Le premier canal de transmission est celui des importations. Le Brent se maintient au-dessus de 100 dollars depuis le conflit en Iran, et le gaz naturel a atteint un sommet de quatre ans. Pour les économies importatrices nettes de produits pétroliers, comme le Burkina Faso, le Mali, le Niger ou le Togo, un FCFA plus faible face au dollar renchérit doublement le carburant, mais aussi le riz, le blé ou les engrais, libellés en devise américaine. De quoi raviver l’inflation importée et peser sur les budgets publics là où les prix à la pompe sont subventionnés.

Gagnants relatifs et dette en dollars

À l’inverse, les producteurs d’hydrocarbures de la CEMAC (Gabon, Congo, Cameroun, Guinée équatoriale, Tchad), ainsi que le Sénégal et la Côte d’Ivoire, voient leurs recettes d’exportation en dollars converties en davantage de francs CFA. Même logique pour l’or, le cacao ou le coton. Mais le revers est connu : le service des eurobonds et des prêts libellés en dollars coûte plus cher en monnaie locale, au moment où plusieurs États sont déjà sous tension budgétaire.

Les banques centrales en vigilance

Le régime de change limite la marge de manœuvre de la BCEAO et de la BEAC, qui tendent à suivre la trajectoire de la BCE. Or les marchés anticipent une politique monétaire américaine et européenne d’abord prudente, puis un assouplissement d’ici fin 2027. Le scénario critique reste celui d’une contagion de l’instabilité française à toute la zone euro : un euro durablement affaibli éroderait le pouvoir d’achat des quelque 200 millions d’habitants de la zone franc et relancerait le débat sur l’arrimage du FCFA.

A lire aussi : Nouveau partenariat France-Afrique : le Président Macron veut passer d’une logique de l’aide à celle d’investissement