mercredi 4 novembre 2026
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AGOA : Washington ferme la porte à Pretoria et Kigali

Washington a fait savoir qu'il entendait priver l'Afrique du Sud et le Rwanda de l'accès en franchise de droits à son marché, garanti par l'AGOA. (Crédit : DR).

Les États-Unis ont annoncé leur intention de suspendre l’Afrique du Sud et le Rwanda de l’African Growth and Opportunity Act. Si l’impact macroéconomique reste limité pour Pretoria, premier bénéficiaire du programme, l’automobile, les agrumes et le vin sud-africains perdent un avantage précieux sur le marché américain.

Le couperet est tombé lundi 2 novembre. Washington a fait savoir qu’il entendait priver l’Afrique du Sud et le Rwanda de l’accès en franchise de droits à son marché, garanti par l’AGOA. Ce régime de préférences commerciales, réservé aux pays africains jugés éligibles, est depuis plus de vingt ans l’un des piliers des relations économiques entre les États-Unis et le continent.

Pretoria, premier bénéficiaire du dispositif

Pour l’Afrique du Sud, la décision a valeur de symbole. Le pays était de loin le premier utilisateur de l’AGOA : en 2025, il a écoulé sous ce régime environ 1,7 milliard de dollars de marchandises, soit plus du tiers des quelque 5 milliards de dollars d’importations américaines réalisées dans le cadre du programme. Véhicules, pièces détachées, agrumes et vins composent l’essentiel de ces flux. L’impact macroéconomique devrait rester contenu. Selon le ministère sud-africain du Commerce, ces ventes n’ont pesé qu’environ 1 % des exportations totales du pays l’an dernier, et près de 90 % des marchandises expédiées vers les États-Unis entraient déjà hors préférences AGOA.

Pierres et métaux précieux, automobiles, fer et acier dominent ce commerce. Les filières concernées risquent en revanche d’accuser le coup. Les États-Unis restent la deuxième destination des exportations sud-africaines, derrière la Chine : en 2025, les échanges bilatéraux avec Washington ont atteint près de 29 milliards de dollars, contre environ 36 milliards avec Pékin.

Kigali, un précédent déjà ancien

Le Rwanda connaît le scénario. En 2018, lors de son premier mandat, Donald Trump lui avait déjà retiré l’exonération sur ses exportations de vêtements, en riposte à la hausse des droits de douane rwandais sur la friperie et les chaussures usagées importées. Les montants sont ici modestes. Kigali vend surtout du café et du thé aux États-Unis. Les importations américaines en provenance du Rwanda ont atteint 43,3 millions de dollars en 2025, en hausse de 13,1 millions sur un an, sans que les statistiques officielles précisent la part entrée sous AGOA.

Des critères autant politiques qu’économiques

L’éligibilité ne dépend pas seulement du niveau de développement. La loi exige le respect de l’État de droit et des droits humains, et interdit de porter atteinte à la sécurité nationale ou à la politique étrangère américaines. L’Éthiopie, le Burkina Faso, le Cameroun ou la Centrafrique en ont déjà fait les frais. Pour les exportateurs africains, l’épisode souligne la fragilité d’un modèle adossé à des préférences unilatérales, révocables à la discrétion du partenaire. Il plaide pour une diversification des débouchés, que l’Afrique du Sud a déjà amorcée : la Chine est devenue son premier client. Pour les filières les plus exposées, l’enjeu sera désormais de préserver leurs parts de marché aux États-Unis sans le filet tarifaire de l’AGOA. Avec cette double suspension, Washington rappelle que l’accès préférentiel à son marché demeure un levier diplomatique, que nul ne peut tenir pour acquis.

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