
Deux ans après la découverte d’une dette mal déclarée estimée à 13 milliards de dollars, le Sénégal vise un accord de principe avec ses bailleurs publics et ses porteurs d’obligations d’ici la fin de l’année. Les swaps de rendement total (TRS), dont l’une des contreparties est émiratie, s’annoncent comme le dossier le plus délicat.
Le calendrier se précise. Selon trois sources citées par Reuters, le gouvernement sénégalais a indiqué, lors de sa toute première conférence téléphonique avec les investisseurs consacrée à la restructuration, mardi 6 octobre, viser un accord de principe en décembre avec ses créanciers officiels et ses détenteurs d’euro-obligations. Le mois dernier, le Sénégal avait annoncé son intention de solliciter un traitement de sa dette dans le cadre commun du G20.
Les TRS, un terrain inconnu
Le point le plus scruté concerne les swaps de rendement total (TRS), ces prêts adossés à des titres publics en francs CFA, auxquels l’État a eu recours pour se financer. Leur encours atteint 1 000 milliards de FCFA, soit environ 1,72 milliard de dollars. Le gouvernement entend obtenir de leurs détenteurs une « contribution constructive ». Or ces instruments n’ont quasiment jamais été mis à l’épreuve lors d’une restructuration. D’après les sources de Reuters, une présentation officielle identifie trois contreparties : First Abu Dhabi Bank (FAB), Africa Finance Corporation et Société Générale. Sollicitée, la banque émiratie a rappelé qu’elle ne commente pas les relations avec ses clients, ni les spéculations de marché. Ni l’AFC, ni Société Générale, ni le ministère sénégalais des Finances ne se sont prononcés. La question de leur statut est centrale. Le Sénégal a clairement exclu sa dette libellée en francs CFA du périmètre de la restructuration. Mais le FMI range les TRS dans la dette extérieure, au motif que leurs créanciers sont non-résidents. Un classement qui place ces swaps au cœur de la négociation, malgré leur ancrage dans la monnaie régionale. Pour les observateurs du corridor Golfe-Afrique, la présence de FAB parmi les contreparties rappelle que les banques émiraties sont, elles aussi, exposées aux signatures souveraines africaines, avec les risques que cela comporte lorsque la dette d’un État doit être renégociée.
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Fin septembre, les autorités ont rencontré les créanciers publics, les porteurs d’obligations et les banques détenant de la dette non obligataire. Ces dernières se sont regroupées au sein d’un comité pour coordonner leurs discussions. Dakar mise sur un cadre commun dit « renforcé » : des pourparlers menés simultanément avec le secteur privé et les bailleurs publics, avec partage d’informations entre les parties. Une manière d’éviter l’écueil du Ghana et de la Zambie, dont les restructurations, conduites par étapes successives, ont duré plus longtemps que prévu.
Les créanciers obligataires s’organisent
Également présent lors de l’appel, selon deux sources relayées par l’agence Reuters, le comité des porteurs d’obligations a fait valoir que ses membres détiennent 2,2 milliards de dollars en valeur nominale, sur un encours obligataire total d’environ 5,2 milliards de dollars. Soit un peu plus de 40 % du stock, de quoi peser lourdement dans les discussions à venir. Pour le pays de la Téranga , l’échéance de décembre constitue un test de crédibilité. Un accord rapide permettrait de tourner la page d’une crise de confiance ouverte il y a deux ans, et de rassurer des marchés qui guettent la capacité du pays à retrouver une trajectoire financière lisible.
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