
Réunis à Luanda les 3 et 4 novembre pour la sixième édition de l’Africa Financial Summit, banquiers centraux, ministres et dirigeants financiers ont dressé le même constat : jamais le secteur n’a été aussi rentable, jamais le décalage avec les besoins de l’économie réelle n’a paru aussi flagrant.
Pour la première fois, l’Africa Financial Summit (AFIS) a posé ses valises en Afrique australe et en terre lusophone. Après Lomé et Casablanca, Luanda a accueilli les 3 et 4 novembre la sixième édition de ce rendez-vous organisé par Jeune Afrique Media Group avec la Société financière internationale (IFC). Plus de 1 500 participants, dont 18 gouverneurs de banques centrales, se sont retrouvés autour d’un mot d’ordre : « Making Capital Count ». Le diagnostic posé dès l’ouverture tient en un paradoxe. En 2024, les revenus des banques africaines ont dépassé 100 milliards de dollars, contre environ 83 milliards en 2020, et leur rentabilité des fonds propres a atteint 19 %, près du double de la moyenne mondiale. Pourtant, PME, projets d’infrastructures et industries naissantes peinent toujours à se financer, et le besoin annuel de financement du développement du continent reste estimé à plus de 400 milliards de dollars.
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Les capitaux existent pourtant. Les intervenants ont évalué à quelque 4 000 milliards de dollars les ressources domestiques mobilisables, entre épargne, fonds de pension et assurances. Le blocage tient à leur orientation : pour plusieurs orateurs, l’Afrique souffre moins d’un manque d’argent que d’une architecture financière incapable de l’acheminer vers l’investissement productif. Une partie de cette liquidité trouve refuge dans la dette publique, jugée plus sûre et bien rémunérée. En Afrique centrale, l’encours des titres d’État émis sur le marché de la BEAC a ainsi atteint 11 016,7 milliards de FCFA fin septembre, un marché dont les banques sont les premiers détenteurs. Autant de ressources qui ne vont pas aux entreprises.
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La question de la taille critique est aussi revenue. Les 30 premières banques du continent cumulent environ 1 200 milliards de dollars d’actifs, moins du tiers de leurs homologues latino-américaines. Côté emprunteurs, les entreprises manquent de fonds propres et de ressources en monnaie locale ; nombre d’entre elles s’endettent en dollars tout en encaissant en devise nationale, une exposition qui devient toxique au premier choc de change. Président du Groupe de la Banque africaine de développement, Sidi Ould Tah a plaidé pour une meilleure coordination entre institutions nationales, régionales et continentales, dans le cadre de la Nouvelle architecture financière africaine. Plusieurs poids lourds étaient attendus sur les moyens de réorienter le crédit, de Makhtar Diop (IFC) à Serge Ekué (BOAD), en passant par George Elombi (Afreximbank), Jeremy Awori (Ecobank) et Edoh Kossi Amenounvé (BRVM). La seconde journée devait aborder, avec un panel de gouverneurs, l’harmonisation réglementaire et l’interopérabilité des paiements. Pour l’Angola, septième économie du continent, le sommet sert aussi de vitrine à son ambition de devenir un pôle de la finance africaine. Reste à savoir si Luanda aboutira à des engagements chiffrés ou rejoindra la longue liste des forums sans lendemain.
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