
Le fonds minier britannique Appian Capital prévoit de consacrer environ 2 milliards de dollars au continent dans les deux prochaines années. Mais son patron prévient : l’instabilité des politiques minières pousse déjà une partie des capitaux vers l’Amérique latine.
Appian Capital Advisory, un fonds d’investissement londonien spécialisé dans les mines, compte investir entre 5 et 7 milliards de dollars dans le monde au cours des 12 à 24 prochains mois. Environ un tiers, soit près de 2 milliards, pourrait être investi en Afrique, a indiqué son directeur général, Michael Scherb, à Reuters depuis Dakar.
Un avertissement adressé aux États africains
Le message s’accompagne d’une mise en garde. Ces dernières années, de nombreux gouvernements africains ont repris la main sur leur secteur minier. Ils ont révisé leurs codes miniers, relevé les redevances et exigé davantage de participation locale. L’objectif affiché est de capter une part plus importante de la richesse extraite de leur sous-sol. Pour les investisseurs, ces changements de règles en cours de route ont un coût. Or l’Amérique latine offre en général des régimes fiscaux et d’autorisation plus stables, malgré le nationalisme des ressources au Chili, au Pérou ou au Mexique.
« La géologie ne change pas, mais la politique des gouvernements, si », résume Michael Scherb dans les colonnes de Reuters. « Partir coûte cher aux investisseurs, mais cela coûte aussi cher aux gouvernements, car les capitaux vont tout simplement ailleurs. », a-t-il ajouté.
L’expérience d’Appian sur le continent illustre ce risque. Le fonds détient aujourd’hui trois participations actives en Afrique et en a cédé trois autres. Parmi ces sorties figurent des projets au Burkina Faso, cédé sur fond de coup d’État, et en Tanzanie, après une crise électorale. En Amérique latine, il compte quatre investissements actifs, principalement au Brésil.
Le Maroc en tête, l’Afrique de l’Ouest à l’étude
Tous les pays ne sont pas logés à la même enseigne. Appian classe le Maroc, la Namibie et le Botswana parmi les juridictions minières de premier rang. Le fonds étudie par ailleurs des opportunités au Ghana, en Côte d’Ivoire, en Mauritanie et au Sénégal. Dans ces marchés, la stabilité réglementaire pèsera dans la décision finale. Appian investit dans l’or, le cuivre, le zinc, les terres rares et d’autres minerais critiques. Il reste particulièrement optimiste sur le cuivre. Selon son directeur général, l’offre peinera à suivre la demande, tirée par l’électrification, l’intelligence artificielle, les centres de données et l’extension des réseaux électriques. Pour Michael Scherb, l’Afrique pourrait attirer une part nettement plus importante de l’investissement minier mondial. Il lui faudrait pour cela simplifier ses procédures d’autorisation et rendre ses politiques plus prévisibles.













